Legault attaque Nadeau-Dubois et son «pays des merveilles»

La joute oratoire entre François Legault et Gabriel Nadeau-Dubois a dominé le débat électoral jeudi soir.
Photo: Le Devoir La joute oratoire entre François Legault et Gabriel Nadeau-Dubois a dominé le débat électoral jeudi soir.

« Arrêtez de jouer au pays des merveilles ! » En environnement comme en économie ou en santé, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a multiplié les attaques contre le projet de société porté par Québec solidaire (QS), jeudi soir, dans le second débat des chefs de la campagne électorale.

M. Legault a critiqué à la première occasion le plan climatique Vision 2030 de l’aspirant premier ministre Gabriel Nadeau-Dubois. S’il trouve « noble » son objectif de réduction des gaz à effet de serre, M. Legault craint « les impacts sur le citoyen » de son programme. « J’ai l’impression que c’est un peu comme de la magie, a-t-il lancé. C’est un peu comme si vous étiez au pays des merveilles. »

Le porte-parole de QS a prié le chef caquiste de « ranger les décorations d’Halloween » et d’« arrêter de faire peur aux gens ». « On a besoin de politiciens rassembleurs qui mobilisent les gens, pas de gens qui les découragent », a fait valoir M. Nadeau-Dubois.

«On n’est plus en 1994», a-t-il dit à propos du Plan pour une économie verte de la CAQ.

M. Legault s’est aussi retrouvé au centre de tirs croisés lorsque la question des études sur la validité d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis a fait surface. « Qui fait l’étude, puis combien elle coûte ? » a répété le chef conservateur, Éric Duhaime, d’un côté du plateau. « Je ne sais pas exactement combien », a répondu M. Legault, de l’autre.

M. Duhaime a demandé à M. Legault pourquoi les études faites sur le projet avant la pandémie de COVID-19 sont, selon lui, « périmées », mais pas celles effectuées sur le projet de tramway à Québec. «Elles sont aussi périmées parce qu’il y a 30% de moins d’usagers de moins dans les autobus à Québec présentement», a soutenu M. Duhaime. « Une grande ville comme Québec, on a besoin d’un tramway », a rétorqué le premier ministre.

Duel CAQ-QS sur le coût de la vie

 

Attaqué par M. Legault, Gabriel Nadeau-Dubois s’est défendu d’avoir des ambitions environnementales qui entraîneraient la fermeture d’entreprises. Il a de nouveau reproché au chef caquiste de « faire peur au monde » et a affirmé que son programme se limitait à accompagner les entreprises du secteur des hydrocarbures dans leur transition. « On est en 2022, ces secteurs vont se transformer », a-t-il dit.

M. Legault a de nouveau critiqué les tours de « magie » de son adversaire. Il s’en est aussi pris au plan du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, qui souhaite taxer les surprofits des entreprises pétrolières. « Si on taxe les pétrolières, elles vont répercuter ça au consommateur. Comment ça se fait qu’il ne comprend pas ça ? » a-t-il lancé.

M. Duhaime en a profité pour attaquer à son tour M. Legault en soulignant l’importance d’une baisse des taxes sur l’essence. « Pourquoi vous ne donnez pas un break aux automobilistes ? » a-t-il demandé.

M. Legault a enchaîné en affirmant qu’il préférait offrir des montants forfaitaires pour compenser l’inflation. « On aime mieux donner un montant de 400 $ à 600 $ et laisser la liberté aux gens. Ça vous dit quelque chose, la liberté ? » a-t-il déclaré en reprenant le leitmotiv du chef conservateur.

« Agitateur »

Après avoir accusé Éric Duhaime d’avoir « tiré dans la chaloupe » en s’opposant aux mesures sanitaires lors du premier débat, François Legault a poussé l’attaque encore plus loin. « Combien vous étiez prêts à sacrifier d’aînés ? […] Deux fois plus d’aînés ? Trois fois plus d’aînés ? » a-t-il demandé au chef conservateur, qu’il a qualifié d’« agitateur ». M. Duhaime a réagi en reprochant au gouvernement d’avoir sacrifié les jeunes. « Vous, vous avez été irresponsable avec les enfants du Québec, M. Legault, oubliez jamais ça ! »

En conférence de presse après le débat, le chef caquiste a affirmé que M. Duhaime s’était «disqualifié pendant la pandémie».

M. Legault et M. Duhaime se sont tout de même retrouvés dans le même camp sur la pertinence de donner plus de place au privé en santé. Gabriel Nadeau-Dubois a alors indiqué que le privé était déjà très présent dans le système québécois, et que « si le privé en santé, ça marchait, on le saurait ». Ce à quoi Éric Duhaime a répliqué que « si le socialisme fonctionnait en matière de santé, on le saurait ».

Le thème de la santé a par contre donné lieu à un rare consensus entre les cinq chefs quant à l’importance d’offrir un maximum de soins à domicile aux aînés pour leur permettre de rester chez eux le plus longtemps possible. «Ça adonne que c’est un modèle pas mal moins coûteux que les maisons des aînés», a déclaré à ce sujet Paul St-Pierre Plamondon tandis que Gabriel Nadeau-Dubois promettait «un grand virage national vers les soins à domicile».

Dominique Anglade a quant à elle dû défendre sa promesse d’offrir un médecin de famille à tous les Québécois. « Vraiment ? Est-ce qu’on peut croire à ça ? » lui a demandé l’animateur, Patrice Roy. « On n’a pas le droit de laisser tomber un million de Québécois », a-t-elle rétorqué.

