Un libéral se rétracte après avoir évoqué «un lent génocide»

Un homme exprime son opposition au projet de loi 96 lors d’une manifestation tenue à Montréal le 26 mai dernier.
Graham Hughes La Presse canadienne Un homme exprime son opposition au projet de loi 96 lors d’une manifestation tenue à Montréal le 26 mai dernier.

Un candidat libéral dans la circonscription des Îles-de-la-Madeleine a dû se rétracter, jeudi, après avoir évoqué un « lent génocide » de la communauté anglophone et des risques de « guerre civile » dans un commentaire sur la réforme caquiste de la Charte de la langue française.

Gil Thériault, qui brigue les suffrages pour la première fois dans l’archipel, a corrigé le tir au lendemain du débat des candidats à la prochaine élection lors duquel il a tenu ces propos. « L’image utilisée [mercredi] était trop forte. Mais sur le terrain, lorsque je parle avec la communauté anglophone, on me dit qu’ils se sentent exclus par François Legault, alors qu’ils ont contribué à bâtir le Québec d’aujourd’hui », a-t-il affirmé dans une déclaration écrite transmise au Devoir.

M. Thériault a été sollicité jeudi à la suite de sa réponse la veille à une question sur l’impact local de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (PL 96), adoptée en mai, à l’origine de cette réforme des dispositions protégeant la langue française.

Le candidat a noté que les anglophones de l’archipel s’inquiétaient de l’accès aux services dans leur langue et des exigences de francisation en milieu de travail. « J’en ai amplement parlé avec mes amis anglophones de cette problématique-là. Je ne peux pas vous décrire la crainte que ces gens-là ont quand ils ont vu la “loi 96” apparaître. Pour eux, c’est l’équivalent d’un lent génocide de la communauté anglophone des îles de la Madeleine », a-t-il déclaré dans un enregistrement obtenu par Le Devoir.

« Ce serait la guerre civile »

M. Thériault a déploré l’impact des nouvelles règles imposant désormais la francisation des entreprises de 25 employés et plus. Cette exigence est inacceptable, selon le candidat libéral, qui a utilisé une comparaison hypothétique pour illustrer son propos.

« Virez ça à l’envers deux minutes [disons] que les îles de la Madeleine étaient annexées à l’Île-du-Prince-Édouard et que, le 30 septembre, on dit que ça va se passer en anglais dans toutes les entreprises de plus de 25 employés aux Îles, a-t-il dit durant le débat. Ce serait la guerre civile. »

M. Thériault a affirmé que la nouvelle règle imposant aux services publics de communiquer exclusivement en français avec les immigrants six mois après leur arrivée n’a « aucun bon sens » pour les entreprises anglophones des îles de la Madeleine, à plus forte raison dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre. « Eux, ils veulent évidemment des gens qui parlent anglais : c’est une communauté anglophone », a-t-il dit.

Selon le candidat libéral, qui est directeur de l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec, l’anglais parlé par le chef caquiste François Legault démontre qu’il est irréaliste d’exiger la maîtrise du français aussi rapidement. « M. Legault a 65 ans et il ne parle pas encore anglais. Je ne sais pas comment il pense que les gens vont apprendre en six mois une langue qui est complexe », a-t-il dit en faisant référence au français.

Les libéraux avaient voté contre le projet de loi 96 en mai dernier.

 

Une campagne de peur, dénonce la CAQ

Mercredi soir, le candidat caquiste Jonathan Lapierre avait aussitôt mis en garde son adversaire libéral contre les excès de langage. « Je pense qu’il faut éviter les campagnes de peur, a-t-il dit. C’est justement un des problèmes avec la “loi 96” : utiliser des mots comme “guerre” et “génocide”, je pense que ce n’est pas à propos. »

Jeudi, M. Thériault a répété que les anglophones des îles de la Madeleine craignent que le PL 96 ne contribue au déclin de leur communauté. « Les gens sont inquiets pour l’avenir et ceux de leurs enfants, a-t-il déclaré. M. Legault continue de vouloir régner en divisant, tandis que le PLQ souhaite bâtir un Québec où tous les Québécois et Québécoises ont leur mot à dire dans l’avenir de notre nation. »

La circonscription est représentée depuis quatre ans par le péquiste Joël Arsenault, qui tente de se faire réélire cette année. Elle était représentée par le libéral Germain Chevarie de 2014 à 2018.

À voir en vidéo