Le modèle conservateur des garderies fragilisé par la pénurie de personnel

Invité à justifier ses chiffres, Éric Duhaime a dit lundi se référer aux données fournies par une association de garderies privées non subventionnées.
Ryan Remiorz La Presse canadienne Invité à justifier ses chiffres, Éric Duhaime a dit lundi se référer aux données fournies par une association de garderies privées non subventionnées.

La promesse d’Éric Duhaime et du Parti conservateur du Québec (PCQ) de débloquer 30 000 places en garderie « en quelques jours » pourrait être difficile à réaliser en raison du manque de personnel dans le réseau des garderies privées.

Jeudi matin, M. Duhaime a déclaré qu’« en quelques jours », son parti pourrait « résoudre le problème pour plus de 60 % des parents qui attendent sur la liste d’attente », l’équivalent de 30 000 des 52 000 parents en attente pour une place en garderie.

Le PCQ propose de donner aux parents des bons de 200 $ par semaine par enfant pour défrayer les coûts d’une place en garderie privée.

Invité à justifier ses chiffres, M. Duhaime a dit lundi se référer aux données fournies par une association de garderies privées non subventionnées (GNS).

« Nous estimons à plus de 30 000 le nombre de places vacantes dans les GNS. Ces places pourraient être mises instantanément à la disposition des parents », faisait en effet valoir l’Alliance Québécoise des Garderies Privées Non Subventionnées (AQGPNS) dans un communiqué le 21 septembre.

L’Alliance s’appuie sur un sondage mené auprès de 174 propriétaires de garderies privées en établissement montrant qu’en moyenne, 30 % de leurs places sont vacantes.

Or, lors d’un échange avec Le Devoir, son président, Khalid Daher, a convenu que les garderies concernées n’avaient pas à leur disposition le personnel suffisant pour accueillir tous ces enfants en quelques jours. « Si on applique ce que Duhaime propose pour la conversion, je me débrouillerai parce que j’ai des éducatrices au Maroc et en France qui veulent venir. Ça va me prendre un mois, deux mois, trois maximum, pour les faire venir avec la procédure accélérée. »

L’AQGPNS reproche en outre à l’État de « cannibaliser » son personnel parce que ses employées le quittent afin d’aller travailler dans le réseau subventionné où les salaires sont meilleurs. Le gouvernement offre certes la possibilité aux garderies privées d’intégrer le réseau subventionné, mais les délais du plan (cinq ans) sont trop longs, déplore M. Daher, qui est propriétaire d’une garderie dans le quartier Saint-Michel à Montréal.

Dans ce contexte, la proposition de M. Duhaime constitue une véritable planche de salut pour son entreprise. « Moi, si je n’ai pas de subventions dans les mois qui suivent, je ne serai plus là. J’avais 80 enfants et maintenant, je n’en ai plus qu’une trentaine. »

Plus rapide que la CAQ malgré tout

 

Le modèle conservateur serait en outre difficile à l’extérieur des grands centres, convient M. Duhaime. « C’est sûr qu’il faut une approche plus différenciée. Le gouvernement a un rôle à jouer pour ces territoires-là », a-t-il répondu en point de presse lundi matin. Et de quelle façon un gouvernement conservateur interviendrait-il ? Une commission parlementaire se pencherait sur la question dans un premier temps, a-t-il indiqué.

Le chef conservateur ajoute que c’est à cause de cela qu’il prétend pouvoir offrir à court terme 30 000 places et non 52 000. « C’est pour ça qu’on a dit 60 %, et non pas 100 %. […] C’est sûr que dans les grands centres, c’est plus simple parce qu’il y a de la proximité et que les distances sont moins grandes. »

Invité à réagir à l’impact du manque de personnel sur sa promesse d’offrir 30 000 places en quelques jours, M. Duhaime s’est défendu en disant « qu’avec la CAQ, on parle de 5 ans ». « Leur promesse de mettre ça avec des CPE, c’est un projet sur cinq ans. »

Même en repoussant sa promesse de quelques jours à quelques semaines, son plan serait « beaucoup plus rapide », a-t-il dit en soulignant que certains établissements privés ont des places dès maintenant parce qu’ils ont des « classes réduites », avec la moitié du nombre d’enfants « qu’ils sont capables d’absorber ».

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