Les petits partis dans l’ombre des plus grands

L’an dernier, par exemple, le Parti vert du Québec a reçu 171 605$ d’argent public.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’an dernier, par exemple, le Parti vert du Québec a reçu 171 605$ d’argent public.

Les chefs des cinq principales formations politiques québécoises participeront jeudi soir à un grand débat électoral. Mais ils sont loin de représenter la totalité des partis en lice au scrutin du 3 octobre. Plus d’une vingtaine de partis évoluent dans l’ombre de ces formations. Ils défendent des idées diverses et, comme les grands partis, reçoivent de l’argent public en fonction du nombre d’électeurs qui les appuient dans l’isoloir. Le Devoir leur a tendu une perche.

« Je trouve que le manque de couverture du Parti vert ne contribue pas à la démocratie québécoise », lance d’emblée celui qui dirige la formation « éco-socialiste » depuis 2013, Alex Tyrrell. Son parti, qui présente 73 candidats cette année, avait récolté 67 870 votes en 2018, davantage que le Parti conservateur du Québec à l’époque.

S’il est porté au pouvoir, le Parti vert du Québec rendrait le transport en commun gratuit, créerait un réseau de trains à grande vitesse entre les grandes villes de la province — comme il en existe dans plusieurs pays d’Europe — et nationaliserait l’industrie du recyclage, entre autres.

Le parti fait toutefois face à la concurrence exercée dans son filon par Climat Québec, la formation lancée en 2021 par l’ancienne cheffe du Bloc québécois Martine Ouellet. Le programme du parti écologiste et indépendantiste vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre du Québec, dans le secteur industriel comme dans les secteurs commercial et résidentiel.

« La campagne se passe très bien. On est en pleine croissance actuellement », lance Mme Ouellet, qui se réjouit d’avoir recruté 54 candidats dans différentes régions de la province.

« On le fait par passion »

À la tête du parti Démocratie directe, qui a vu le jour en mai dernier, Jean-Charles Cléroux ne vise rien de moins que de réformer notre « système » démocratique. Ainsi, si sa formation (qui propose cette année 28 candidats) prend un jour la tête du Québec, les projets de loi seraient adoptés directement par la population, et non pas par les élus de l’Assemblée nationale.

« C’est la politique de demain », lance M. Cléroux, qui estime que « ce n’est qu’une question de temps » avant que son parti ne prenne son envol et n’attire davantage l’intérêt des électeurs.

D’autres partis en place depuis plusieurs années continuent de rouler leur bosse malgré le faible nombre de votes récoltés. C’est le cas notamment du Parti marxiste-léniniste du Québec, fidèle au poste depuis 1989, et de l’Équipe autonomiste, une formation de droite fondée en 2012 dont l’un des objectifs premiers est de réduire la dette de l’État, notamment en rendant celui-ci « moins interventionniste ». Le parti dirigé depuis 2016 par Stéphane Pouleur a recueilli 1138 voix en 2018.

« On le fait par passion, par conviction », confie M. Pouleur, dont la formation a attiré 10 candidats cette année. « Il faut qu’on persévère jusqu’à ce qu’on soit connu et qu’on passe davantage dans les médias », ajoute l’agronome.

Certaines formations ont par ailleurs des idées de grandeur qui ont de quoi surprendre. C’est le cas notamment du Parti 51, dont le chef depuis 2016, Hans Mercier, propose l’annexion du Québec aux États-Unis. « Je voulais laisser quelque chose d’autre que des dettes aux citoyens du Québec. Je voulais un projet qui était rassembleur », relève en entrevue M. Mercier.

Le Parti culinaire du Québec propose quant à lui de mettre en place une « gastronocratie », soit une société où les décisions seraient guidées par la gastronomie. « Je crois fermement que la gastronomie peut régler les problèmes contemporains comme l’environnement, la pauvreté […] et puis manger, c’est le bonheur », indique le chef du parti, lui-même cuisinier, Jean-Louis Thémistocle Randriantiana. « C’est un peu humoristique » comme proposition, lance-t-il avant d’éclater de rire.

Le Parti nul, qui présente neuf candidats, a pour sa part des ambitions plus limitées. La formation dirigée depuis 2009 par Renaud Blais veut essentiellement incarner un vote de protestation pour que « l’insatisfaction populaire puisse être prise en compte de façon significative dans les résultats électoraux », comme le mentionne son site Web. La formation a récolté 3659 votes en 2018.

Courtiser les anglophones

 

Cette campagne est d’ailleurs marquée par l’arrivée de deux nouvelles formations politiques qui courtisent le vote des minorités linguistiques. Le Parti canadien du Québec, autorisé en juin dernier, a recruté 20 candidats déterminés à séduire les membres de la communauté anglophone opposés notamment à la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (PL 96).

Je crois fermement que la gastronomie peut régler les problèmes contemporains comme l’environnement, la pauvreté […] et puis manger, c’est le bonheur 

 

Dans la même veine, l’ancien candidat à la mairie de Montréal Balarama Holness se présente comme chef du Bloc Montréal, qui compte 13 candidats courtisant des circonscriptions de la métropole, de Laval et de Vaudreuil-Dorion. « L’équipe est motivée, et on est déterminés à gagner des sièges, surtout dans l’ouest de l’île », dominé actuellement par le Parti libéral du Québec, souligne-t-il en entrevue.

En plus de se porter à la défense des minorités linguistiques, M. Holness propose d’accorder « plus de pouvoirs » et de ressources financières à la métropole québécoise. « Montréal est une métropole exceptionnelle, mais on manque d’autonomie et de financement », ajoute-t-il.

Financement politique

 

Les partis, aussi marginaux soient-ils, reçoivent une allocation financière annuelle proportionnelle au nombre de votes qu’ils ont récoltés au dernier scrutin. L’an dernier, par exemple, le Parti vert du Québec a reçu 171 605 $ d’argent public ; le Parti nul, 9251 $.

Certains partis ont d’ailleurs droit à une aide financière même s’ils ne présentent aucun candidat cette année. Le Bloc Pot a ainsi récolté 11 774 $ l’an dernier ; le Nouveau Parti démocratique du Québec, 57 807 $.

« Les groupes de pression comme nous devraient tous avoir un parti politique », note d’ailleurs le chef du Bloc Pot, Daniel Blackburn, qui confie que la décision de son parti de ne présenter aucun candidat cette année s’inscrit dans une stratégie visant à « se concentrer sur le financement ». L’argent récolté par la formation, explique-t-il, servira entre autres à financer des démarches juridiques et du lobbying dans un objectif d’assouplissement de l’encadrement du cannabis au Québec. « On a un combat à mener », conclut-il.

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