Legault obtient un deuxième mandat fort

La CAQ renforce sa domination sur l’Assemblée nationale du Québec.
Marie-France Coallier Le Devoir La CAQ renforce sa domination sur l’Assemblée nationale du Québec.

Le premier ministre, François Legault, a réclamé un « mandat fort » à la population québécoise. Il l’a obtenu.

Malgré une campagne en dents de scie, la Coalition avenir Québec a recueilli plus de 41 % des votes des électeurs (1,6 million sur 3,8 millions), c’est-à-dire près de 3,9 points de plus qu’il y a quatre ans (37,42 % des votes).

La CAQ a mis la main sur 90 circonscriptions, soit 14 circonscriptions de plus qu’au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale. « Continuons ! » ont lancé les électeurs québécois.

Par conséquent, la CAQ renforce sa domination sur l’Assemblée nationale du Québec, en confisquant des fiefs aux vieux partis, le Parti québécois et le Parti libéral du Québec, qui ont vu leurs appuis populaires fléchir à des niveaux jamais vus.

« On a eu un message clair, hein ?!! Les Québécois ont envoyé un message fort », a déclaré le chef caquiste, savourant une « victoire historique » celle de l’élection du plus grand nombre de femmes portant les couleurs d’un même parti politique.

Depuis Robert Bourassa en 1989, M. Legault est le premier chef de parti politique à se voir confier les commandes d’un gouvernement majoritaire à deux élections de suite.

Les morceaux Celebration, de Kool & the Gang, et J’t’aime comme un fou, de Robert Charlebois, ont vite résonné lundi soir dans la salle du restaurant L’Ancêtre, à Saint-Hubert, où des candidats caquistes de la Montérégie étaient rassemblés. Le candidat dans La Prairie, Christian Dubé — qui sera renouvelé dans ses fonctions de ministre de la Santé, a promis M. Legault — avait les yeux embués.

Des membres de la communauté d’Uashat Mak Mani-utenam, sur la Côte-Nord, avaient aussi le coeur à la fête. La candidate caquiste Kateri Champagne Jourdain sera la première Innue à l’Assemblée nationale, ont décidé les électeurs de Duplessis, où le PQ régnait en maître depuis 1976.

L’éducation demeurera la priorité du gouvernement québécois, a indiqué le premier ministre réélu lundi soir. « L’enjeu le plus pressant pour les Québécois, c’est la situation économique. Écoutez, là, l’inflation fait monter le coût de la vie », a-t-il fait valoir devant des centaines de militants et sympathisants.

Le chef caquiste, François Legault, qui a proposé un bouclier anti-inflation, s’est engagé durant la campagne électorale à déposer, à la première occasion, un projet de loi visant à limiter à « un maximum de 3 % » la hausse des tarifs gouvernementaux — à commencer par les tarifs d’hydroélectricité — lors de poussées inflationnistes.

M. Legault a promis lundi soir d’« être le premier ministre de tous les Québécois », après une campagne électorale où il a dit craindre, à plus d’une reprise, les impacts sur la nation québécoise — sa langue et ses valeurs — d’une immigration supérieure aux capacités d’intégration du Québec.

Opposition éclatée en quatre partis, dont un hors du Parlement

 

Le gouvernement Legault fera face à une opposition éclatée, qui sera menée par la cheffe du PLQ, Dominique Anglade, du moins pendant un certain temps, car elle devra se soumettre à un vote de confiance lors du prochain congrès de sa formation politique.

L’ingénieure amorcera le chantier de la « reconstruction » du PLQ, vers qui seulement quelque 14,4 % des électeurs se sont tournés en 2022, contre près de 24,8 % en 2018. Le PLQ a obtenu non seulement moins d’appuis que la CAQ (41,2 %), mais aussi moins de soutiens que QS (15,2 %) et que le PQ (14,6 %). « Que vous ayez voté pour nous ou que vous ayez voté pour une autre formation politique, ma porte, notre porte sera toujours, toujours ouverte », a affirmé Mme Anglade, avant de dire quelques mots en anglais. « Le travail ne fait que commencer. On a un élan ! » a-t-elle ajouté par la suite.

