Des médecins réfutent des propos «préoccupants» de Legault sur la fonderie Horne

Le chef caquiste, François Legault, sur le plateau de «Tout le monde en parle» dimanche dernier
Photo: Karine Dufour Le chef caquiste, François Legault, sur le plateau de «Tout le monde en parle» dimanche dernier

Trois médecins de Rouyn-Noranda reprochent à M. Legault d’avoir minimisé l’impact des émissions de la fonderie Horne lors de son passage à Tout le monde en parle dimanche dernier. Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) avait dit que la situation est « sécuritaire » selon la Santé publique, ce que les médecins réfutent fermement. Ils pressent le gouvernement d’en faire plus.

« Entendre des choses comme ça, à heure de grande écoute, en plein contexte de consultations publiques, j’ai trouvé ça préoccupant », raconte la Dre Marie-Pier Lemieux, membre du comité IMPACTE (Initiative médicale pour une action contre la toxicité environnementale) de Rouyn-Noranda, en entrevue avec Le Devoir.

Avec deux autres médecins du comité, elle a envoyé un communiqué, mardi, dans le but de « rectifier les faits » mis en avant par M. Legault. « On a voulu réagir, parce qu’on sentait qu’il y avait une minimisation des problèmes de santé », ajoute Mme Lemieux.

Lors de son passage à Tout le monde en parle, M. Legault avait tenu à préciser que « c’est aux gens de Rouyn-Noranda » de se prononcer sur la fonderie Horne, plutôt qu’aux électeurs résidant ailleurs au Québec. L’animateur, Guy A. Lepage, lui avait justement demandé si cette posture — la même qu’il adopte par rapport aux gens de Québec sur le troisième lien — ne relevait pas d’une stratégie électoraliste.

« Il y a 650 emplois bien payés. C’est aux gens de Rouyn-Noranda [de] décider s’ils veulent ou non que l’entreprise reste ouverte. La Santé publique dit que c’est sécuritaire », avait lancé François Legault pour se défendre.

Appels à l’action

Or, le comité IMPACTE affirme que « la Santé publique n’a jamais dit que “c’est sécuritaire” ». Les médecins rappellent que les autorités ont établi que le seuil d’émissions d’arsenic de 15 ng/m3 — une moyenne annuelle d’émissions quotidiennes — proposé par le gouvernement de la CAQ, et accepté par la direction de la fonderie, ne pourrait être sécuritaire que si certaines conditions étaient respectées.

La Santé publique a en effet jugé que les seuils quotidiens devaient aussi être respectés (200 ng/m3 pour l’arsenic, 350 pour le plomb, et 30 pour le cadmium), que les seuils annuels pour les autres métaux que l’arsenic devaient être respectés, et que les sols devaient être décontaminés.

Compte tenu de ces recommandations, les médecins précisent que la situation « n’est pas sécuritaire présentement ». Mme Lemieux presse donc le gouvernement d’agir. Elle rappelle que la Santé publique recommande au gouvernement de faire atteindre un seuil de 3 ng/m3 « le plus rapidement possible ».

« Il faut comprendre que dans l’entente conclue entre le gouvernement et l’entreprise, chaque partie a fait son compromis. On se retrouve maintenant avec des compromis sur des compromis. Pour nous, ce n’est pas du tout satisfaisant sur le plan de la santé. On veut que la norme québécoise de 3 ng/m3 soit atteinte d’ici cinq ans », affirme la Dre Lemieux.

Le comité IMPACTE demande d’ailleurs à rencontrer M. Legault lorsqu’il sera de passage à Rouyn-Noranda, le 29 septembre prochain. L’équipe du premier ministre n’a toutefois pas donné suite à sa demande pour l’instant, et n’avait pas précisé au Devoir si elle comptait le faire, au moment où ces lignes étaient écrites.

Un enjeu électoral

 

La gestion des émissions de la fonderie Horne et de la décontamination des sols demeure certainement l’un des principaux enjeux de la campagne électorale à Rouyn-Noranda.

À mi-campagne, Le Devoir rapportait que les électeurs demeuraient divisés entre des préoccupations environnementales, surtout revendiquées par Québec solidaire, et un désir de relancer et de diversifier l’économie, sur lequel mise la CAQ pour prendre cette circonscription au parti de gauche.

Mme Lemieux espère quant à elle que les électeurs feront de l’environnement et de la santé une priorité au moment de voter : « C’est un sujet qui est très important pour l’avenir de notre communauté, c’est crucial. »

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