L’environnement sous les projecteurs du débat

Pour 39 % des électeurs, le thème « de l’environnement, de l’économie et de la qualité de vie » — qui ouvrait la discussion — était « le plus important », selon un sondage Léger-Journal de Montréal-TVA-QUB. Par comparaison, le troisième bloc sur « l’immigration, l’identité et la langue » était « le plus important » selon à peine 9 % des électeurs.
Jacques Nadeau Le Devoir Pour 39 % des électeurs, le thème « de l’environnement, de l’économie et de la qualité de vie » — qui ouvrait la discussion — était « le plus important », selon un sondage Léger-Journal de Montréal-TVA-QUB. Par comparaison, le troisième bloc sur « l’immigration, l’identité et la langue » était « le plus important » selon à peine 9 % des électeurs.

Le premier débat des chefs s’est vite engagé sur le thème de l’environnement. Mais les échanges parfois chaotiques ont-ils permis au 1,5 million de téléspectateurs présents de bien cerner les propositions de chacun des partis ?

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s’est laissé gagner par une douce euphorie, jeudi soir, après avoir quitté le théâtre du Face-à-face Québec 2022 du réseau TVA.

« Deux heures à débattre debout, c’est dur de ne pas avoir d’adrénaline ! » a-t-il lancé lors d’un point de presse.

« GND » s’était donné pour tâche d’« imposer le sujet de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques » durant seséchanges avec les quatre autres aspirants premiers ministres : François Legault (Coalition avenir Québec), Dominique Anglade (Parti libéral du Québec), Paul St-Pierre Plamondon (Parti québécois) et Éric Duhaime (Parti conservateur du Québec).

À ses yeux, il y est arrivé. « On a parlé beaucoup d’environnement, beaucoup de changements climatiques. […] Comprenez-moi bien, ce n’est pas juste à cause de moi, c’est notamment parce que c’est une préoccupation que de plus en plus de gens ont au Québec », a-t-il souligné.

Pour 39 % des électeurs, le thème « de l’environnement, de l’économie et de la qualité de vie » — qui ouvrait la discussion — était « le plus important », selon un sondage Léger-Journal de Montréal-TVA-QUB. Par comparaison, le troisième bloc sur « l’immigration, l’identité et la langue » était « le plus important » selon à peine 9 % des électeurs.

À son arrivée au quartier général de TVA, M. Nadeau-Dubois a accouru vers des manifestants pour le climat, dont un qui arborait un mortier et un masque à gaz, agglutinés de l’autre côté de la rue Maisonneuve. Il s’est engagé « à passer toutes [ses] décisions sous la loupe de la crise climatique ». M. St-Pierre Plamondon et Mme Anglade avaient fait de même avant de fouler le tapis rouge déroulé devant l’entrée de la station.

20 h. Le journaliste Pierre Bruneau a donné le coup d’envoi du Face-à-face en évoquant les émissions d’arsenic de la fonderie Horne, puis en demandant à M. Legault : « Faut-il protéger d’abord les entreprises ou la santé des gens ? »

La directrice des politiques nationales du Réseau action climat Canada, Caroline Brouillette, a stoppé son chronomètre à 18 minutes. « Sur deux heures, c’est 15 % alloués à la discussion de politiques climatiques pendant le Face-à-face. En 2022, c’est nettement insuffisant », a-t-elle gazouillé.

Le responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada, Patrick Bonin, s’est désolé de voir notamment les thèmes de la biodiversité, de la gestion des déchets et de l’adaptation aux changements climatiques être balayés sous le tapis. « C’est un exercice qui est resté beaucoup trop superficiel en regard de l’ampleur des enjeux. C’était aussi un peu cacophonique. Je ne pense vraiment pas que les gens ont été en mesure de se faire une tête sur ce que proposent véritablement les partis », indique-t-il, tout en rappelant l’« obligation de couper les émissions mondiales de GES de moitié dans les huit prochaines années ».

GND euphorique, Legault déçu

 

Après le Face-à-face, François Legault a pour sa part reconnu avoir raté une belle occasion de démontrer devant 1,5 million de téléspectateurs que les plans de réduction de gaz à effet de serre (GES) solidaire, péquiste et libéral se heurteraient à deux obstacles detaille : une insuffisance d’hydroélectricité, une insuffisance de travailleurs de la construction, et ce, même s’ils biffent le projet de construction d’un troisième lien routier Québec-Lévis du Plan québécois des infrastructures (PQI). « C’est important que les Québécois comprennent ça, parce qu’on voudrait tous aller plus vite, moi le premier », a-t-il fait valoir vendredi.

Devant des dizaines d’employés de la CAQ, M. Legault a témoigné de la difficulté à passer son message sur un plateau de télévision où cinq chefs de partis politiques se disputent l’attention du public. « Ce n’est pas simple de présenter des idées quand tu te fais attaquer par quatre chefs. »

Le chef caquiste « espère » disposer d’« un petit peu plus de temps » pour présenter ses « idées » pour réduire les GES de 37,5 % d’ici 2030, et de 100 % d’ici 2050 lors du prochain débat des chefs, jeudi prochain.

Pour atteindre la carboneutralité au cours des 25, 30 prochaines années, Hydro-Québec devra produire quelque 100 térawattheures supplémentaires, grâce notamment à de nouveaux barrages hydroélectriques. « Ça ne marche pas, juste l’efficacité énergétique et l’éolien », a assuré M. Legault, demandant où les autres partis politiques puiseraient l’électricité nécessaire à la transition énergétique accélérée qu’ils proposent. « Est-ce qu’ils veulent du nucléaire ? » a-t-il demandé.

« Un moment donné, il faut être réaliste, là », a-t-il soutenu.

Même s’ils pourraient être un peu plus clairs sur la façon dont certains besoins en électricité supplémentaires seraient comblés, les plans 2022-2030 de QS et du PQ sont « réalistes », voire « solides », rétorque Patrick Bonin de Greenpeace Canada. « Ce n’est pas de 100 térawattheures qu’on a besoin en 2030 », fait-il remarquer.

De son côté, le parti politique de François Legault n’a pas présenté de « plan climat nouveau » à l’électorat, déplore-t-il. « Je trouve ça même audacieux de sa part de prétendre vouloir démonter les plans des autres, alors qu’il n’a pas daigné présenter d’autres mesures que celle d’envoyer un courriel à Hydro-Québec pour demander une évaluation des possibilités de barrages supplémentaires qui n’amèneront aucune réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 », fait-il valoir.

Pour Patrick Bonin, la lutte contre les changements climatiques est une affaire de volonté. Si François Legault le veut, il peut lancer « un énorme chantier panquébécois d’efficacité énergétique, d’économie énergétique, de sobriété énergétique, et un changement de culture profond par de l’éducation, des incitatifs… et des contraintes », plaide-t-il.

M. Legault peut également « contraindre davantage le secteur industriel, qui est responsable de 29 % des émissions au Québec [à s’éloigner des énergies sales] en renforçant le marché du carbone, chose qu’il n’a pas faite ». « Il faut inévitablement réduire l’utilisation de l’auto solo, chose qu’il ne veut pas faire… » poursuit l’écologiste réaliste.

À suivre au prochain débat.

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