Gabriel Nadeau-Dubois, d’enfant terrible à premier de la CLASSE

L’image de Gabriel Nadeau-Dubois s’est considérablement adoucie depuis son saut en politique en 2017, et plus encore depuis qu’il est devenu chef parlementaire de Québec solidaire.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’image de Gabriel Nadeau-Dubois s’est considérablement adoucie depuis son saut en politique en 2017, et plus encore depuis qu’il est devenu chef parlementaire de Québec solidaire.

L’image compte énormément en politique, encore plus dans nos sociétés hypermédiatisées obsédées par le look. Cette série « Images et chefs » examine comment les chefs des partis en campagne électorale jouent de leurs représentations pour séduire l’électorat.

En 2012, les Québécois ont fait la connaissance d’un Gabriel Nadeau-Dubois encore bleu, mais qui, avec son charme de rebelle, allait rapidement s’imposer comme figure emblématique des carrés rouges. Son éloquence et son intelligence perçaient l’écran, mais les idées bien arrêtées du leader étudiant de 22 ans dérangeaient. Ses détracteurs lui reprochaient son arrogance, sa radicalité. Des qualificatifs qui, dix ans plus tard, ne collent plus autant à la peau de celui qui se rêve en plus jeune premier ministre de l’histoire du Québec.

Tous en conviennent : l’image de Gabriel Nadeau-Dubois s’est considérablement adoucie depuis son saut en politique en 2017, et plus encore depuis qu’il est devenu chef parlementaire de Québec solidaire. « Il ne faut pas penser que ça se passe comme dans les films américains où des conseillers en image arrivent dans une pièce et métamorphose complètement le chef. En vérité, ça se fait beaucoup plus naturellement », explique un stratège de Québec solidaire. « L’image de modéré qu’il a maintenant dans la population correspond beaucoup plus à ce qu’il est vraiment dans la vie, contrairement à la perception que les gens avaient de lui durant le Printemps érable », selon ce même stratège.

Tous les gens à qui Le Devoir a parlé dans le cadre de cet article — qu’ils aient connu Gabriel Nadeau-Dubois (GND) en politique ou dans le mouvement étudiant — abondent dans ce sens. En dépit de ce qu’il pouvait projeter dans l’opinion publique, GND a toujours été perçu comme un modéré, même lorsqu’il était porte-parole de la très revendicatrice CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante). Au sein du mouvement étudiant, on l’a toujours vu comme quelqu’un d’accessible, de rieur, de prompt au compromis, à mille lieues de l’image d’enfant gâté qu’on a pu lui accoler à l’époque.

Reste que cette perception l’a longtemps suivi, même après son entrée en politique active en 2017. Ses premiers cheveux gris ont, dans l’inconscient collectif, marqué une coupure avec le militantisme étudiant, ce qui lui a permis soudainement d’afficher une certaine sagesse. Son look BCBG, qu’exige la fonction de chef de parti, incarne également cette nouvelle maturité. Québec solidaire reconnaît d’ailleurs avoir bénéficié des conseils d’un expert avant le déclenchement de l’élection pour parfaire les looks du jeune co-porte-parole.

Bon père de famille

 

Les réseaux sociaux ont aussi permis à Gabriel Nadeau-Dubois de se redéfinir. Depuis quelques années, il y parle abondamment de hockey et du Canadien de Montréal. Une passion sincère, qui n’est pas calculée, mais qui lui permet de se présenter « comme un gars comme les autres », souffle-t-on à Québec solidaire. Un passe-temps simple qui est bienvenu au sein de ce parti qu’on a longtemps tenté de cantonner à un vote d’intellectuels, voire de bobos, plus à l’aise au théâtre qu’à l’aréna.

« Pour le dépeindre comme un fils de riches, on a beaucoup exagéré le fait qu’il soit allé à l’école privée, que sa mère était juge, que son père était un dirigeant syndical. Mais il a une enfance plus modeste qu’on le pense. Ses parents l’ont eu jeune, il a grandi à Villeray. La vérité, c’est que Gabriel est un gars simple, qui a les mêmes intérêts que le peuple », souligne une personne de son entourage. Serrer des mains et prendre des bains de foule ont toujours été un naturel pour le jeune politicien, contrairement à d’autres.

Gabriel Nadeau-Dubois, qui est devenu père cet hiver, était moins à l’aise cependant à l’idée de s’ouvrir sur sa vie de famille. À gauche de la gauche, la « peopolisation » de la politique demeure une limite à ne pas franchir. Dans certaines franges plus radicales de Québec solidaire, on s’agace d’ailleurs que la stratégie soit aussi centrée sur Gabriel Nadeau-Dubois, comme en 2018, on déplorait la personnalisation de la campagne autour de Manon Massé.

Qu’importe, Gabriel Nadeau-Dubois a fini par acquiescer et partager des photos plus intimistes avec sa fille et sa compagne. « On peut penser que, prochainement, il va parler publiquement de sa vie de père et de la façon dont les politiques de Québec solidaire sont liées à cette expérience de vie. C’est ce qu’on appelle en anglais de l’issue ownership. On va essayer d’arrimer la vie du chef ou de la cheffe aux thèmes que le parti tente de mettre en avant », observe Thierry Giasson, professeur de communication politique à l’Université Laval.

Moins clivant

 

Tous ces efforts de Québec solidaire pour recentrer l’image de son principal porte-parole semblent porter leurs fruits. Selon un sondage commandé par le parti en décembre dernier, Gabriel Nadeau-Dubois divise beaucoup moins qu’à son arrivée à l’Assemblée nationale. Quelque 48 % des Québécois auraient une bonne opinion de lui, contre 35 % d’opinions négatives.

Un changement de paradigme qui se sent sur le terrain depuis le début de la campagne. On raconte que, couramment, des électeurs plus âgés avouent candidement aux candidats solidaires dans leur circonscription avoir détesté Gabriel Nadeau-Dubois durant le conflit étudiant, avant d’ajouter qu’ils apprécient aujourd’hui « le p’tit Gabriel ». « Les madames l’aiment beaucoup », remarque-t-on dans l’entourage de GND. L’enfant terrible du printemps érable serait ainsi devenu le gendre idéal.

Est-ce suffisant pour que Québec solidaire dépasse son socle et rallie l’électorat plus âgé, plus aisé, moins montréalais, actuellement chasse gardée de la CAQ ? « Les gens l’aiment, mais ce n’est pas évident qu’ils vont voter pour lui. Ça va être difficile. Cette élection sert surtout à placer ses pions pour la prochaine fois », entrevoit un organisateur.

Lors des prochaines élections en 2026, Gabriel Nadeau-Dubois aura 36 ans. C’est exactement l’âge qu’avait Robert Bourassa lorsqu’il est devenu le plus jeune premier ministre de l’histoire en 1970.



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