QS joue le tout pour le tout dans Saint-François

Gabriel Nadeau-Dubois et Mélissa Généreux, candidate de QS dans Saint-François
Photo: Lisa-Marie Gervais Gabriel Nadeau-Dubois et Mélissa Généreux, candidate de QS dans Saint-François

Ils se sont baptisés «l’Estrie de belle équipe». Dans les Cantons-de-l’Est, les candidats de Québec solidaire fondent tous leurs espoirs sur Saint-François, une circonscription représentée par la CAQ où se dessine une lutte serrée. État des lieux.

« Je me sens privilégiée. C’est presque comme un conte de fées », lance candidement la candidate Mélissa Généreux, qui se dit choyée de bénéficier d’une telle attention de la part de son parti, Québec solidaire.

Il faut dire que QS ne pouvait pas être plus clair dans son message en lançant sa campagne nationale dans Saint-François : cette circonscription actuellement caquiste, qui jouxte celle de Sherbrooke et qui a connu les 27 ans du règne de la libérale Monique Gagnon-Tremblay (1985-2012), doit virer à l’orange, selon eux. Et pas étonnant si c’est à Sherbrooke que s’est tenu L’Estrie de show !, le spectacle de mi-campagne de QS mettant en vedette quelques artistes et les candidats de la région.

Dans la deuxième semaine de campagne, Gabriel Nadeau-Dubois est retourné au local électoral de sa candidate rue King Est pour chauffer les troupes de bénévoles. « Les médias nationaux ne parlent pas beaucoup de Mélissa Généreux alors qu’elle est pourtant très connue [localement] », a affirmé au Devoir le co-porte-parole de Québec solidaire.

Une notoriété que découvre l’ex-directrice de la Direction de la santé publique de l’Estrie, en poste pendant la tragédie de Mégantic. « J’ai été médiatisée et j’ai souvent pris la parole en public. Ça m’arrive souvent de me faire reconnaître dans la rue », explique Mme Généreux en marchant sous le soleil couchant lors d’une séance de porte à porte.

Mais cela ne doit pas devenir un piège, dit-elle. « Je ne veux pas que les gens pensent que je suis inaccessible. Je veux qu’ils se disent : “Elle est full chill et pas fraîche-pette”. C’est ce que je suis pour vrai. »

La Dre Généreux ne cache pas non plus que son défi est de convaincre les électeurs qu’elle est capable de parler d’autre chose que de santé, même si la réouverture 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 de l’urgence de Coaticook et les soins aux aînés sont au coeur des enjeux de Saint-François. « Ça me fait sortir de ma zone de confort, mais je suis capable de parler d’agriculture et de pénurie de main-d’oeuvre. »

Une courtepointe

 

La candidate solidaire aura néanmoins fort à faire pour battre sa rivale caquiste, Geneviève Hébert. Après un premier mandat de quatre ans, cette femme d’affaires qui porte les couleurs de la CAQ jouit d’une certaine visibilité comme députée sortante dans Saint-François. Toutefois, Mme Hébert, qui avait gagné en 2018 par une confortable majorité de 4500 voix, se fait maintenant rattraper par la candidate de QS. Selon le blogue Qc125, elles sont au coude à coude.

Avec des zones urbaines et rurales, des jeunes et des moins jeunes, des immigrants et une importante minorité d’anglophones à Lennoxville, la circonscription de Saint-François est une véritable courtepointe. « Ce qui est un peu plus compliqué pour QS dans Saint-François c’est que c’est assez morcelé comme territoire. QS mise sur le vote des jeunes pour faire la différence, mais une bonne partie des gens qui votent dans ce comté-là [dans les milieux ruraux] sont davantage acquis à la CAQ, en termes de profil électoral », observe Emmanuel Choquette, professeur en communication politique à l’Université de Sherbrooke.

« C’est un gros défi pour QS qui est souvent associé à une culture plus urbaine », a-t-il ajouté.

CAQ ou QS ?

Un débat organisé par la Chambre de commerce et d’industrie de la région entre les cinq candidats estriens s’est tenu devant une cinquantaine de personnes, au Pub l’Épervier, à Coaticook. Le ton a été très cordial, malgré des échanges plus corsés entre la députée caquiste sortante et sa rivale principale, la candidate solidaire.

Dans un sympathique brouhaha après le débat, les électeurs ont discuté de leurs préférences électorales. « Moi, c’est la CAQ », a dit sans hésiter Louis Hébert — aucune parenté avec la candidate —, qui a une ferme laitière près de Coaticook. « [Geneviève Hébert] a pris beaucoup d’assurance. Et c’est vrai qu’elle est sur le terrain. »

« On la voit souvent », renchérit le conseiller municipal à Coaticook, Denis Hébert — qui n’a pas non plus de lien de parenté avec la candidate. Comme président de la Table d’action en communication et en technologie de l’information de la MRC de Coaticook (TACTIC), il a collaboré avec la députée sortante pour brancher les quelque 3000 foyers de ce coin de campagne qui n’ont pas Internet haute vitesse.

Plus loin dans la salle, parmi quelques sympathisants d’autres partis, un groupe de supporters de QS ne tarissait pas d’éloges à l’endroit de Mélissa Généreux. « C’est une candidate solide. Elle m’impressionne », a dit une jeune femme qui a voulu taire son nom parce qu’elle travaille pour la municipalité.

Michel Audet, un retraité de Postes Canada, n’a pas encore pris sa décision. Mais l’homme de 74 ans ne cache pas qu’il penchera vers un parti « plus social ». « Il est temps qu’on change de chanson. »

Peur de l’adversaire ?

Près de l’Université Sherbrooke, devant le parc de panneaux solaires où elle a participé à une conférence de presse, Geneviève Hébert dégage un certain aplomb, même si elle ne s’aventure jamais très loin des lignes de son parti. Dans un entretien de 10 minutes qu’elle accorde au Devoir, la députée sortante se dit satisfaite de son premier mandat, énonçant des réalisations qui la rendent fière, dont une école à Compton et le lancement du chantier du Centre mère-enfant. L’urgence à Coaticook, l’institut bioalimentaire, les soins à domicile sont d’autres dossiers qu’elle s’engage à porter. « Dans toutes les sommes annoncées à Québec, je vais m’assurer qu’on ait notre juste part dans Saint-François. »

Quelques minutes plus tôt, Mme Hébert faisait partie d’un trio de candidats caquistes qui a justement voulu rassurer les entreprises de l’Estrie en leur disant qu’elles ne seraient pas laissées de côté dans la transition énergétique d’un éventuel gouvernement de la CAQ. La conférence de presse est toutefois devenue une occasion de tirer à boulets rouges sur Québec solidaire et son plan de réduction des gaz à effet de serre jugé « irresponsable ».

Geneviève Hébert a-t-elle peur de sa principale adversaire ? « Aucunement », a-t-elle rétorqué, en rappelant que ça a été son rôle pendant quatre ans de rappeler aux gens qu’elle a fait partie d’un gouvernement « réaliste et non idéaliste ».

Elle n’envisage pas non plus la campagne comme un duel avec Mélissa Généreux. Dans son esprit, Saint-François compte cinq partis ayant chacun leurs idées. « Et ça va être à la population de décider le 3 octobre. »

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