La pénurie de travailleurs s’invite dans le débat en justice

Débat électoral organise par le Barreau du Québec sur les questions de justice avec Simon Jolin-Barrette, Coalition Avenir Québec ; Jean-Félix Racicot, Parti conservateur du Québec ; André Morin, Parti liberal du Québec ; Cédric Gagnon-Ducharme, Parti Québécois ; et Guillaume Cliche-Rivard, Québec solidaire.
Valérian Mazataud Le Devoir Débat électoral organise par le Barreau du Québec sur les questions de justice avec Simon Jolin-Barrette, Coalition Avenir Québec ; Jean-Félix Racicot, Parti conservateur du Québec ; André Morin, Parti liberal du Québec ; Cédric Gagnon-Ducharme, Parti Québécois ; et Guillaume Cliche-Rivard, Québec solidaire.

La pénurie de travailleurs s’est infiltrée dans plusieurs sujets abordés lors du débat sur les enjeux de justice, qui a eu lieu mardi soir. Le manque de personnel qui mine le fonctionnement du système judiciaire a été identifié par les candidats comme l’un des principaux obstacles à surmonter par le futur gouvernement québécois.

Ce débat n’en était finalement pas vraiment un : les cinq candidats — tous avocats — ont fait valoir leurs points de vue sur divers sujets, sans réels échanges entre eux. L’événement organisé notamment par le Barreau du Québec s’est déroulé à Montréal.

Invités d’abord à discuter des nombreux problèmes d’accès à la justice dans le nord du Québec, les aspirants députés ont la plupart du temps fait consensus sur ce sujet : la justice doit être rendue sur place. Les citoyens ne devraient pas avoir à voyager des centaines de kilomètres vers le sud pour un procès, ou pour demander à être libéré sous conditions.

Le candidat libéral, André Morin, a notamment proposé à titre de solution la construction d’un palais de justice à Kuujjuaq. Le candidat caquiste, qui est le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette, estime de plus qu’il faut réfléchir à cette question : comment avoir des juges de façon permanente dans le Nord, plutôt qu’une cour itinérante ?

Les candidats du Parti québécois (PQ), Me Cédric Gagnon-Ducharme, et de Québec solidaire (QS), Me Guillaume Cliche-Rivard, ont parlé de l’importance de respecter les traditions locales des Autochtones et de prioriser « une justice de proximité » : « il faut que la cour se déplace, pas les citoyens », a insisté le candidat solidaire. Sans oublier l’importance de la « sécurisation culturelle » des justiciables autochtones, a renchéri son collègue péquiste.

Mais pour lui, palais de justice nordique ou pas, la pénurie de travailleurs fera obstacle aux voeux pieux de tous. Cette solution est incomplète selon lui « car il manque de personnel pour y travailler. »

« On a des employés qui portent à bout de bras le système de justice », a dénoncé Me Cédric Gagnon-Ducharme.

M. Jolin-Barrette était bien d’accord. Il estime d’ailleurs que son plus grand défi est de travailler avec le Conseil du Trésor à ce sujet.

Mais le candidat conservateur estime que le problème va au-delà de ce constat : « la justice est sous-financée » et les conditions d’emplois des employés des palais de justice « ne sont pas compétitives », car les interlocuteurs en justice au sein de la CAQ sont « faibles », a lancé Me Jean-Félix Racicot, qui est celui ayant lancé le plus d’attaques contre la CAQ lors de cet événement. Il s’en est notamment pris à la gestion de la pandémie de COVID-19 par François Legault et aux conflits entre son ministre de la Justice et la juge en chef de la Cour du Québec, Lucie Rondeau.

Me Racicot a rappelé que lors de la première mouture de la liste des travailleurs essentiels lors de la pandémie, ceux du système judiciaire n’en faisaient pas partie. Voilà la preuve que le ministre est « faible », a dit l’avocat qui a contesté devant la Cour les règles du confinement.

Pour régler les problèmes de pénurie, une des solutions mise de l’avant par la CAQ est la modernisation du système judiciaire, notamment avec une utilisation accrue des nouvelles technologies, dont les procès en visioconférence — une solution reprise et approuvée par le PLQ et QS.

Le candidat solidaire voit aussi dans l’immigration une solution à la pénurie de travailleurs. Des efforts de prévention de différents problèmes — à l’aide de programmes sociaux, dont en toxicomanie — aideraient à réduire le nombre de dossiers criminels dans les palais de justice, avance de plus QS.

Les candidats péquiste et libéral ont aussi dénoncé le sous-financement de la justice.

 

Car s’il manque d’employés dans les palais de justice et au sein de la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP), cela entraîne des coûts et délais pour les justiciables, a déploré le libéral André Morin. Le candidat solidaire, Me Cliche-Rivard, a indiqué que son parti a promis 80 millions $ de plus en justice, un des rares chiffres à avoir accompagné les promesses des candidats lors de l’événement.

Pour Me Morin, le système judiciaire est « au bord de l’éclatement ». Il estime que le ministre de la Justice ne fait rien pour régler les conflits et en a même créé certains, citant notamment l’utilisation de la clause dérogatoire — parfois communément appelée « clause nonobstant » — qui « divise la société », et que le gouvernement de François Legault a utilisée pour ses projets de Loi 21 et 96, qui ont finalement été contestés devant les tribunaux.

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