Une candidate péquiste rétracte des propos critiques sur l’islam

Employée d’Hydro Québec, Mme Jubinville se présente dans la circonscription de Sainte-Rose, à Laval.
Facebook Employée d’Hydro Québec, Mme Jubinville se présente dans la circonscription de Sainte-Rose, à Laval.

« Pourquoi les hidjabs envahissent de plus en plus notre paysage public ? » « L’islam, ce n’est pas nous. » Dans diverses publications faites au cours des années, la candidate du Parti québécois (PQ) Lyne Jubinville s’est montrée particulièrement critique de la religion musulmane. Paul St-Pierre Plamondon la gardera dans son équipe, mais seulement parce qu’elle s’est « amendée ».

Le Devoir a repéré trois publications distinctes dans lesquelles la principale intéressée montre du doigt l’islam ou critique l’immigration. Employée d’Hydro-Québec, Mme Jubinville se présente dans la circonscription lavalloise de Sainte-Rose. Elle s’est impliquée dans diverses causes pro-laïcité à titre personnel et a participé en 2013 à la création du Rassemblement pour la laïcité.

Dans un premier commentaire, laissé sous un article du Devoir sur le ramadan daté de 2011, Mme Jubinville écrit : « S’INTÉGRER AU QUÉBEC GRÂCE À L’ISLAM ? Non mais, ça ne va pas ? L’islam, ce n’est pas nous : on n’a rien à voir là-dedans, on ne connaît pas ça !!! ». Avant de renchérir : « L’islam, ce n’est pas ici. Vous vous êtes trompés de porte. »

« Il y a moins de 5 ans, une femme voilée sur la rue Ste-Catherine était aussi exotique qu’un canari malinois. […] Bienvenue chez nous, gens d’autres pays. Mais ne comptez pas sur nous pour vous bâtir des mosquées et laisser vos muezzins lancer l’appel à la prière en pleine rue quand nos églises sont à vendre et que nos cloches se taisent de plus en plus », renchérit-elle.

Dans un autre commentaire, laissé en 2013 en réaction à une chronique de Mathieu Bock-Côté dans le Journal de Montréal justifiant l’existence des religions, Mme Jubinville s’offusque de voir « les hidjabs envahir de plus en plus notre paysage public ».

« Vous dites que “la religion a mauvaise presse”. Vraiment ? […] Pourquoi entendons-nous parler du ramadan depuis quelques années, alors que nous nous étions débarrassés de notre foutu carême ? Pourquoi tant de salamalecs médiatiques autour de l’élection du pape ? » s’interroge-t-elle.

En 2016, en réaction à la vague d’agressions commises en Allemagne dans les environs du jour de l’An, Mme Jubinville cosigne une lettre ouverte de l’organisme Pour le droit des femmes du Québec qui critique le « silence » autour des « immigrants qui commettent des agressions ». À l’époque, des centaines d’agressions avaient été rapportées dans une même nuit dans les villes de Cologne, de Hambourg, de Düsseldorf et de Stuttgart, notamment. Les suspects étaient principalement décrits comme étant des réfugiés d’origine nord-africaine ou arabe.

« La vérité, c’est que des immigrants et des réfugiés ont attaqué des femmes, les ont intimidées », écrit le collectif, avant d’enchaîner : « Au Canada et au Québec, pays des accommodements religieux et du multiculturalisme, les femmes risquent là encore de faire les frais de cette complaisance des autorités à l’endroit des immigrants qui commettent des agressions. Parce que le silence autour des agressions quotidiennes, “ordinaires”, pourrait être encore plus tonitruant si les agresseurs sont des immigrants, toujours au nom de la compassion. »

La candidate reste

 

Le Devoir a tenté d’obtenir une réaction de Mme Jubinville en journée mardi. Le chef péquiste a finalement réagi en milieu d’après-midi lors d’une mêlée de presse.

Mis « mal à l’aise » par un « certain nombre de propos problématiques » de sa candidate, Paul St-Pierre Plamondon affirme lui avoir offert deux choix. « Je lui ai dit “soit vous quittez la campagne” — parce que la ligne que je trace, j’y tiens —, “soit vous vous amendez, vous vous rétractez” », a dit le leader de la formation souverainiste quelques minutes après avoir été mis au courant des propos de Mme Jubinville.

La candidate demeurera dans l’équipe péquiste. En soirée, elle a dit vouloir se « rétracter sur certains propos qui ont dépassé [sa] pensée ».

« Bien que je sois très critique de l’effet des religions sur le droit des femmes, je reconnais que chacun au Québec a droit à ses convictions et par conséquent a [le] droit d’exercer sa religion », a-t-elle écrit dans une déclaration sur Facebook après la publication de cet article sur le site du Devoir. « Je désire également préciser que mes commentaires critiques vis-à-vis les religions s’appliquent à toutes les religions, et non pas une en particulier. »

Le PQ a une position ferme en faveur de la laïcité et contre le port de signes religieux dans la fonction publique. Le parti s’est d’ailleurs prononcé en faveur de la Loi sur la laïcité de l’État québécois en 2019. En matière d’immigration, la formation politique s’est engagée durant la campagne à réduire les seuils d’immigration annuels à 35 000 entrées ; ce plafond est actuellement fixé à 50 000 nouveaux arrivants.

« Je n’ai pas de problème à ce qu’il y ait une critique vive de toutes les religions », a dit M. St-Pierre Plamondon, mardi. « Par contre, on ne peut pas […] dire à des nouveaux Québécois : ici, au Québec, on est athées, et vous ne pouvez pas croire en Dieu. »

Le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, reproche à la candidate péquiste de véhiculer des « préjugés » sur les musulmans. « Ce que Mme Jubinville semble sous-entendre dans ses propos, c’est qu’on est plus ou moins Québécois selon la religion qu’on pratique. Moi, je ne suis pas d’accord avec ça », a-t-il affirmé après avoir souligné que « peu importe la religion qu’on a, on est tous Québécois, on est toutes Québécoises ».

M. Nadeau-Dubois s’est toutefois gardé de demander le retrait de la candidate péquiste de la course électorale. Selon lui, il appartient à M. St-Pierre Plamondon de déterminer si les propos sur l’islam tenus par Mme Jubinville « représentent ses valeurs et les valeurs de son parti ».

Avec Marco Bélair-Cirino

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