Mme Anglade est parvenue à conserver son siège dans Saint-Henri–Sainte-Anne, malgré les efforts déployés par le candidat solidaire, Guillaume Cliche-Rivard, qui a reçu les renforts des porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, à plus d’une occasion.

Québec solidaire

 

De son côté, le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a vite vu ses espoirs d’enfiler les habits du chef de l’opposition officielle s’évanouir lundi soir.

La députée Émilise Lessard-Therrien s’est même fait montrer la porte de sortie par les électeurs de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, où elle s’est notamment battue pour l’abaissement des émissions d’arsenic de la fonderie Horne.

QS a perdu du terrain dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue, mais en a gagné sur l’île de Montréal. Le parti politique progressiste, écologiste et indépendantiste comptera sur un ou deux élus supplémentaires : le premier dans Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, vers qui plusieurs électeurs, choqués par les propos controversés de M. Legault et du ministre Jean Boulet sur les risques d’une plus grande immigration, ont accouru.

Au moment où ces lignes étaient écrites, la candidate solidaire Alejandra Zaga Mendez bataillait ferme pour mettre la circonscription de Verdun dans l’escarcelle de QS.

« Qu’on le veuille ou non, on est face à une vague caquiste », a indiqué M. Nadeau-Dubois aux sympathisants solidaires amassés dans le MTélus lundi soir. Selon lui, QS s’imposera comme « le seul parti d’opposition » suffisamment fort pour « résister à cette vague ». « GND » s’est engagé à diriger une opposition « vigilante » et « de propositions ». « On va s’opposer à toutes les mauvaises décisions », a-t-il promis.

Éric Duhaime, là pour de bon

Le Parti conservateur du Québec a pour sa part été incapable de faire élire le moindre député, et ce, même s’il a enregistré un score semblable à celui du PLQ (12,9 % pour le PCQ contre 14,4 % pour le PLQ). Ce sont plus d’un demi-million d’électeurs dans tout le Québec qui se retrouvent sans voix à l’Assemblée nationale. La « grogne » et les « idées fortes » du PCQ en faveur d’un ratatinement de l’État québécois s’exprimeront hors de l’Hôtel du Parlement. Le coupable : le mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Le chef conservateur, Éric Duhaime, a montré du doigt la « distorsion électorale du siècle » dont sa formation politique a souffert. Cela dit, « on a semé de l’espoir, depuis plusieurs mois, dans le coeur et dans la tête de bien des Québécois », a-t-il déclaré, lors d’un rassemblement à Lac-Delage lundi soir. « Là, ça va être le temps de commencer à consolider tout cela. On va avoir plus de temps et on va mieux s’organiser », a-t-il ajouté, promettant de diriger les troupes conservatrices lors des prochaines élections générales, prévues à l’automne 2026. « C’est clair, net et précis ! »

PSPP envoyé à l’Assemblée nationale

Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, fera son entrée à l’intérieur de la salle de l’Assemblée nationale. Il a été élu dans la circonscription de Camille-Laurin, une semaine après le désistement de la candidate solidaire Marie-Eve Rancourt, qui a subtilisé des dépliants aux couleurs du PQ. À peine deux autres membres de son équipe lui emboîteront le pas, à savoir Pascal Bérubé (Matane-Matapédia) et Joël Arseneau (Îles-de-la-Madeleine). « Nous sommes, aux yeux des Québécois et des Québécoises, le parti qui a mené la meilleure campagne », a déclaré M. St-Pierre Plamondon.

Au moment où ces lignes étaient écrites, la CAQ avait remporté 90 sièges (+14), contre 21 pour le Parti libéral du Québec (-6), 11 pour Québec solidaire (+1), 3 pour le Parti québécois (-4) et 0 pour le Parti conservateur du Québec (-1).

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