Legault obtient un deuxième mandat fort

Le chef caquiste, François Legault
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le chef caquiste, François Legault

François Legault a obtenu ce qu'il voulait: un mandat fort de la population pour avoir les coudées franches à l'Assemblée nationale et augmenter son rapport de forces avec Ottawa.

Dès la fermeture des bureaux de scrutin, lundi soir, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault se dirigeait vers une victoire décisive, un véritable balayage confirmé en quelques minutes à travers le Québec.

M. Legault obtient donc un deuxième mandat et dirigera un gouvernement majoritaire, avec une équipe vraisemblablement encore plus imposante que lors du premier mandat.

 

Dès 20h30, le Directeur général des élections donnait 51 % d'appuis à la CAQ avec 72 candidats en avance.

Les maisons de sondage avaient vu juste. Du début à la fin de la campagne, tous les sondages donnaient une confortable avance de 20 à 25 points à la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault, ayant toujours eu une avance quasi insurmontable avec au moins 38 % d'appui de la population.

Les maisons de sondages prédisaient donc à M. Legault une victoire éclatante, voire écrasante, lui permettant d'espérer remporter jusqu'à une centaine des 125 sièges, laissant des miettes à se partager entre les quatre principaux partis d'opposition. Il faut remonter à 1973 pour voir un scénario de cette ampleur, quand le chef libéral et premier ministre sortant Robert Bourassa avait fait élire 102 députés sur 110. Il avait perdu le pouvoir aux mains du Parti québécois trois ans plus tard.

En 2018, M. Legault a réussi à former un gouvernement majoritaire, avec seulement un million et demi de votes (plus précisément 1 509 455 votes), ayant recueilli 37 % du vote populaire, chassant du pouvoir les libéraux de Philippe Couillard après un seul mandat.

Le chiffre magique à atteindre pour former un gouvernement majoritaire est de 63 sièges.

Au moment de la dissolution de la Chambre, la CAQ comptait 76 députés, tandis que l'opposition officielle formée par le Parti libéral du Québec (PLQ) et dirigée par Dominique Anglade, seule femme dans la course, avait 27 sièges, Québec solidaire (QS), dirigé par le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois,10 sièges, le Parti québécois (PQ), sept sièges, et le Parti conservateur du Québec (PCQ), un siège. On comptait quatre députés indépendants.

 

Une journée électorale touchée par le manque de personnel

 

C’était jour d’élections au Québec. Les bureaux de vote, où étaient conviés près de 4,8 millions d’électeurs, sont maintenant fermés. Le manque de personnel électoral n'a pas ralenti la cadence du vote, mais dans certaines circonscriptions, les directeurs de scrutin ont fait des pieds et des mains pour constituer leur équipe.

« Hier, c’était la catastrophe. On a eu de la misère à recruter. Les superviseurs de salle appelaient leur équipe, et le tiers se désistait », raconte Claude d’Anjou, la directrice de scrutin dans Mont-Royal–Outremont. Cette responsable, qui en est à ses sixièmes élections, trouve la situation « très frustrante » et y perçoit un « manque de civisme » des personnes qui s’étaient engagées.

Conséquence : certains employés de cette circonscription montréalaise devront dépouiller deux urnes ce soir, déplore Mme d’Anjou. « Je me promène dans un parc avec mon chien et j’aborde les gens pour leur demander s’ils veulent venir travailler [ce soir] », ajoute-t-elle. Il ne manque cependant pas de personnel pour assurer le bon déroulement du vote pendant la journée.

Onze circonscriptions ont du composer avec moins d’employés que prévu pour occuper les postes de scrutateurs et de préposés. En plus de Mont-Royal–Outremont, il s’agit de Beauharnois, D’Arcy-McGee, Hull, d’Huntingdon, L’Assomption, Mégantic, Pontiac, Prévost, Terrebonne et Verdun. Dans chacune de ces circonscriptions, ce ne sont pas tous les lieux de vote qui sont touchés.

À l’échelle de la province, la situation n’est pas aussi critique partout.« Au cours de la fin de semaine, ça a beaucoup bougé, des gens ont été embauchés », relevait en matinée Gabriel Sauvé-Lesiège, porte-parole d’Élections Québec, se voulant rassurant. Les postes vacants sont pour la plupart des postes de substituts, selon lui. « Si jamais des électeurs étaient toujours en file à 20 h, ils pourront aller voter », précisait-il.

Élections Québec a revu le travail de son personnel en début de journée afin de réduire les désagréments pour les citoyens. Différents groupes d’électeurs peuvent être regroupés à une même table ou à une même urne. Certains employés sont affectés à de nouvelles tâches plus essentielles. Et pour la première fois, l’organisation a fait appel à du personnel de 16 et 17 ans.

À Sainte-Foy, par exemple, ce sont justement des adolescents de 16 et 17 ans qui ont fait fonctionner les bureaux de vote au Collège des Compagnons. Ils accueillaient les citoyens et les citoyennes, identifiaient les électeurs et les électrices, biffaient leur nom sur les listes électorales et veillaient au bon déroulement du vote.

Élections Québec demandait depuis sept ans la permission d’engager des employés de moins de 18 ans pour soulager la rareté des volontaires, mais ce n’est qu’en décembre dernier qu’une modification à la loi électorale a rendu possible leur embauche.

Dans Verdun, l’une des circonscriptions où Élections Québec dit manquer de bras, Le Devoir a visité quelques lieux de vote, mais aucun n’affichait de poste vacant. Par ailleurs, les électeurs ont circulé de manière fluide vers les bureaux de vote, sans devoir patienter.

Émilie Lanthier, une trentenaire du quartier, avait « hâte » de voter dans Verdun, où une lutte à trois se dessine entre le Parti libéral du Québec, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire. « J’ai l’impression qu’une vague de changement se prépare. Je ne gagne jamais mes élections, ni au provincial ni au fédéral, donc je vote avec mon coeur », explique-t-elle.

« On a vu de l’acharnement sur certains thèmes dont on est tannés d’entendre parler, observe quant à elle Lorraine Rouisse, une électrice plus âgée rencontrée devant le Centre communautaire Marcel-Giroux. Pendant qu’ils se chicanent, je n’ai pas eu l’impression de savoir quels sont les éléments importants de leur plateforme. Je devais donc aller voir sur leur site Internet. »

Une proportion record d’électeurs a déjà tracé son X à l’occasion du vote par anticipation. En effet, 1 540 114 votes ont ainsi été reçus, sur un total de 6 301 113 électeurs inscrits sur la liste électorale. Le taux de participation au vote par anticipation s’élève donc à 24,44 %.

Les 16 895 bureaux de vote sont répartis dans 2946 lieux de vote au Québec.

Avec Sébastien Tanguay



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