Legault prêt à prendre une «décision politique» pour le tunnel Québec-Lévis

François Legault a affirmé lundi qu’il pourrait ignorer les recommandations formulées pour le troisième lien si elles ne correspondent pas au projet de la CAQ.
Ryan Remiorz La Presse canadienne François Legault a affirmé lundi qu’il pourrait ignorer les recommandations formulées pour le troisième lien si elles ne correspondent pas au projet de la CAQ.

Un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) prendra la « décision politique » de construire un tunnel de quatre voies entre Québec et Lévis si les études en cours recommandent autre chose, a déclaré lundi François Legault.

M. Legault a affirmé qu’il pourrait ignorer les conclusions qui ne correspondent pas au projet de la CAQ.

« Il y aura d’abord une étude technique et, ensuite, il y aura une décision politique, a-t-il dit en point de presse à Longueuil. Est-ce qu’on veut un pont qui est une autoroute sur l’île d’Orléans ? Ça se peut que ça soit faisable, mais nous, ce n’est pas ce qu’on souhaite. »

M. Legault a déjà répété que l’étude en cours, dont les recommandations sont attendues au début de l’année prochaine, pourrait suggérer que le troisième lien ait quatre ou six voies.

Le chef caquiste a déclaré lundi avoir bon espoir que la recommandation n’ira pas jusqu’à six voies, une hypothèse à laquelle son gouvernement a déjà renoncé. « On ne pense pas, a-t-il dit. On pense que quatre voies, c’est notre projet. »

M. Legault croit que l’étude établira comment réaliser techniquement sa version du troisième lien entre les deux rives.

« Je ne vois pas comment on peut ne pas être capable de faire un tunnel, a-t-il dit. On serait le seul endroit dans le monde pas capable de faire un tunnel ? »

M. Legault croit que le budget de 6,5 milliards pour le projet devrait être confirmé par les études.

« C’est un estimé, on va pouvoir raffiner cet estimé », a-t-il précisé.

Soupçons d’ingérence politique

À Québec, le chef conservateur, Éric Duhaime, s’est indigné que M. Legault affiche déjà sa volonté de maintenir sa version du projet avant même d’avoir reçu les analyses commandées.

« Nous dire que c’est une décision politique avant même d’avoir fait une étude et que lui connaisse déjà les recommandations avant qu’une personne se soit prononcée là-dessus et qu’il ne veut pas rendre publiques les autres études parce qu’elles pourraient contredire ce que lui pense, c’est là qu’il y a un problème », a-t-il dit.

M. Duhaime a déposé lundi deux demandes d’accès à l’information au ministère des Transports du Québec (MTQ) le pressant de rendre publiques, d’ici sept jours, toutes les études produites sur le projet de troisième lien et l’état du pont Pierre-Laporte.

« Le ministère doit cesser d’être politique, d’être instrumentalisé par la CAQ », a déclaré M. Duhaime lors d’un point de presse devant les bureaux de l’institution à Québec.

M. Duhaime veut savoir pourquoi le gouvernement caquiste a renoncé à l’option d’un pont, une proposition défendue par le conservateur. Quant au pont Pierre-Laporte, le Parti conservateur du Québec s’inquiète de son état dans la foulée des révélations de Radio-Canada au printemps sur la dégradation de ses suspentes.

M. Legault a rejeté les accusations d’ingérence politique au MTQ formulées par M. Duhaime. « M. Duhaime dit n’importe quoi, encore une fois », a-t-il lâché.

M. Legault a affirmé que toutes les études sur le pont Pierre-Laporte seraient rendues publiques dès qu’elles seraient disponibles. Même chose pour celles du troisième lien.

« Il y a des études en cours, quand elles vont être terminées elles vont être publiées », a-t-il dit.

Approche non scientifique

 

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a déclaré que son adversaire caquiste se « moque des Québécois » en se réservant le pouvoir de prendre une décision politique sur le troisième lien sans tenir compte des avis d’experts.

« Il se moque de la science, se moque des faits, a-t-elle dit lundi, à Montréal. Il nous rit en pleine face avec le troisième lien, constamment. Études, pas études […] un tunnel, deux tunnels, un pont. Je veux dire, il nous rit en pleine face. »

Dans la capitale, le maire de Québec, Bruno Marchand, a affirmé qu’il rejetterait tout projet qui ne serait pas appuyé par des faits scientifiques.

« Je vais m’y opposer si on me l’impose sans être capable de me présenter les faits et la science derrière, c’est sûr », a-t-il dit.

M. Marchand a affirmé que M. Legault devra assumer la dimension politique de sa décision à défaut d’y aller plus rationnellement.

« Ils peuvent prendre leur décision et, s’ils le font, après ça, la population jugera des risques s’il n’y a pas de faits, pas de données, pas de science qui aboutissent à les aider à bâtir le budget », a-t-il affirmé.

Avec Florence Morin-Martel et Sébastien Tanguay

À voir en vidéo