La crise du logement laissée en plan de la campagne électorale 

L’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) évalue à 100 000 le nombre de logements locatifs et résidentiels manquants pour répondre aux besoins actuels dans la province.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir L’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) évalue à 100 000 le nombre de logements locatifs et résidentiels manquants pour répondre aux besoins actuels dans la province.

La crise du logement a été en bonne partie éclipsée depuis le début de la campagne électorale, déplorent plusieurs organismes du milieu. L’accès à la propriété ou à un logis locatif abordable devient pourtant encore plus ardu dans le contexte inflationniste actuel, soulignent-ils.

Les cinq principaux partis politiques en lice au scrutin du 3 octobre prochain ont tous pris des engagements en la matière. Ils mènent ainsi une guerre de chiffres en établissant diverses cibles pour aménager, dans des horizons divers, les dizaines de milliers de logements sociaux manquants dans la province, alors que l’on compte déjà plus de 37 000 ménages sur les listes d’attente à l’échelle de la province. Ils ont aussi pris des engagements pour faciliter l’accès à la propriété, notamment par le biais de mesures fiscales.

Les différents partis ont toutefois été peu loquaces depuis le début de la campagne sur la crise du logement elle-même : elle semble notamment avoir été éclipsée par l’impact de l’inflation sur le portefeuille des Québécois. Une situation qui détonne avec la campagne électorale municipale de l’an dernier, lors de laquelle le thème de l’habitation était sur toutes les lèvres.

« Bien franchement, vu l’importance de la crise, c’est clair que ça n’a pas été assez abordé », lance le directeur général du Réseau québécois des OSBL d’habitation, André Castonguay. L’organisme réclame notamment la création d’un ministère dédié entièrement à l’habitation afin de mettre en place plus rapidement des mesures concrètes en réponse au manque de logements de différentes tailles au Québec. Actuellement, ce ministère inclut aussi celui tout aussi demandant des Affaires municipales.

« Ça nous prend quelqu’un qui a ce dossier-là en main et qui est apte à faire le travail nécessaire pour établir une politique d’habitation » munie d’un plan d’action, souligne M. Castonguay. Ce dernier trouve d’ailleurs imprécis les engagements des différents partis sur la construction de logements sociaux et abordables. « On ne sent pas une grosse volonté politique. »

« Le logement ne semble pas une priorité des partis alors que, pourtant, de Gaspé à Gatineau, la crise du logement est partout », note également la chargée de projet à la Table de quartier Peter-McGill, Maryse Chapdelaine. « Ça a un peu été mis sous le tapis alors que si on abordait la question du manque de logements sociaux, ça pourrait régler beaucoup de problèmes », notamment en aidant des personnes âgées à faible revenu à demeurer plus longtemps dans leur logement, relève-t-elle.

Les impacts de l’inflation

L’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) évalue à 100 000 le nombre de logements locatifs et résidentiels manquants pour répondre aux besoins actuels dans la province. Un chiffre voué à augmenter au moment où la hausse du coût de la vie et des coûts de construction creuse un « fossé intergénérationnel » dans l’accès à la propriété, relève le directeur des affaires publiques de l’APCHQ, David Dinelle.

« Si on y accède à la propriété, on y accède la corde au cou », illustre M. Dinelle, qui constate que les paiements hypothécaires « augmentent plus vite » que les revenus des Québécois. Idem pour les coûts de construction, qui connaissent une croissance rapide, au Québec comme ailleurs au pays.

Dans ce contexte, le professeur à l’École de travail social de l’UQAM et spécialiste en matière de logement Louis Gaudreau se dit « surpris » que la crise du logement n’a pas été abordée davantage en campagne électorale. Pourtant, « je sentais qu’il y avait un certain consensus comme quoi on devait augmenter l’offre de logements abordables et sociaux ».

L’expert soulève d’autre part la possibilité que les chefs des principales formations politiques aient décidé d’agir de prudence en évitant d’aborder l’épineuse question du « droit au logement », en particulier « tout ce qui concerne le rapport entre les propriétaires et les locataires », qui représentent tous deux des groupes d’électeurs potentiels.

Les mesures à prendre pour limiter les évictions de locataires ou pour mieux contrôler l’augmentation des loyers ont par exemple été essentiellement éclipsées de cette campagne, relève-t-il, car « il y a toujours le risque de s’aliéner une partie de son électorat en prenant parti pour les locataires ».

Joint par Le Devoir, le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, indique que cette dernière « a fait de l’habitation et du logement des sujets centraux dans le cadre de ses entretiens avec les différents chefs » de partis politiques. « L’abordabilité des villes est un combat qui doit être mené en partenariat avec le prochain gouvernement, qui doit accélérer le développement de logements sociaux », ajoute le cabinet, selon qui « l’ADN de nos quartiers et le sort de milliers de familles » sont en jeu.

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