GNL Québec, déjà oublié au Saguenay?

Un citoyen serre la main de Sylvain Gaudreault (à gauche), le député sortant de Jonquière, qui se dit déçu de voir le projet GNL renaître dans l’actualité.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Un citoyen serre la main de Sylvain Gaudreault (à gauche), le député sortant de Jonquière, qui se dit déçu de voir le projet GNL renaître dans l’actualité.

Même s’il est revenu dans l’actualité électorale, le feu projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel du promoteur GNL Québec fait très peu de vagues à Saguenay, selon ce qu’a constaté Le Devoir sur les rives du fjord.

Le leader du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, veut faire d’Énergie Saguenay un enjeu « référendaire » de la région aux élections du 3 octobre. Seul chef de parti à proposer la résurrection du projet enterré en juillet 2021 par le gouvernement Legault, il a appelé les Saguenéens en faveur de l’usine à appuyer son parti dans l’isoloir. « Ceux qui croient au projet GNL […] vont voter PCQ, et ceux qui sont contre le projet GNL […] vont voter pour la CAQ », lançait-il en marge d’une annonce en début de campagne.

Le Devoir a peiné à trouver « ceux qui croient au projet GNL » en consultant au hasard quelques citoyens lors d’un passage dans la région la fin de semaine dernière.

« Ça ne me dit rien. Je ne suis pas ça vraiment », affirme Noël Gervais, retraité de Rio Tinto — l’« Alcan » —, attablé dans une brasserie d’Arvida.

« As-tu une opinion, toi ? » demande Colette Dassylva à son mari dans un autre café local. L’électrice soutient que la priorité, « c’est protéger l’environnement ». « La planète est en train de flamber », affirme-t-elle, et la position du PCQ sur le climat l’inspire peu. « Je n’ai pas trop confiance en M. Duhaime. »

« Elle nous prend pour des caves »

Rejeté par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), le projet d’usine devait mener à la création de jusqu’à 300 emplois dans la région.

Mais c’est d’abord pour des raisons environnementales qu’Yvon Laprise, résident de Jonquière, dit avoir commencé à militer en faveur du projet de GNL Québec. « J’ai compris que ce n’était pas un projet qui était si néfaste que ça pour la planète », lance-t-il derrière le bureau installé dans son domicile de Saguenay. « Je vous rassure, je ne suis pas climatosceptique, et je crois que oui, il faut faire des efforts. Mais on est déjà bons au Québec. »

M. Laprise est derrière le groupe Facebook « GNL Sag-Lac », qui compte 35 000 membres et se positionne en faveur de la reprise du projet.

Comme plusieurs de ses concitoyens, il en savait très peu sur le projet au départ, indique-t-il. En 2020, « j’ai entendu [la députée de Québec solidaire dans Taschereau] Catherine Dorion dire à la radio que les gens dans la région sont 85 % opposés à ce projet-là. Puis elle disait : demain, je vais à Chicoutimi vous dire pourquoi vous êtes contre. […] Je me suis dit : là, elle nous prend pour des sacrament de caves », relate-t-il.

Sur sa page Facebook, Yvon Laprise appelait récemment au vote « stratégique ». « La meilleure et la seule opposition pour faire avancer notre projet GNL [est] le Parti conservateur du Québec », écrivait-il.

Mort et enterré ?

En début de campagne, le candidat du PCQ dans Chicoutimi, Éric Girard — à ne pas confondre avec le ministre sortant du même nom —, a mis au défi la candidate caquiste Andrée Laforest de nommer les voies de sortie économiques maintenant que Québec a fait une croix sur Énergie Saguenay. « Il y a GNL, mais pour les gens, il faut travailler parallèlement. […] Il y a d’autres choses à côté », rétorque celle qui est aussi ministre responsable du Saguenay–Lac-Saint-Jean depuis son bureau de campagne des abords du boulevard Talbot.

De toute façon, remarque-t-elle, assise devant une carte de sa région, en « porte-à-porte, honnêtement, personne ne parle de GNL ».

Pour le projet initial, la porte est fermée, assure-t-elle. Même si son collègue caquiste et ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a affirmé la semaine dernière qu’il y avait encore « un peu de pédagogie à faire » sur le gaz naturel liquéfié.

« Si on mise juste sur GNL, comme certains partis… Il y a quoi, à part GNL, dans leur plateforme électorale ? » demande Mme Laforest sans nommer le parti d’Éric Duhaime. « Le projet, il est terminé. La porte est fermée. »

Y a-t-il de la place pour un GNL 2.0 ? « C’est sûr que si on a un GNL phase 2 et que c’est complètement différent… Mais on n’est pas là. Là, il faut avancer », maintient la candidate dans Chicoutimi.

Yvon Laprise dit avoir reçu le refus du gouvernement du Québec l’an dernier comme une « claque dans la face ». Mais il « peut confirmer » que le promoteur gravite toujours autour de la région.

Au cégep de Jonquière, on pensait au contraire s’être débarrassé du projet pour de bon. En 2020, l’association générale des étudiants de l’institution postsecondaire avait voté à majorité pour adopter une position anti-Énergie Saguenay. Ève Depatie, étudiante de deuxième année et membre de l’association, se désole que le projet revienne dans l’actualité. « Malheureusement, ces projets-là ne sont jamais complètement morts », déplore-t-elle.

« C’est vraiment un projet qui me fait chier », lance sans détour Katrine-Sophie Paquette, rencontrée sous le dôme de béton du carrefour étudiant. « On a déjà notre source d’énergie hydroélectrique et éolienne. Je ne vois pas à quoi ça sert. »

« On est en pénurie de main-d'œuvre un peu partout. Fait que la création de job, ce n’est pas nécessairement ce qui est le plus important », renchérit Ève Depatie, qui, à 18 ans, votera pour la première fois de sa vie le 3 octobre prochain.

L’enjeu principal ?

Fervent opposant au projet depuis le jour 1, le député sortant du Parti québécois, Sylvain Gaudreault, se dit déçu de voir GNL renaître dans l’actualité. « GNL, c’est comme si c’était une bulle quasiment créée à part des réelles préoccupations des gens. On ne se fait pas arrêter dans la rue pour ça », observe-t-il.

Attablée à ses côtés, la nouvelle candidate péquiste dans Jonquière, Caroline Dubé, est certaine que les citoyens du coin voteront sur d’autres enjeux. « Quand [Éric] Duhaime dit que c’est la “question de l’urne”, c’est mépriser tout ce qui se passe sur le plan de la santé, sur le plan de l’éducation, sur le plan de l’inflation », dit-elle.

S’il renaissait, le projet Énergie Saguenay devrait théoriquement passer par un nouveau processus d’approbation environnemental. Avant de se faire dire non, GNL Québec visait une mise en service dans quatre ans, en 2026.

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