Québec subventionne des tours d’hélicoptère

Une heure de vol à bord d’un hélicoptère peut générer 150 kilogrammes de CO2.
Unsplash Une heure de vol à bord d’un hélicoptère peut générer 150 kilogrammes de CO2.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 13 septembre. Pour vous abonner, cliquez ici.

Des entreprises offrant des tours récréatifs d’hélicoptère ont profité de 1,3 million de dollars en aides financières du gouvernement du Québec depuis 2019, a appris Le Devoir. Le ministère du Tourisme justifie les subventions à cette activité fortement émettrice de gaz à effet de serre (GES) en disant « soutenir l’offre touristique actuelle » tout en privilégiant un « virage vers un tourisme responsable et durable ».

Depuis trois ans, les entreprises qui proposent des excursions récréatives en hélicoptère ont bénéficié de 450 000 $ en subventions par l’entremise de différents programmes. Les projets soutenus « respectaient les critères » d’admissibilité de chaque programme, explique Virginie Rompré, directrice des communications du ministère du Tourisme, en réponse aux questions du Devoir.

En plus de cet argent, ces entreprises ont obtenu indirectement 875 000 $ grâce au programme Passeport Attraits, destiné à soutenir le tourisme québécois pendant la pandémie. Ce sont les clients des tours d’hélicoptère qui ont empoché cet argent, en bénéficiant de rabais. Ce programme a pris fin en août 2021.

Voler en hélicoptère est extrêmement polluant. Une heure de vol à bord d’un petit modèle d’hélicoptère peut consommer 60 litres de kérosène, ce qui entraîne l’émission de près de 150 kilogrammes de CO2. Il s’agit de la même quantité de GES que dégage une voiture faisant le trajet de Montréal à Sept-Îles, par exemple.

Comment le ministère du Tourisme justifie-t-il son soutien à ces entreprises fortes en carbone alors que le gouvernement du Québec se donne pour cible de réduire de 37,5 % les émissions de GES en 2030 par rapport à 1990 ?

« Le ministère poursuit sa mission de soutenir l’offre touristique actuelle, tout en favorisant un virage vers un tourisme responsable et durable, répond Mme Rompré. Il a d’ailleurs mis en place un Plan d’action pour un tourisme responsable et durable en février 2021.

Parmi les actions mises en oeuvre depuis le lancement de ce plan, notons celle d’inclure, dans les nouveaux programmes d’aide du ministère, des critères liés au développement durable. »

Aberration totale

 

Ces explications ne convainquent pas Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada. Il estime que le fait de subventionner les tours récréatifs d’hélicoptère est une « aberration totale ».

« Il faut une transition dans tous les secteurs, y compris le secteur touristique, dit-il. Et la première chose à faire, c’est d’arrêter de subventionner les activités problématiques. Ce cas-ci, c’est l’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire : encourager l’un des pires modes de transport, qui vient non seulement avec son lot d’émissions de gaz à effet de serre, mais aussi avec de la pollution sonore. »

Selon M. Bonin, « il faut se départir » des tours d’observation en hélicoptère, voire les interdire, car ce sont des activités polluantes, « aux antipodes des besoins essentiels » de la société. De véritables critères doivent être mis en place pour que le ministère du Tourisme n’octroie plus de telles subventions. Sinon, le gouvernement continuera de « torpiller » les efforts qu’il exige lui-même de la population.

GoHélico, une entreprise qui offre des excursions en hélicoptère dans la région de la Capitale-Nationale, est l’une des sociétés dont les clients ont bénéficié du programme Passeport Attraits ces dernières années, confirme Yves Côté, le directeur du développement chez Complexe Capitale Hélicoptère, une structure englobant GoHélico.

M. Côté estime qu’environ la moitié des clients de GoHélico en 2020 et en 2021 ont obtenu, grâce au programme gouvernemental, un rabais de 40 % à l’achat d’un forfait comprenant un tour d’hélicoptère et d’autres activités auprès de partenaires touristiques de la région de Québec. Ce programme « nous a grandement aidés », souligne-t-il.

Il ajoute que GoHélico n’offre pas que des vols récréatifs : l’entreprise propose aussi des services d’évacuation médicale, éteint des feux de forêt, dresse des inventaires fauniques d’orignaux, retire des matériaux contaminés de phares désaffectés et isolés, etc.

Les jeunes pilotes qui sortent de l’école avec seulement 100 heures de vol en poche n’ont pas suffisamment d’expérience pour être admissibles à des contrats gouvernementaux, explique M. Côté. En pilotant des hélicoptères pour des excursions touristiques, ces jeunes aviateurs peuvent accumuler des heures de vol et par la suite participer aux autres activités de l’entreprise, qui représentent plus de 80 % de son chiffre d’affaires.

« Oui, on a un volet qui engendre de la pollution, mais nos activités dans nos autres secteurs nous rendent un peu indispensables pour l’environnement », fait valoir M. Côté.

Depuis cet été, GoHélico prélève par ailleurs 1 $ sur le prix de chaque passage pour compenser ses émissions de GES en plantant des arbres. L’entreprise, qui compte environ 5000 passagers par année, estime qu’elle séquestre ainsi « trois fois » plus de CO2 que ce que ses appareils émettent lors de vols récréatifs.

Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la foresterie peut fournir des options de réduction « à grande échelle » des gaz à effet de serre, mais elle ne peut pas compenser l’inaction des autres secteurs.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète.

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