Le faux combat de Pascal Bérubé

Au Parti québécois, Pascal Bérubé est l’unique candidat à se prêter à l’exercice du «doubleur». Les autres chefs sont interprétés par des membres de l’équipe du chef.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au Parti québécois, Pascal Bérubé est l’unique candidat à se prêter à l’exercice du «doubleur». Les autres chefs sont interprétés par des membres de l’équipe du chef.

Jeudi soir se tiendra le deuxième et dernier grand débat télévisé de la campagne électorale. Depuis la semaine dernière, les chefs des grands partis se préparent à l’exercice à l’aide de simulations lors desquelles des collègues-candidats jouent souvent le rôle de leurs adversaires. Pour l’occasion, le député péquiste Pascal Bérubé a donc revêtu ses plus beaux habits de François Legault, qu’il conseillait autrefois pour le Parti québécois (PQ).

« Ça fait deux fois que je fais l’aller-retour entre Matane et Montréal », relate le candidat du PQ dans Matane-Matapédia, quelques minutes avant de se lancer dans une séance de débat avec son chef, Paul St-Pierre Plamondon. « Je l’ai fait la semaine dernière pour le Face-à-Face à TVA. Je viens d’arriver de Matane, et je vais être ici jusqu’à la fin du débat, demain. »

« Parce [qu’il] le connaît bien et parce [qu’il] le respecte beaucoup », M. Bérubé s’est prêté au jeu et a incarné M. Legault lors des simulations de débat auxquels a participé « PSPP » dans les deux dernières semaines. « C’est la méthode Actors Studio », indique le coloré député, connu pour ses imitations réussies du chef caquiste.

Avec une « petite équipe », M. St-Pierre Plamondon révise ses propositions pour avoir « l’information juste et rigoureuse », « fait le tour des thèmes » et simule la joute oratoire avec ses collègues.

Au PQ, M. Bérubé est l’unique candidat à se prêter à l’exercice du « doubleur ». Les chefs des autres formations politiques sont interprétés par des membres de l’équipe du chef. Chez Québec solidaire, c’est le candidat Vincent Marissal qui a pris les traits du premier ministre. Au Parti libéral du Québec (PLQ), c’est un membre de l’équipe de Dominique Anglade. Au Parti conservateur du Québec, c’est l’ex-joueur de football Arnaud Gascon-Nadon, qui dirige d’ailleurs le comité national de sélection des candidats.

« J’essaie de faire un François Legault crédible. Compte tenu des liens qu’on a, j’en fais une version réaliste », soutient M. Bérubé. Ce dernier a occupé des rôles importants dans l’équipe de M. Legault quand le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) était toujours au Parti québécois. Il a ainsi siégé à ses côtés, puis est devenu son adversaire de tous les jours à la période des questions en tant que chef parlementaire par intérim du PQ.

« J’avais prédit pas mal tout »

C’est la première fois que Pascal Bérubé se prête à cet exercice — il s’était déjà proposé par le passé, sans succès. Cette fois, c’est Paul St-Pierre Plamondon lui-même qui lui a demandé de se joindre à l’équipe de répétition. Et son imitation a touché la cible la semaine dernière, dit-il. « J’avais prédit pas mal tout » ce qu’a dit M. Legault au premier débat, s’enorgueillit M. Bérubé.

« Je ne sais pas ce qu’il va dire » jeudi, lance le candidat péquiste. « Il va porter davantage attention, j’ai l’impression, au non-verbal », prédit-il tout de même.

Une chose est sûre : il ne le fera pas sursauter autant que quand, au détour d’un échange avec la cheffe libérale, Dominique Anglade, M. Legault a affirmé que le PLQ avait « perdu le monopole d’être contre la souveraineté ». « Jamais je n’aurais pu prévoir ça. Jamais », soutient M. Bérubé. « Parce qu’il avait toujours cultivé une certaine ambiguïté qui lui servait un peu à embrouiller tout le monde, puis à attirer tout le monde en même temps. Mais là, il a tranché sur cette question-là. »

Surprenants, ces propos jouent en faveur du chef du PQ, analyse l’ex-conseiller de M. Legault. « Tout cet électorat qui s’est dit : “Je vais voter pour la CAQ en 2018 pour être sûr qu’on batte les libéraux…” Ce qu’on lui a dit, c’est : “Vous savez quoi ? Les libéraux sont battus, puis ils ne reviendront pas. Revenez dans votre famille politique.” »

« [M. Legault] nous a aidés en disant que le PQ a raison, parce que ça ne se passera pas chez [lui] », la souveraineté, poursuit-il.

« Il y a l’avant- et l’après-débat »

La performance de « PSPP » au premier débat, jeudi dernier, a contribué à ramener des indépendantistes au bercail, selon le député sortant de Matane-Matapédia. Dans le plus récent sondage politique de la firme Léger, paru mardi, 16 % des répondants estimaient que le chef péquiste avait eu la meilleure performance de tous les chefs au Face-à-Face. Ce qui le place en deuxième position, derrière le participant solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois (18 %).

« Il y a l’avant- et l’après-débat, c’est clair », soutient M. Bérubé. « Il est venu à mon assemblée d’investiture, début août. Les gens savaient que c’était le chef, ils l’écoutaient, tout ça. Mais [le débat], c’est un moment de révélation. »

Le politicien vétéran salue le « calme » démontré par son chef lors de l’exercice télévisé, qui l’a surpris compte tenu de l’inexpérience de M. St-Pierre Plamondon en la matière. Quoique : pour « le débat des chefs, il va puiser une expérience qu’il avait acquise antérieurement sur les plateaux de Télé-Québec. À Bazzo.tv, il en avait fait beaucoup. […] Il avait une aisance là-dedans », dit-il.

« C’est un adversaire redoutable », confirme M. Bérubé, qui n’aurait pas voulu en découdre avec lui à heure de grande écoute.

Les chefs des grands partis débattront jeudi soir à compter de 20 h. La joute sera retransmise sur les différentes plateformes du Devoir, de Radio-Canada, de L’Actualité, de La Presse, de Télé-Québec et de CPAC.

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