La CAQ cherche à «démobiliser» le vote des jeunes, accuse QS

Le porte-parole de Québec solidaire (QS) Gabriel Nadeau-Dubois s’amuse de voir la Coalition avenir Québec (CAQ) distribuer des tracts sur sa « taxe orange », mais pas de la voir jeter le doute sur la légalité de son opération « Change ton adresse ».

« La CAQ inonde littéralement le Directeur général des élections du Québec avec des plaintes », soutient M. Nadeau-Dubois, lors d’une table éditoriale organisée par Le Devoir lundi. « Ça crée de la confusion dans la tête des jeunes électeurs, à savoir qu’est-ce qu’ils peuvent faire ou pas. Je trouve ça regrettable », ajoute-t-il.

Selon « GND », le parti politique de François Legault cherche à « démobiliser le vote des jeunes », surtout dans les circonscriptions de Rimouski, dans le Bas-du-Fleuve, et de Saint-François et de Sherbrooke, en Estrie, où il pourrait faire pencher la balance.

Rappelons que QS obtient l’appui de 38 % des électeurs de 18 à 34 ans, comparativement à 18 % pour la CAQ, selon un sondage Léger diffusé jeudi dernier.

À noter

À l’aube des élections, Le Devoir a invité les chefs à s’asseoir à sa table éditoriale pour défendre le programme de leur parti. Ils ont tous accepté notre invitation. L’ordre de publication des entrevues a été déterminé en fonction des disponibilités des chefs de parti. Gabriel Nadeau-Dubois est le troisième à avoir pu participer à ces tables éditoriales.

M. Nadeau-Dubois continue d’encourager les jeunes à modifier leur adresse afin de pouvoir voter « à l’endroit où est [leur] domicile » pendant l’année scolaire et non où ils vont manger de « la lasagne deux fois par année ».

« Si jamais » la CAQ remporte le scrutin du 3 octobre, les « solidaires » seraient « les mieux placés » à l’Assemblée nationale pour faire capoter le projet de troisième lien routier entre Québec et Lévis — « qui est un mauvais projet pour Québec et pour le Québec », selon la formation politique de gauche —, mais aussi pour « demander à la CAQ de rendre des comptes » sur l’action menée par le gouvernement pour affronter la crise climatique et résoudre la crise du logement, fait valoir l’ex-chef parlementaire du deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale. Aux yeux de l’homme politique de 32 ans, l’opposition officielle dirigée par la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, « n’a pas été efficace ».

S’il recueille l’appui de 38 % des 18-34 ans et de 14 % des 35-54 ans, QS ne peut compter que sur l’appui d’à peine 7 % des électeurs âgés de 55 ans et plus, toujours selon le dernier coup de sonde de Léger.

M. Nadeau-Dubois s’est donné pour « défi » de gagner l’appui d’un nombre croissant d’électeurs âgés tout au long de la campagne électorale. « Il y a cette perception que Québec solidaire, c’est beaucoup le parti des jeunes », explique l’ancienne figure de proue du mouvement étudiant, 10 ans après le Printemps érable.
 

Pour améliorer la perception des électeurs plus âgés à son égard, QS a notamment proposé de suspendre les versements au Fonds des générations, de procéder à des investissements « massifs » dans la lutte contre les changements climatiques, et d’améliorer la qualité de vie des aînés, notamment en investissant à fond dans les soins à domicile. « Ils ont peur de vieillir dans un CHSLD et de finir comme ce qu’ils ont vu pendant la pandémie », souligne M. Nadeau-Dubois, courtisant ouvertement « la génération qui a bâti le Québec », à qui il promet de goûter à nouveau à l’« effervescence qu’ils ont connue ».

