Legault refuse d’exclure Boulet de son futur conseil des ministres

Jean Boulet a indiqué qu’il souhaitait poursuivre sa carrière politique, jeudi matin, lors d’une entrevue à la station 98,5, à Montréal.
Graham Hughes Archives La Presse canadienne Jean Boulet a indiqué qu’il souhaitait poursuivre sa carrière politique, jeudi matin, lors d’une entrevue à la station 98,5, à Montréal.

Jean Boulet ne mérite pas d’être exclu d’un éventuel conseil des ministres et encore moins de la Coalition avenir Québec (CAQ) en raison de ses propos sur les immigrants, plaide François Legault alors que les oppositions réclament une sanction plus forte de sa part.

Le chef caquiste a rejeté les appels de ses adversaires à suspendre immédiatement M. Boulet de ses fonctions. « Il reste quatre jours » à la campagne électorale, a-t-il plaidé.

M. Legault a pris la défense de son ministre, précisant que ce dernier ne s’est pas pour autant disqualifié de tout autre portefeuille de son prochain gouvernement. « Il s’est emporté dans un débat », a-t-il affirmé. « Tous les gens qui connaissent Jean Boulet savent que ce n’est pas lui. » Malgré tout, le chef caquiste a une nouvelle fois condamné les propos en question : « Je ne l’excuse pas. Je dis que c’est inacceptable, ce qu’il a dit. »

Rappelons que lors d’un débat électoral en Mauricie, le député sortant de Trois-Rivières a affirmé que « 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ». « La clé, c’est la régionalisation et la francisation », avait-il conclu.

En matinée, le chef conservateur Éric Duhaime a dit ne pas comprendre pourquoi Jean Boulet était encore candidat pour la CAQ après avoir tenu de tels propos. « Je [ne] comprends pas que ce gars-là est encore candidat de la CAQ à matin », a-t-il déclaré en entrevue jeudi à Radio X. « M. Legault, il dit qu’il est disqualifié, mais dans la même phrase, il veut que le monde vote pour lui le 3 octobre. À un moment donné, décide-toi ! »

D’autant que les propos de Jean Boulet sont erronés et donnent une très mauvaise image du Québec à l’étranger, a souligné le chef du Parti conservateur du Québec.

« Il s’est disqualifié pour tout »

François Legault s’est déjà engagé à ce que Jean Boulet ne soit plus ministre de l’Immigration s’il forme le prochain gouvernement. Par contre, le principal intéressé a réitéré jeudi matin qu’il souhaitait poursuivre sa carrière politique, lors d’une entrevue au 98,5 FM.

De passage à Sherbrooke jeudi, la cheffe libérale, Dominique Anglade, a de son côté dit ne pas comprendre pourquoi Jean Boulet est « encore ministre à l’heure où on se parle ». Il « s’est disqualifié pour tout », a-t-elle soutenu en mêlée de presse. Elle n’est toutefois pas allée jusqu’à remettre en question sa candidature pour la formation caquiste. François Legault ne peut pas « se cacher » derrière M. Boulet, a affirmé Mme Anglade. Si ce dernier a tenu ces propos, « c’est que, quelque part, il est cautionné par toute la politique de division de la CAQ ». La cheffe libérale plaide pour que les Québécois « se réveillent » et comprennent qu’ils n’ont pas besoin de « ces chicanes ».

Chez Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois a dit avoir « [pris] acte des excuses de M. Boulet », tout en jugeant qu’il est disqualifié de la fonction de ministre de l’Immigration. Le co-porte-parole du parti de gauche s’est dit « convaincu, convaincu, que M. Legault va conserver la candidature de M. Boulet, [car] M. Boulet a juste dit tout haut ce que bien des candidats et des élus caquistes pensent tout bas ». « M. Boulet a offert la version la plus corsée du même discours qui est celui de M. Legault depuis le début de la campagne électorale », a-t-il lancé.

Seul Paul St-Pierre Plamondon s’est gardé de commenter le sujet. « Je trouve ça particulier qu’on parle de composition du conseil des ministres avant le 3 octobre », a-t-il simplement réagi.

Par ailleurs, l’affaire a eu des échos jusqu’à Ottawa, où plusieurs élus ont été choqués par les propos de M. Boulet. « Il a sorti un chiffre qui apparaissait tout à fait gratuit, ce qui est complètement contraire à une certaine noblesse qui vient avec la fonction qu’il occupait. Donc, je comprends que le premier ministre ait dit qu’il se disqualifie pour la tâche », a déclaré le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

« Les immigrants […] arrivent au Canada justement pour améliorer leur vie et les vies de leurs enfants », a souligné de son côté le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, qui représente une circonscription de la métropole. « Ils travaillent fort. Leurs enfants vont à l’école. Et ils font des sacrifices pour que leurs enfants puissent avoir des opportunités qu’ils n’ont pas eues. C’était le cas de mes parents. Et c’est le cas de la bonne partie des immigrants. »

Avec Florence Morin-Martel, Marco Bélair-Cirino,François Carabin, Marie Vastel et Alexandre Robillard

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