«Il faut mieux s’occuper des personnes [qui ont] passé 18 ans», admet François Legault

Le premier ministre et chef caquiste, François Legault, a souligné qu’il fallait augmenter le nombre de places d’hébergement, tout en insistant sur le fait que le ministre Lionel Carmant avait entamé cette mission.
Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre et chef caquiste, François Legault, a souligné qu’il fallait augmenter le nombre de places d’hébergement, tout en insistant sur le fait que le ministre Lionel Carmant avait entamé cette mission.

Appelé à réagir au sujet de la crise de l’hébergement pour les personnes vivant avec une déficience intellectuelle et/ou un trouble du spectre de l’autisme (DI-TSA), crise révélée par l’enquête du Devoir, François Legault a admis en conférence de presse mercredi matin qu’« il faut mieux s’occuper des personnes [DI-TSA qui ont] passé 18 ans ».

Le Devoir a en effet rapporté cette semaine que le manque de milieux de vie disponibles, l’explosion du nombre de situations d’urgence ainsi que l’alourdissement des cas menaient à des placements loin d’être idéaux, selon la quarantaine de témoignages recueillis dans le cadre de son enquête.

Le premier ministre a souligné qu’il fallait augmenter le nombre de places d’hébergement, tout en insistant sur le fait que le ministre Lionel Carmant avait entamé cette mission. « Évidemment, il y a des enjeux de recrutement de main-d’oeuvre et de construction d’hébergement, parce qu’il manque aussi d’employés de la construction », a ajouté M. Legault.

Le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, trouve pour sa part « absolument épouvantable [et] inadmissible » la situation vécue par des personnes souffrant d’une déficience intellectuelle ou d’un trouble du spectre de l’autisme (DI-TSA). Il remet en question la volonté politique du premier ministre dans ce dossier. « François Legault ne parle jamais de ces gens-là et il ne leur promet rien dans son cadre financier », a-t-il déploré.

QS, lui, bonifiera de façon « générale » les conditions de travail de tout le personnel, y compris celui des résidences à assistance continue (RAC), promet M. Nadeau-Dubois.

La décision du gouvernement Legault de « bonifier les conditions de travail de deux ou trois corps de métier » dans le réseau de la santé — les préposés aux bénéficiaires et les infirmières, par exemple — a accentué la pénurie de main-d’oeuvre dans les RAC. Ce qui est le « noeud du problème » de la piètre qualité des services dans certains établissements, où des prescriptions médicales ou des restrictions alimentaires sont notamment ignorées. Le système de santé et de services sociaux est formé de « plein de monde, dont plein de monde dans l’ombre », a-t-il affirmé.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a affirmé mercredi qu’au-delà du problème de financement et de personnel dans les ressources d’hébergement, il est nécessaire d’avoir « une grande écoute » à ce sujet. « J’aurais tendance à aller m’asseoir avec les personnes pour essayer de régler cet enjeu », a-t-elle dit lors de son passage à Québec.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) propose d’ailleurs la création d’un Secrétariat aux personnes vivant avec un handicap ou le spectre de l’autisme. Le but est de donner « plus de voix » à ces Québécois, a-t-elle fait valoir.

À voir:

Parcours | Un combat pour loger son fils handicapé
Rencontre avec Sophie et son fils Alexis qui souffre du syndrome de Joubert à un stade avancé.

Sous-financement chronique

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, estime quant à lui que le manque de formation et le manque de financement et de main-d’oeuvre compromettent la sécurité et la réadaptation des usagers en ressources d’hébergement. Il propose d’investir 800 millions de dollars dans ce secteur s’il est élu.

« Nous prévoyons un rehaussement du financement des ressources intermédiaires et familiales d’environ 800 millions dans un premier mandat pour justement assurer une main-d’oeuvre adéquate, stable et mieux formée. De plus, il faut entamer un véritable virage vers le soutien à domicile pour offrir des services adaptés aux personnes DI-TSA en plus d’offrir davantage de répit et d’aide aux familles. Nous comptons investir 3 milliards de dollars de manière récurrente d’ici quatre ans pour tripler le nombre d’heures de soutien à domicile. »

Le Parti conservateur du Québec estime quant à lui que la question de l’hébergement pour les personnes DI-TSA s’inscrit dans une réflexion plus globale au sujet de la santé mentale. « On veut dans les 50 premiers jours de notre mandat faire un sommet sur la santé mentale au Québec. Il va falloir avoir une approche beaucoup plus globale, parce que le Québec souffre énormément et a besoin de ressources. […] C’est pas juste une question d’argent, c’est aussi une question de pénurie de main-d’oeuvre dans cette industrie-là en particulier. »

Avec Alexandre Robillard, François Carabin, Marco Bélair-Cirino, Florence Morin-Martel et Isabelle Porter