Les propos de Jean Boulet à l’épreuve des faits

En 2021, le nombre de personnes immigrantes en emploi au Québec s’élevait à 818 700, un sommet depuis 2006.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En 2021, le nombre de personnes immigrantes en emploi au Québec s’élevait à 818 700, un sommet depuis 2006.

« 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise. La clé, c’est la régionalisation et la francisation. » Cette citation du ministre sortant de l’Immigration, Jean Boulet, a lancé un pavé dans la mare des débats sur l’immigration au Québec. Qu’en est-il réellement ? Vérification en trois graphiques.

La part de nouveaux arrivants qui s’installent à Montréal décline au Québec depuis 2018. Pas plus de 70 % d’entre eux préféraient la métropole l’an dernier, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Par contre, si l’on entend par « Montréal », « Montréal et ses banlieues », Jean Boulet n’a pas tort. Année après année, plus de 80 % des Néo-Québécois s’établissent soit sur l’île de Montréal, soit à Laval ou en Montérégie.

Au-delà de la dichotomie entre Montréal et les régions, notons que la ville de Québec attire de plus en plus d’immigrants depuis quelques années, passant de 5 % en 2018 à 8 % en 2021.

Ces données ne concernent que les « destinations projetées » des candidats admis à l’immigration. Leur destination finale peut donc différer, et leur destination déclarée ne signifie pas qu’ils y resteront toute leur vie.

La « francisation »

Les nouveaux arrivants ne parlent-ils pas français ? En effet, il y a quatre ou cinq ans, la moitié d’entre eux ne possédaient aucune connaissance du français. La part d’immigrants qui ne pouvait s’exprimer qu’en anglais dépassait alors la proportion de ceux qui ne pouvaient s’exprimer qu’en français.

Depuis, la tendance s’est inversée, et c’est plutôt le bilinguisme qui domine sur la langue des nouveaux Québécois.

Nous pouvons même parler de multilinguisme, car environ 70 % des nouveaux arrivants possèdent une langue maternelle qui n’est ni le français ni l’anglais. Statistique Canada recense environ 150 langues maternelles différentes parlées dans les chaumières du Québec.

Au boulot

 

Les immigrants sont-ils majoritairement sans emploi ? Il est vrai que les Néo-Québécois, surtout ceux qui viennent tout juste d’arriver, peinent davantage à trouver de l’emploi. L’écart entre le taux de chômage de Québécois nés ici et ceux nés ailleurs s’explique surtout par la difficulté à faire reconnaître les compétences, observait une récente étude du Comité consultatif personnes immigrantes.

Même s’il est en baisse, le taux de chômage des immigrants n’a pas retrouvé les seuils d’avant la pandémie.

Cependant, la statistique inverse, le taux d’emploi, démontre que les nouveaux arrivants veulent travailler plus que jamais. En 2021, le nombre de personnes immigrantes en emploi au Québec s’élevait à 818 700, un sommet depuis 2006, soit la première année où ces données ont été compilées. Cette croissance s’observe autant chez les personnes immigrantes arrivées au pays récemment que chez celles établies de longue date.

Le Québec a même rattrapé l’Ontario en matière d’emploi chez les immigrants dans la force de l’âge. Près de 82 % des Néo-Québécois entre 25 et 54 ans sont occupés par le boulot, comparativement à 81 % dans la province voisine, selon le dernier rapport de l’Institut du Québec.

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