Legault répète que le plan de la Fonderie Horne est sécuritaire

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, à son arrivée pour une conférence de presse, mercredi, à Montréal
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, à son arrivée pour une conférence de presse, mercredi, à Montréal

Le chef caquiste François Legault a répété jeudi que le plan de réduction des émissions d’arsenic de la fonderie Horne était sécuritaire, mais il a été invité par un groupe de médecins locaux à prendre « une décision politique » pour protéger la santé des citoyens.

Après une rencontre avec les élus municipaux de Rouyn-Noranda, M. Legault a affirmé que plusieurs questions restent sans réponse. Il espère que des négociations mèneront à l’entreprise à bonifier son plan.

M. Legault a notamment évoqué la possibilité de procéder à des déménagements dans la zone immédiate de l’installation.

« Pour la zone tampon, est-ce que les gens, en échange d’une compensation financière, accepteraient de déménager ? Autant les résidents que les entreprises ? » s’est-il interrogé en point de presse.

L’été dernier, le conglomérat Glencore avait annoncé son intention de se rapprocher de la norme de 3 ng/m3 pour les émissions d’arsenic, après avoir bénéficié pendant des années de permissions de l’excéder.

L’entreprise propose de réduire ses rejets à 15 ng/m3 d’ici cinq ans.

M. Legault a répété que l’atteinte de cet objectif serait sécuritaire pour la population, malgré les vives critiques d’un regroupement de médecins locaux. « C’est acceptable ou sécuritaire avec des risques minimes », a-t-il dit.

Alors que rien dans le plan ne précise quand la norme de 3 ng/m3 serait atteinte, M. Legault s’en remet à la population pour trancher. Il n’a pas exclu la possibilité d’un référendum.

« Le premier scénario, c’est d’avoir un plan qui est acceptable pour la population, qui respecte la santé, qui respecte l’environnement, a-t-il dit. De l’autre côté, c’est une fermeture d’usine. »

Le chef caquiste a toutefois répété que les 650 emplois payants de la fonderie Horne, à 100 000 dollars par année, pourraient difficilement être remplacés dans la région, ce qui aurait des impacts sur la santé mentale.

Comme le troisième lien

 

Le Dr Frédéric Bonin, du comité IMPACTE (Initiative médicale pour une action contre la toxicité environnementale), a déclaré que les élus ont la responsabilité de défendre la santé de la population.

Selon M. Bonin, le gouvernement doit imposer à Rouyn-Noranda les mêmes normes de santé publique que dans le reste du Québec.

« M. Legault prend des décisions politiques pour le troisième lien, je ne peux pas croire que M. Legault ne peut pas prendre une décision politique pour la protection de la santé des citoyens. À Rouyn-Noranda, un citoyen vaut autant qu’ailleurs au Québec. »

La semaine dernière, M. Legault a affirmé qu’il était prêt à prendre une décision en faveur d’un tunnel à quatre voies entre Québec et Lévis, même si des études à venir recommandaient autre chose.

Legault s’échauffe

Le chef caquiste a amorcé sa journée à Rouyn-Noranda par une entrevue à la station locale de Radio-Canada, où il s’est échauffé, au sujet de la fonderie Horne.

À plusieurs reprises, M. Legault s’en est pris à l’animateur, David Chabot, en l’associant à ses adversaires. Il l’a notamment accusé de reprendre une proposition de Québec solidaire lorsqu’il lui a demandé s’il envisagerait la fermeture de la fonderie si elle ne respecte pas la norme de 3 ng/m3.

« Si la majorité de la population de Rouyn-Noranda veut fermer l’usine, on va fermer l’usine, a-t-il dit. Ça ne peut pas être plus clair. La décision va être prise par les citoyens, M. Chabot, pas par des médecins dans un groupe de pression. »

M. Legault a repris l’animateur parce qu’il n’appréciait pas la façon dont il lui répétait ses propos. « Ce n’est pas exact ce que vous venez de dire, vous venez de dire “davantage acceptable”, a-t-il pesté. C’est pas ce que la Santé publique dit, la Santé publique dit “acceptable”. La Santé publique dit pas “davantage acceptable”. M. Chabot, vous dites des choses qui sont fausses. »

Devant les attaques répétées de M. Legault à son endroit, l’animateur a dû lui rappeler que ses interventions se faisaient en toute neutralité.

« Je ne porte aucune position », a dit M. Chabot.

Un chef « qui divise »

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a soutenu que M. Legault a révélé son vrai visage en perdant patience durant l’entrevue à la radio. « C’est François Legault qui n’aime pas être critiqué, François Legault qui n’aime pas être contesté, François Legault qui n’écoute pas la science, François Legault qui divise », a-t-elle lancé en ajoutant qu’il faut « tout faire » pour atteindre à Rouyn-Noranda la norme québécoise de 3 ng/m3.

Le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois s’est indigné de la proposition du chef caquiste de tenir un référendum sur l’avenir de la fonderie Horne. « Mettre l’odieux sur la population, en disant: ne soyez pas trop exigeant pour votre santé parce que sinon on va fermer la “shop”. C’est un manque de leadership total de la part d’un premier ministre qui n’a rien fait pendant quatre ans ! » a-t-il décrié.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, croit que le chef caquiste « veut placer la population dans un dilemme entre 15 nanogrammes et la fermeture de l’usine ». « Ce qu’il faut faire, ce n’est pas fermer l’usine, c’est ramener l’usine à des standards environnementaux acceptables. »

 

Avec François Carabin, Marco Bélair-Cirino, Florence Morin-Martel



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