La position de la CAQ sur le contrôle des armes à feu est «décevante», estime PolySeSouvient

Selon le texte soumis en réponse aux questions de PolySeSouvient, la CAQ veut « prioriser uniquement la lutte contre le trafic illégal ».
Ron Bailey Getty Images iStockphoto Selon le texte soumis en réponse aux questions de PolySeSouvient, la CAQ veut « prioriser uniquement la lutte contre le trafic illégal ».

La Coalition avenir Québec (CAQ) adopte une posture « décevante » sur le contrôle des armes à feu, tranche le collectif PolySeSouvient, qui a profité de la campagne électorale provinciale pour interroger les différents partis sur leurs engagements à ce chapitre.

Comme le font plusieurs organismes lorsqu’un scrutin est annoncé, PolySeSouvient a envoyé une liste de quatre questions aux six principaux partis « pour informer les Québécois soucieux de sécurité publique. »

En gros, le collectif demandait ce que chaque parti entend faire pour réduire ou éliminer les armes de poing au Québec (par exemple avec un programme de rachat), s’il permettra aux policiers d’intervenir tout au long du « pipeline de fer » par lequel transitent les armes illégales en provenance des États-Unis, s’il appuiera « proactivement » un amendement au projet de loi C-21 pour une interdiction totale des armes d’assaut au Canada et finalement s’il s’assurera de faire respecter la Loi sur l’immatriculation des armes à feu à un niveau acceptable, « soit au moins de 95 % ».

Si le Parti conservateur du Québec (PCQ) n’a même pas daigné répondre, la CAQ a envoyé un texte expliquant sa position, sans répondre directement aux quatre questions, a indiqué en entrevue Nathalie Provost, porte-parole de PolySeSouvient.

L’enjeu des armes légales

Selon le texte soumis, la CAQ veut « prioriser uniquement la lutte contre le trafic illégal », avec des effectifs policiers, ignorant tous les crimes commis à l’aide d’armes de poing légales, comme les tragédies à la mosquée de Québec, à Concordia, au Collège Dawson, au Métropolis et bien d’autres, déplore l’organisme.

Pourtant, « ce n’est pas juste un problème d’armes illégales », a martelé Mme Provost. De plus, le gouvernement de François Legault semble abdiquer son leadership et tout laisser entre les mains d’Ottawa, a-t-elle noté. Comme si avec le dépôt du projet de loi fédéral C-21, qui propose notamment un gel des armes de poing, tout le travail nécessaire avait été fait, dénonce la survivante de la tuerie de l’École polytechnique.

« Je suis estomaquée », s’exclame-t-elle : si la CAQ est réélue au pouvoir, c’est le parti qui sera aux prises notamment avec la violence armée à Montréal, et qui sera redevable à la population.

En ce qui concerne le passage d’armes à la frontière, la CAQ note dans sa réponse que ce travail relève du gouvernement fédéral. Sur les armes d’assaut, la formation politique énonce qu’elles sont déjà interdites.

C’est faux, indique PolySeSouvient : « la CAQ démontre que le parti au pouvoir ne maîtrise pas la question et ignore la multitude d’armes d’assaut comme l’arme militaire russe “SKS” qui échappent aux prohibitions fédérales ». Et au sujet du respect du registre des armes d’épaule, le collectif se désole que la CAQ se contente d’une conformité des deux tiers des armes, un niveau d’enregistrement que le parti qualifie de « rapide et encourageant ».

La ministre de la Sécurité publique du gouvernement caquiste, Geneviève Guilbault, a toutefois demandé à Ottawa à plus d’une reprise d’agir avec plus de poigne à la frontière pour empêcher les armes illégales d’entrer au pays.

« C’est juste une demande », a rétorqué Mme Provost, tranchant que « la CAQ ne va pas assez loin. »

Aux partis d’opposition

PolySeSouvient estime donc que seuls les partis d’opposition de l’Assemblée nationale s’engagent à améliorer le contrôle des armes.

En souscrivant à trois engagements sur quatre, Québec solidaire (QS) a été « très courageux », dit Mme Provost. Il n’a toutefois pas voulu promettre d’intervention sur le « pipeline de fer ». Le Parti vert a pris les mêmes engagements.

Le Parti québécois et le Parti libéral ont adopté une position similaire avec deux promesses. Le collectif analyse qu’avec leurs réponses, ils n’ont pas pris d’engagements clairs sur le « pipeline de fer » ni pour réduire le nombre d’armes de poing légales au Québec. Le bassin de ce type d’armes à feu a pourtant nettement augmenté et le dépôt du projet de loi C-21 a incité les gens à s’en procurer avant que ce ne soit plus possible, dit Mme Provost. « Les magasins ont été vidés. »

Ces quatre partis d’opposition s’engagent toutefois à appuyer le renforcement de C-21 afin que soient interdites toutes les armes d’assaut de type militaire et à agir pour augmenter la conformité au registre des armes québécois.

Quant au PCQ, il ne veut pas de contrôle des armes à feu, fait valoir Mme Provost, soulignant qu’il adopte une « philosophie à l’américaine » quand il est question de fusils.

Si la CAQ est reportée au pouvoir, PolySeSouvient a l’intention de solliciter une rencontre avec les membres du gouvernement pour discuter avec eux des défis posés par les armes légales.

La campagne électorale a démarré avec des enjeux de violence armée — alimentée par des meurtres par balles survenus à Montréal cet été — mais le sujet n’a presque pas trouvé d’écho par la suite, a noté Mme Provost.



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