Des résultats décevants pour le Parti conservateur

«Je serai encore là à la prochaine campagne électorale», a promis Éric Duhaime, lundi soir, déclenchant de vifs applaudissements parmi ses partisans, rassemblés dans la circonscription de Chauveau.
Francis Vachon Le Devoir «Je serai encore là à la prochaine campagne électorale», a promis Éric Duhaime, lundi soir, déclenchant de vifs applaudissements parmi ses partisans, rassemblés dans la circonscription de Chauveau.

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) espérait surprendre en faisant élire plusieurs élus au Parlement. Mais tous ses candidats ont été défaits, dont le chef, Éric Duhaime, qui a mordu la poussière dans la circonscription de Chauveau.

Au moment où ces lignes étaient écrites, vers 23h45, aucun des candidats conservateurs n’avait été déclaré élu, y compris le maire de Saint-Lambert-de-Lauzon, Olivier Dumais, à qui un sondage avait prédit une victoire, cette semaine, dans Beauce-Nord.

Au terme d’une course très serrée avec le PCQ, la Coalition avenir Québec a conservé ses deux sièges en Beauce.

Éric Duhaime a quant à lui été vaincu sans difficulté dans Chauveau. Le député sortant, Sylvain Lévesque, l’a emporté sur le chef conservateur par plus de 15 points de pourcentage.

Les conservateurs passaient la soirée électorale au Manoir du Lac Delage, dans la circonscription de Chauveau. Une soirée de taille modeste, à laquelle seulement quelques dizaines de militants participaient. L’organisation n’avait pas ouvert le rassemblement à tous ses partisans, mais à des dizaines de bénévoles triés sur le volet par chacun des candidats.

Notre plus grand accomplissement,c’est d’avoir permisde débattre d’idées qui se sont retrouvées au centre de la campagne électorale.

Au milieu d’une soirée plutôt moribonde, les premiers cris de joie ont retenti dans la salle vers 21 h, quand TVA a indiqué que le candidat dans La Peltrie, Stéphane Lachance, était en avance sur le député sortant, Éric Caire. Mais cet élan a été de courte durée, les mauvaises nouvelles se succédant jusqu’à ce que le chef vienne commenter la défaite, vers 21 h 45.

« Distorsion électorale »

« On est de tous les partis, et de loin, celui qui connaît la plus forte croissance », a déclaré Éric Duhaime dans un bref discours. Le Parti conservateur du Québec a récolté 13 % des votes, contre 1,46 % en 2018.

Le PCQ, a-t-il plaidé, a récolté autant de votes que le Parti libéral « avec 20 députés en moins, a-t-il fait valoir en dénonçant la « distorsion électorale » induite par le mode de scrutin uninominal à un tour. « Il va falloir en reparler », a-t-il dit.

Éric Duhaime n’a toutefois pas réclamé de réforme du mode de scrutin. Il a souvent dit vouloir ainsi se distinguer de tous les chefs de parti qui l’ont promue dans le passé, pour ensuite se dédire.

« Notre plus grand accomplissement, c’est d’avoir permis de débattre d’idées qui se sont retrouvées au centre de la campagne électorale », a-t-il dit en évoquant le privé en santé, la relance du projet GNL et la « liberté de choix » des parents en matière de services de garde.

Avant de rejoindre ses partisans, il avait passé la soirée entouré de ses proches dans une chambre de l’hôtel pour suivre la sortie des résultats. Il avait voté en fin de matinée, accompagné de son conjoint, qui a assuré une présence discrète à ses côtés durant la campagne.

Comparant cette élection à la première période d’une partie de hockey, il a lancé que la seconde période allait permettre à son parti de « s’entraîner pendant quatre ans ». « Je serai encore là à la prochaine campagne électorale », a-t-il promis, déclenchant de vifs applaudissements dans la salle.

Là pour dix ans

Pour M. Duhaime, la victoire n’a jamais paru acquise dans Chauveau, où les sondages le donnaient toujours deuxième, malgré le grand enthousiasme affiché par ses militants. « On espère qu’il va rentrer », confiait en début de soirée Lison, une bénévole qui avait travaillé pour lui dans la circonscription avec son conjoint, Rémi. « On croise les doigts. » Le pointage dans les quartiers où la population était plus âgée était certes moins bon, relevait-il.

Le chef conservateur répétait depuis plusieurs jours que le succès du vote par anticipation dans la région de Québec lui serait favorable. La circonscription où il se présentait est l’une de celles où le vote par anticipation a été le plus couru au Québec, le tiers des électeurs ayant déjà voté.

Âgé de 53 ans, Éric Duhaime a servi, pendant plusieurs années, dans les milieux politiques, avant de devenir animateur de radio. Il a notamment été conseiller politique pour l’Action démocratique du Québec à l’époque de Mario Dumont, avant de se joindre à l’équipe du Bloc québécois puis à celle du chef de l’Alliance canadienne Stockwell Day.

Depuis son accession à la tête du PCQ, il a cherché à prendre ses distances de l’animateur de radio polarisant qu’il était, se présentant comme un candidat fédérateur opposé au discours de « division » de François Legault pendant la pandémie. Il a toutefois dû défendre, à plusieurs reprises, certaines de ses prises de position passées, comme cette déclaration selon laquelle il fallait « fermer la Gaspésie » parce que son économie n’était pas suffisamment dynamique.

Lorsqu’il a été élu chef du Parti conservateur, il a fait savoir qu’il comptait consacrer dix ans à cette cause, indépendamment des résultats. Son objectif à plus long terme était de donner une plus grande place aux idées de droite dans le débat politique au Québec, de les « normaliser », disait-il récemment en entrevue avec l’animateur Jeff Fillion.

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