Legault défend l’entente de Québec avec McKinsey pour la gestion de la pandémie

« C’était une bonne idée selon moi. Pourquoi ? Parce qu’il y avait une crise mondiale. On voulait prendre les meilleures mesures pour sauver plus de vies », s’est défendu François Legault.
Graham Hughes La Presse canadienne « C’était une bonne idée selon moi. Pourquoi ? Parce qu’il y avait une crise mondiale. On voulait prendre les meilleures mesures pour sauver plus de vies », s’est défendu François Legault.

Le recours aux services de la firme de consultants McKinsey a contribué à « sauver des vies », plaide le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, tandis que ses adversaires réclament la tenue d’une enquête publique et indépendante sur le rôle joué par la firme pendant la pandémie.

« Au bout du compte, c’était moi qui prenais les décisions, mais je pense que les recommandations, entre autres, de McKinsey nous ont aidées à sauver des vies », a déclaré M. Legault vendredi.

Le chef de la CAQ réagissait à une enquête de Radio-Canada décrivant le rôle central joué par la firme dans la gestion de la pandémie à partir du printemps 2020. Des informations justifiant la tenue d’une enquête publique et indépendante, ont plaidé les leaders conservateur et solidaire, Éric Duhaime et Gabriel Nadeau-Dubois.

« Conflits d’intérêts »

« J’espère de tout coeur que les autres partis politiques vont se joindre à nous aujourd’hui pour réclamer la tenue de cette commission d’enquête indépendante dans quelque chose qui sent pas bon », a déclaré le chef conservateur, vendredi matin, lors d’un point de presse dans la circonscription de Chauveau.

Il s’est dit particulièrement préoccupé par le « manque de transparence » du gouvernement concernant McKinsey et par des documents produits par la firme qui « portent le logo du gouvernement du Québec ».

Il se questionne en outre sur l’apparence de conflits d’intérêts dans cette affaire. « Cette firme-là avait des contrats avec une compagnie pharmaceutique alors qu’elle recommandait au gouvernement de discuter avec Pfizer », a-t-il dénoncé.

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, reproche, quant à lui, au premier ministre d’avoir « privatisé toute une partie de la gestion » de la pandémie de COVID-19.

« Alors qu’il y avait du monde sur le terrain qui demandait à être écouté, François Legault a préféré écouter des consultants privés d’une firme multinationale. Il les a payés 35 000 piastres par jour, alors que le monde au salaire minimum ne fait pas ça en une année. C’est indécent », a-t-il fait valoir, exigeant la tenue d’une commission d’enquête publique et indépendante sur la gestion de la pandémie.

Coûteux mais justifié, dit Legault

 

Or, il n’en est pas question, selon le premier ministre sortant. « C’était une bonne idée selon moi. Pourquoi ? Parce qu’il y avait une crise mondiale. On voulait prendre les meilleures mesures pour sauver plus de vies », s’est-il défendu, tout en reconnaissant que l’entente avait coûté cher au Québec.

« McKinsey, c’est une des firmes qui a le plus de mandats des gouvernements dans le monde. C’est important de savoir ce que fait l’Allemagne, ce que font les États-Unis », a poursuivi M. Legault.

Le chef caquiste a en outre tenu à souligner que, contrairement à ce qu’avance l’article, ce n’est pas McKinsey qui a eu l’idée d’offrir une formation accélérée à 10 000 préposés aux bénéficiaires. Le contrat aurait en outre été donné par la fonction publique, non pas par son équipe, avance-t-il.

Pour la cheffe libérale Dominique Anglade, le rôle joué par la firme de consultants McKinsey auprès du gouvernement durant la pandémie n’est « qu’un exemple » parmi d’autres du manque de transparence de François Legault. « On l’a vu avec la fonderie Horne [à Rouyn-Noranda], on l’a vu avec le troisième lien [entre Québec et Lévis], a-t-elle énuméré, vendredi, à Montréal. C’est quelqu’un qui ne veut pas partager les informations pour ne pas être contesté. »

Le Parti libéral du Québec défend l’idée d’une commission d’enquête publique indépendante sur la gestion de la pandémie. Mme Anglade, qui a travaillé pour McKinsey il y a une dizaine d’années, veut savoir comment le gouvernement a « décidé de fonctionner » avec la firme. « Pourquoi est-ce que nous, comme Québécois, on n’a pas été informés de ça ? » a-t-elle soulevé.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a réitéré son désir de lancer une enquête publique sur la gestion de la pandémie, laquelle se pencherait justement sur la gestion de McKinsey. « On a le droit de savoir si, en fait, la pandémie a été gérée par une firme privée. Ça soulève des questions sur le pouvoir des politiciens et l’expertise des hauts fonctionnaires », a-t-il dit depuis Godbout, sur la Côte-Nord. « Pourquoi [François Legault] n’a jamais mentionné cela ? » a-t-il demandé.

Avec Florence Morin-Martel, Marco Bélair-Cirino, Alexandre Robillard et François Carabin

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