Statu quo solidaire

Gabriel Nadeau-Dubois a pris la parole devant ses partisans présents à la salle de spectacle MTelus, lundi soir, après avoir été réélu dans Gouin.
Valérian Mazataud Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois a pris la parole devant ses partisans présents à la salle de spectacle MTelus, lundi soir, après avoir été réélu dans Gouin.

Québec solidaire (QS) a échoué à construire sur les fondations de sa campagne électorale et a fait de timides gains, uniquement à Montréal. La poussée de croissance du parti, qui souhaitait devenir l’« alternative » à la Coalition avenir Québec (CAQ), est freinée.

Le parti de Gabriel Nadeau-Dubois a beau renvoyer neuf de ses dix députés sortants à l’Assemblée nationale, il a réussi à s’imposer dans deux nouvelles circonscriptions, Maurice-Richard et, après de nombreuses heures sur le fil du rasoir, Verdun.

Le solidaire Haroun Bouazzi et la caquiste Audrey Murray se sont livré une chaude lutte toute la soirée dans la circonscription de Maurice-Richard, désertée par le vote libéral. Déclaré élu vers 22 h, le candidat de QS, vice-président de la Banque de développement du Canada, a reçu un accueil chaleureux du public rassemblé au MTelus, qui n’avait pas eu grand-chose à se mettre sous la dent jusque-là.

Le co-porte-parole de QS Gabriel Nadeau-Dubois a soutenu que « malgré tout, [le parti] a des raisons de célébrer ».

« On est face à une vague caquiste. Mais si la tendance se maintient, Québec solidaire sera le seul parti d’opposition à résister à cette vague caquiste », a-t-il dit aux partisans solidaires.

Puis, s’adressant directement au premier ministre réélu, François Legault, il s’est engagé à le talonner sur la question du climat, à l’aube du « mandat de la dernière chance ». « À chaque fois qu’il va vouloir faire un pas en avant sur l’environnement, je serai son partenaire. À chaque fois qu’il va vouloir faire un pas en arrière, je serai son adversaire », a-t-il soutenu.

Les nouvelles positives ont tardé à arriver lundi soir au rassemblement électoral de QS. La formation a passé de longues minutes au dernier rang du pourcentage de votes au suffrage universel. Les partisans solidaires avaient beau saluer chaque vote d’avance montré à l’écran, aucun nouveau gain potentiel ne s’ajoutait au tableau de chasse de la formation.

Les résultats dans Sainte-Marie–Saint-Jacques et Gouin ont fini par réveiller la foule amassée sur le parterre de la salle de spectacle. Les co-porte-parole Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois ont tous deux obtenu leur troisième mandat à l’Assemblée nationale dans ce qui est devenu une paire de bastions solidaires. « Ça prend une opposition forte, autant en dedans du Parlement que dehors, a soutenu Mme Massé lors d’un discours aux militants. Ça, je compte sur vous. »

A suivi l’élection des candidats solidaires dans Taschereau, Hochelaga-Maisonneuve, Mercier, Rosemont, Laurier-Dorion, Jean-Lesage et Sherbrooke. Ces circonscriptions avaient toutes été remportées par QS en 2018, presque toutes pour une première fois — sauf Mercier.

En remportant Maurice-Richard, QS teint un peu plus l’île de Montréal d’orange. « Nous avons créé un mouvement », a lancé le candidat nouvellement élu, Haroun Bouazzi, aux partisans solidaires, lundi. Dans Verdun, la présidente du parti, Alejandra Zaga Mendez, a longtemps joué du coude avec la libérale Isabelle Melançon. Le résultat est resté plus qu’incertain durant des heures dans cette circonscription du sud-ouest montréalais, mais la solidaire l’a emporté.

S’il s’impose davantage sur l’île de Montréal, QS perd une députée en région : Émilise Lessard-Therrien. L’élue sortante de Rouyn-Noranda–Témiscamingue a mordu la poussière contre le candidat caquiste Daniel Bernard. Et le parti n’a pas réussi à s’imposer dans Saint-François, Hull ou Rimouski, où il fondait plusieurs espoirs.

« Changer d’ère » ou « continuer »

Québec solidaire avait entamé cette campagne « de la dernière chance » en se posant en « alternative » à la CAQ de François Legault. « S’il y a une personne au Québec qui est capable de battre François Legault, c’est Gabriel Nadeau-Dubois », avait dit Manon Massé de son co-porte-parole depuis un vignoble de Sherbrooke, au premier jour de la campagne électorale.

Le parti de gauche avait l’ambition de faire des « gains » substantiels pour un deuxième scrutin d’affilée. En 2018, il avait fait passer sa récolte de sièges de trois à dix avec 16 % du vote populaire. Peu avant minuit, cette fois, il s’arrogeait 15 % de celui-ci.

Nommé chef parlementaire de sa formation politique en 2021, « GND » est devenu dans la dernière année de la 42e législature l’adversaire le plus coriace de François Legault au Salon bleu, selon plusieurs observateurs. Cette relation pugnace s’est transportée sur la route de la campagne, quand le chef caquiste a attaqué les « taxes orange » de Québec solidaire et lorsqu’il a critiqué le « pays des merveilles » de Gabriel Nadeau-Dubois lors du deuxième débat.

L’aspirant premier ministre solidaire a répliqué en attaquant les politiques dignes de l’« Halloween » du chef caquiste. « Arrêtez de faire peur au monde », a-t-il lancé.

QS a aussi subi les foudres de ses adversaires la semaine dernière, lorsque sa candidate Marie-Eve Rancourt a été surprise à voler un dépliant aux couleurs péquistes dans la boîte aux lettres d’un électeur de la circonscription de Camille-Laurin. Cette « grave erreur de jugement », comme l’a qualifiée M. Nadeau-Dubois, lui a valu d’être exclue de l’équipe solidaire.

Pour lutter contre l’urgence climatique, QS avait présenté aux Québécois son plan « Vision 2030 », lequel comportait des taxes sur l’achat de véhicules à émissions polluantes. Autre engagement phare du parti de gauche, son impôt sur les « riches », qui prévoyait des paiements fiscaux supplémentaires pour chaque dollar au-dessus d’un million d’actifs nets, a été attaqué de toutes parts.

Le groupe parlementaire solidaire occupera de nouveau le rôle de second groupe d’opposition dans la 43e législature du Parlement du Québec.

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