Verdun à la croisée des chemins

Les intentions de vote agrégées par la plateforme Qc125 placent depuis quelques semaines le PLQ en troisième position dans la circonscription de Verdun avec 22% d’appuis, derrière la CAQ et QS, qui jouent du coude pour la première place.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les intentions de vote agrégées par la plateforme Qc125 placent depuis quelques semaines le PLQ en troisième position dans la circonscription de Verdun avec 22% d’appuis, derrière la CAQ et QS, qui jouent du coude pour la première place.

La course électorale a rarement été excitante à Verdun, qui est coloriée du rouge du Parti libéral du Québec (PLQ) depuis 1939, à l’époque où la circonscription s’appelait encore Montréal-Verdun, avant de changer de nom en 1965. Les votes recueillis par le PLQ sont toutefois en diminution depuis 2014 dans cette circonscription de plus de 48 000 électeurs, qui comprend également L’Île-des-Soeurs, en plein boom immobilier.

Au point que, cette année, les intentions de vote agrégées par la plateforme Qc125 placent depuis quelques semaines le parti de Dominique Anglade en troisième position dans Verdun avec 22 % d’appuis, derrière la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS), qui jouent du coude pour la première place. Cela n’empêchait toutefois pas la députée libérale sortante et candidate à sa réélection, Isabelle Melançon, d’afficher un large sourire et une énergie débordante lorsqu’elle a été rencontrée par Le Devoir mercredi dernier dans un café de la rue Wellington, la principale artère commerciale de Verdun.

« Je suis une hyperactive et, moi, ça m’énergise, une campagne », lance la politicienne de 48 ans, qui représente la circonscription depuis 2016. Elle prend d’ailleurs avec philosophie la compétition à laquelle elle fait face cette année. « Qu’il y ait une véritable course, moi, je trouve ça très sain pour une démocratie », lance celle qui « n’a jamais rien tenu pour acquis à Verdun », où elle l’a emporté par une majorité de 3597 voix aux élections générales de 2018.

Parmi ses chevaux de bataille, Mme Melançon martèle l’importance de s’attaquer au manque d’infrastructures en éducation et aux problèmes d’insalubrité de celles qui existent. « Quand je me lève pour la troisième école [primaire] à L’Île-des-Soeurs — et je me suis levée des dizaines de fois au Salon bleu —, ce n’est pas parce que, moi, je veux aller à cette école-là, c’est parce que les parents de L’Île-des-Soeurs veulent cette école-là », lance-t-elle entre deux gorgées de café. Elle qualifie d’ailleurs d’« arrogance » le fait que la CAQ propose maintenant, en campagne électorale, de construire cette école.

« Ça fait quatre ans qu’ils retardent le projet et, là, ils le promettent. Pour moi, ils font de la petite politique sur le dos des enfants et des parents de L’Île-des-Soeurs et, ça, je ne peux pas l’accepter », lance-t-elle. Elle ne ménage également pas ses tirs à l’endroit de Québec solidaire, qui promet 700 logements sociaux en quatre ans à Verdun. « Ce n’est juste pas possible ! » s’exclame-t-elle.

Crise du logement

 

« On a le potentiel, dans les prochaines années, de faire des milliers de logements sociaux. Ce qui manque, c’est le financement », rétorque la candidate solidaire Alejandra Zaga Mendez qui, à 34 ans, en est à sa deuxième campagne électorale, après avoir tenté sa chance en vain dans Bourassa-Sauvé en 2018.

Pour la formation politique au logo orange, la victoire n’a jamais paru aussi accessible à Verdun. « Et moi, je le sens, ce vent de changement », lance Mme Zaga Mendez, une tasse de thé à la main.

« On cogne aux portes et, ici, quand on parle d’environnement et de logement, les yeux s’ouvrent et la porte s’ouvre parce que les gens sont vraiment touchés », relève la candidate et présidente de Québec solidaire, qui avait 14 ans lorsqu’elle a quitté le Pérou, son pays natal, pour s’installer au Québec.

On a le potentiel, dans les prochaines années, de faire des milliers de logements sociaux. Ce qui manque, c’est le fi-nancement.