Sur la défensive, François Legault a de nouveau reproché à ses adversaires de verser dans la pensée magique. «Ça prend trois ans de former des infirmières. On a mis des incitatifs mais à un moment donné, il n’y a personne ici qui peut faire de la magie.»

Agir de nouveau sur le français ?

Mme Anglade s’est flattée d’avoir dirigé le « seul parti » à l’Assemblée nationale qui s’est opposé à la fois à l’adoption du projet de loi 21 (Laïcité de l’État québécois) et du projet de loi 96 (Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français), et ce, « sur des questions de valeurs ».

Elle reproche au gouvernement caquiste d’avoir « enlevé des droits » aux Québécois d’expression anglaise et aux personnes immigrantes, tout particulièrement avec la loi 96.

« Vous étiez d’accord avec le projet de loi au départ, c’est ça, le problème », a noté Éric Duhaime, qui courtise ouvertement le vote anglophone.

Cela dit, la cheffe libérale a insisté sur la nécessité d’« agir sur le français ». À ses yeux, il faut « faire en sorte que dans le centre-ville de Montréal, on ait des mesures claires d’accompagnement de nos entreprises et nos commerces ».

M. St-Pierre Plamondon a réitéré sa promesse d’élargir la Charte de la langue française aux cégeps puisque, selon lui, l’effet de la loi 96 sera au mieux « placebo ». Le chef caquiste a refusé net d’élargir la portée de la loi 101 aux études collégiales. « Ce n’est pas ça, la clé », a soutenu le « p’tit gars de Sainte-Anne-de-Bellevue […] devenu premier ministre », avant d’ajouter : « La clé, c’est l’intégration au français des nouveaux arrivants, pas interdire, comme veut le faire monsieur St-Pierre Plamondon, à des francophones d’aller perfectionner leur anglais dans un cégep anglophone. »

Il n’en fallut pas plus pour que « PSPP » décrive M. Legault comme un « climatosceptique de la langue ».

Mme Anglade s’est animée lorsqu’il a été question de savoir si le projet souverainiste est toujours d’actualité. Devant M. Legault qui a refusé de dire s’il voterait oui à un éventuel référendum, la cheffe libérale s’est empressée de souligner que, selon elle, sa formation est la seule à être clairement fédéraliste, contrairement à ses adversaires.

«Ce serait oui à ma gauche [avec le PQ], ce serait oui avec Québec solidaire, ce serait maybe avec le Parti conservateur et ce serait peut-être avec M. Legault», a-t-elle lancé.

M, St-Pierre Plamondon a lui aussi sauté sur l’occasion pour mettre les souverainistes en garde contre M. Legault. « Votre projet c’est d’éteindre le projet souverainiste», a-t-il dit au leader caquiste.

Les maternelles quatre ans sous le projecteur

 

Sur le thème de l’éducation et des services aux citoyens, Gabriel Nadeau-Dubois a reproché à François Legault d’avoir « priorisé » les mauvais dossiers. « Vous, vous avez mis la pédale au plancher pour les maternelles quatre ans. […] Pendant ce temps-là, la liste d’attente pour les CPE, elle a augmenté sous votre gouverne », a-t-il affirmé.

«Ça ressemble étrangement à la maison des aînés», a raillé M. St-Pierre Plamondon. «C’est vrai, ça!», a enchaîné M. Nadeau-Dubois.

M. Legault a accusé ses quatre opposants d’être « contre » son modèle de maternelle quatre ans. « Pourquoi vous êtes contre ? Ça existe dans les pays scandinaves, vous les connaissez bien », a-t-il demandé au chef péquiste, qui a étudié en Suède et au Danemark.

Pour sa part, Dominique Anglade a proposé de faire de l’accès aux services de garde un droit, comme celui à l’éducation. « Ça ne nous viendrait pas à l’idée d’avoir un enfant qui a sept ans, qui rentre à l’école, et on lui dit : non, vous allez attendre deux ans parce qu’on n’a pas de place », a-t-elle illustré.

Durant le dernier mandat, les femmes qui n’ont pas pu retourner travailler faute de places en service de garde pour leurs enfants ont connu « un important recul », a déploré Mme Anglade. « C’est le contraire », a rétorqué François Legault, en coupant la parole de son adversaire. Tour à tour, Paul St-Pierre Plamondon et Gabriel Nadeau-Dubois ont exhorté M. Legault à laisser la cheffe libérale terminer ses propos.

Sur le plan de la forme, le second débat s’est révélé beaucoup moins cacophonique que le premier, les chefs se montrant tous plus disciplinés et clairs, sans pour autant que les échanges manquent de mordant. Après deux heures pleines d’innombrables promesses, la finale a ramené les chefs à l’essentiel quand Patrice Roy leur a demandé quelle était leur «plus grande inquiétude pour les quatre prochaines années».

Premier à répondre, François Legault a parlé «d’économie verte», de «réduire les GES et créer de la richesse». Dominique Anglade, a dit qu’il fallait avoir une vision pour la lutte changements climatiques et «régler» la pénurie de main d’oeuvre. Paul St-Pierre Plamondon a été le seul à parler du «français» en plus de l’environnement. Gabriel Nadeau-Dubois a soutenu qu’il fallait d’abord lutter contre les changements climatiques et offrir une sortie à la crise de l’inflation. De son côté, Éric Duhaime s’en est tenu à un seul thème : le pouvoir d’achat des familles québécoises.

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