Voyez l'entrevue complète dans la vidéo ci-dessous

Programme à gauche toute, plateforme à gauche

Cela dit, il invite les électeurs à oublier les bouts du programme politique de QS où il est question de « restreindr[e] le port des armes à feu par les agentes et agents publics (police) et privés (agences de sécurité) », de « nationalis[er] de grandes entreprises dans certains secteurs stratégiques » comme ceux des ressources naturelles et de l’énergie ou encore de « vise[r], à long terme, la socialisation des activités économiques » pour accorder toute leur attention à la plateforme électorale.

Le programme permet aux Québécois d’en savoir plus sur le « grand projet de société » de QS, tandis que la plateforme est là pour indiquer « ce qu’on va faire si on est élus », répète M. Nadeau-Dubois, tout en prenant soin de témoigner son affection pour une « économie mixte ». « Une économie en santé, c’est une économie mixte où il y a un secteur public fort qui joue son rôle, le secteur de l’économie sociale qui joue un rôle et un secteur privé qui joue son rôle, qui remplit ses responsabilités », fait-il valoir durant les échanges regroupant un reporter, un chroniqueur, ainsi que deux éditorialistes de l’équipe du Devoir.

Mesures fiscales

 

« GND » convient que la « mesure simple et rapide » que serait la suspension temporaire de la taxe de vente du Québec (TVQ) sur les produits jugés essentiels, comme les repas au restaurant — que ce soit au Valentine ou au Toqué ! —, « n’est pas parfaite », mais soutient qu’elle bénéficierait dans le temps de le dire aux Québécois secoués par la hausse du coût de la vie.

L’aspirant premier ministre défend vigoureusement la hausse du taux d’imposition de trois paliers, soit de 1,75 point de pourcentage à compter de 90 080 $ ; de 2 points de pourcentage au-delà de 112 655 $ ; et de 4,25 points de pourcentage au-dessus de 200 000 $. « Ce sont des augmentations bien réelles, mais elles ne m’apparaissent pas délirantes », fait-il valoir.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir De gauche à droite: l’éditorialiste Robert Dutrisac, le chroniqueur Michel David, le journaliste Marco Bélair-Cirino, le directeur du Devoir, Brian Myles, et le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois

M. Nadeau-Dubois ne s’« excuse pas » non plus de proposer un impôt sur les grandes fortunes, c’est-à-dire les actifs nets excédant 1 million de dollars. QS a précisé que les terres agricoles seraient exemptées de tout calcul. Et qu’en est-il de la valeur des quotas de lait transférés d’une génération de producteurs laitiers à une autre ? Elle ferait partie du calcul de l’impôt, confirme le candidat dans Gouin. « On est en campagne électorale, on propose notre vision, on prend nos engagements. Si on est élus le 3 octobre, on va continuer à discuter avec tout le monde dans la société québécoise pour appliquer nos propositions. Il y aura des projets de loi, il y aura des amendements. Je veux dire, c’est comme ça que marche une démocratie », mentionne-t-il, convaincu d’avoir ouvert « un débat qui a longtemps été tabou » au Québec.

Les revenus tirés de ces nouvelles taxes et nouveaux impôts serviront à lutter contre les changements climatiques et « à faire le virage en soins à domicile ». « Ça prend de l’argent ! » dit-il, jugeant qu’« on ne talonne pas beaucoup les politiciens qui n’ont pas assez d’ambition ».

Vers une convergence des indépendantistes ?

Même s’il y a « des points de convergence » entre les programmes de QS et du Parti québécois, M. Nadeau-Dubois croit que la convergence des forces indépendantistes dispersées à gauche et à droite n’est pas pour demain. « Le passage de Jean-François Lisée à la tête du Parti québécois a laissé des traces, a laissé des traces profondes », fait remarquer M. Nadeau-Dubois. M. Lisée ne dirige plus le parti depuis près de quatre ans. « Il y a des pages qui sont plus difficiles à tourner que d’autres », rétorque le porte-parole de QS.

Bref, la convergence des forces indépendantistes, « ce n’est ni dans la plateforme ni dans le programme » de QS, précise « GND ».



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