 

Les électeurs rencontrés par Le Devoir ont pour la plupart évoqué spontanément la hausse rapide du coût des loyers et les défis d’accession à la propriété. « C’est rendu un quartier branché, et pour les gens moins fortunés, effectivement, c’est sûr que le logement, c’est un gros problème », constate notamment Geneviève Tellier.

« Surtout quand tu as des enfants et que tu as de la misère à te trouver un 5 et demie, que ça te coûte 1800 par mois, c’est sûr que c’est un problème », renchérit Anick Duquette, une jeune mère de famille rencontrée rue Wellington.

À L’Île-des-Soeurs, souvent perçue comme une banlieue riche de Verdun — même si des besoins en logements sociaux s’y font aussi sentir —, les résidents rencontrés déplorent pour leur part le manque d’infrastructures publiques aménagées dans ce secteur où de grands développements immobiliers sont en cours de construction.

« On est un peu comme la vache à lait de Verdun. On paie des taxes épouvantables et, en même temps, on n’a pas de piscine publique intérieure, on a une bibliothèque relativement désuète. Et les écoles, c’est épouvantable », lâche Marie-Hélène, le regard franc. « Et parce que les loyers sont super chers, il n’y a pas de restaurants qui survivent […] Il n’y a pas ou peu de vie de quartier », renchérit la mère de trois enfants.

C’est d’ailleurs la conseillère municipale qui représente L’Île-des-Soeurs qui se présente pour la CAQ dans la circonscription provinciale de Verdun cette année. Véronique Tremblay, une ancienne conseillère municipale dans l’équipe de Denis Coderre, a rejoint les rangs du parti de Valérie Plante à l’été 2021. Elle justifie maintenant son choix de se joindre à l’équipe de François Legault, éloignée idéologiquement du parti de la mairesse de Montréal, par son désir de porter la voix des résidents de Verdun à l’Assemblée nationale, si elle gagne son pari le 3 octobre.

« Je trouve que Montréal a été sous-représentée dans le dernier mandat parce qu’il y avait peu de gens du gouvernement de la CAQ qui représentaient Montréal et qui parlaient pour elle, et pour moi, ça, c’est un problème important », affirme-t-elle. Rencontrée devant son local électoral, la candidate note d’ailleurs l’importance de s’attaquer à la « crise du logement » à Verdun, même si la CAQ promet nettement moins de nouveaux logements sociaux et abordables que Québec solidaire et le Parti libéral.

« Quand on a de bonnes chances de gouverner, il faut s’engager dans des choses qu’on a des chances de livrer », souligne Mme Tremblay, au sujet de l’engagement de la CAQ de construire 11 700 logements sociaux et abordables au cours des quatre prochaines années.

Des circonscriptions pivots à surveiller

Verdun n’est pas le seul château fort libéral qui menace de s’effondrer à Montréal. C’est aussi le cas, notamment, de Marquette, une circonscription qui comprend Dorval et Lachine. Celle-ci est libérale depuis sa création, en 1980. Les intentions de vote en faveur du parti ont toutefois diminué au fil des dernières élections. Cette fois, le député libéral sortant et candidat à sa réélection, Enrico Ciccone, se retrouve au coude-à-coude dans les intentions de vote avec le candidat caquiste, Marc Baaklini.

Le PLQ est aussi menacé dans la circonscription électorale de Maurice-Richard, dans le nord de Montréal, où les projections placent le PLQ sortant en troisième position, derrière Québec solidaire et la CAQ. La cheffe libérale, Dominique Anglade, est menacée dans sa propre circonscription, Saint-Henri–Sainte-Anne, tandis que, dans la circonscription de Viau, libérale depuis 1981, une course serrée s’annonce entre la formation rouge et celle de Québec solidaire, qui la talonne dans les intentions de vote.

« Il y a une crise en ce moment à l’intérieur du Parti libéral », constate Daniel Béland, professeur en science politique à l’Université McGill, qui évoque une baisse d’appuis pour le parti tant chez les francophones qu’auprès des anglophones. Une situation qui pourrait bénéficier tant à la CAQ qu’à Québec solidaire. Chose certaine, selon M. Béland, « Les libéraux vont perdre des sièges sur l’île de Montréal » au terme de ces élections.



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