Les partis s’entendent sur les problèmes en économie, mais pas sur les solutions

«Il n’y a pas de recette magique pour régler la pénurie de main-d’oeuvre», a avancé le ministre caquiste Fitzgibbon.
Jacques Boissinot La Presse canadienne «Il n’y a pas de recette magique pour régler la pénurie de main-d’oeuvre», a avancé le ministre caquiste Fitzgibbon.

Les cinq plus grands partis en lice aux élections du 3 octobre s’entendent tous pour dire qu’il faut s’attaquer à la pénurie de main-d’oeuvre, s’attaquer à l’inflation et qu’il y a beaucoup trop de paperasse à gérer quand on fait affaire avec le gouvernement.

Cette belle unanimité s’arrête toutefois au constat des problèmes et ne s’applique pas à leurs solutions potentielles, si l’on se fie aux cinq candidats au profil économique invités à en débattre par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Le débat, qui se tenait de manière virtuelle, mardi, a donné l’occasion à l’ensemble des partis de présenter leurs idées en matière d’économie et, pour quatre d’entre eux, de s’en prendre au gouvernement caquiste sortant, dont le bilan était défendu par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Parler d’un débat serait un bien grand mot, puisqu’il n’y a pas eu d’échanges directs, chaque représentant faisant part du programme de son parti et de ses critiques, en abordant tout à tour des sujets suggérés par la FCEI.

« Pas de recette magique »

« Il n’y a pas de recette magique pour régler la pénurie de main-d’oeuvre », a avancé M. Fitzgibbon, qui a invoqué les initiatives gouvernementales et les propositions caquistes d’amélioration de la productivité, de garder ou de ramener les travailleurs plus âgés et d’encourager l’intégration au marché du travail de nombreux groupes de citoyens.

Le candidat conservateur Olivier Dumais a reproché au gouvernement caquiste d’avoir aggravé la pénurie de main-d’oeuvre.

« Le gouvernement actuel a créé beaucoup d’emplois au niveau public », a-t-il avancé, affirmant que le secteur privé pouvait difficilement concurrencer les avantages du public, soit l’argument contraire à celui que l’on entend dans le secteur public lorsqu’il est question d’y attirer des employés. Il a aussi soutenu qu’à cause de la PCU (prestation canadienne d’urgence), de nombreux travailleurs avaient perdu le goût de travailler ou préféraient désormais travailler au noir.

Le libéral Marc Tanguay, lui, a d’abord reproché au premier ministre François Legault de ne pas reconnaître le problème, lui qui a déjà qualifié la pénurie de main-d’oeuvre de « “mosus” de bonne nouvelle » pour les travailleurs du Québec. « En politique, on ne peut pas trouver de solutions dignes de ce nom si vous ne nommez pas le problème. La pénurie de main-d’oeuvre c’est une crise, ce n’est pas une “mosus” de bonne affaire. »

Lui aussi a invoqué des augmentations de productivité et des solutions fiscales pour travailleurs âgés. Des engagements de la sorte semblent d’ailleurs très populaires chez tous les partis.

Inflation et baisses d’impôt

Lorsque les candidats ont été appelés à se prononcer sur l’inflation, c’est le péquiste Michaël Potvin qui s’est démarqué en reprochant à tout le monde leur surenchère de baisses d’impôt et de taxes.

« Proposer des baisses d’impôt, ça va appauvrir le système public et ça va appauvrir les services aux entreprises », a-t-il fait valoir devant l’auditoire de gens d’affaires. Le PQ propose tout de même une « défiscalisation » des 60 ans et plus et, à l’instar de la CAQ, compte livrer des chèques pour soutenir le pouvoir d’achat des personnes gagnant moins de 100 000 $ et de hausser le salaire minimum à 18 $ l’heure, une proposition qui ne gagnera pas beaucoup d’adeptes parmi les PME, que représente la FCEI.

Évidemment, on sait que tant les libéraux que les conservateurs et les caquistes proposent de baisser les impôts, des baisses assorties selon les formations de gels de tarifs, de réduction ou d’élimination de taxes diverses, Olivier Dumais allant jusqu’à reprocher au gouvernement de s’être « enrichi sur le dos des entreprises ».

Haroun Bouazzi, le candidat solidaire, est allé sensiblement dans le même sens que son vis-à-vis péquiste. « C’est toujours étonnant de voir des propositions de baisses d’impôt, qui sont donc pérennes, pour un problème qui est conjoncturel. »

Mais Québec solidaire suggère aussi un allègement de ce côté avec son « congé de TVQ sur tous les achats essentiels et sur les réparations », une mesure qui serait en place jusqu’à ce que l’inflation retombe à 3 %. Le parti veut aussi s’attaquer à l’inflation du coût du logement, en créant un registre des loyers qui serait là pour freiner les hausses de loyer abusives.

Oui, il y a trop de paperasse

 

Pour la paperasse, on aurait pu croire que les cinq candidats se livraient à un concours quant à savoir qui en couperait le plus, le libéral Marc Tanguay cherchant à se positionner au sommet.

« Notre ambition au Parti libéral du Québec, c’est de gagner le prix Coupe-paperasse d’Or 2023 », une distinction décernée annuellement par la FCEI et qui a été remportée, en 2022, par l’Alberta et la Nouvelle-Écosse. Marc Tanguay n’a toutefois pas eu le choix que de reconnaître que le gouvernement caquiste s’était mérité un « prix distinction » pour la loi 103 sur l’allègement du fardeau administratif.

Pierre Fitzgibbon a aussitôt opiné du chef en affirmant que « la réduction de la paperasse, c’est une priorité pour la CAQ ».

Haroun Bouazzi, pour sa part, a promis qu’il n’y aurait aucune nouvelle paperasse sous un gouvernement solidaire, à l’exception de celles requises pour l’introduction d’une nouvelle taxe pour les grandes entreprises de plus de 500 employés. « À Québec solidaire, on n’est pas amoureux de la paperasse », a-t-il dit avant de dénoncer à cet effet les montagnes de papier qui se dressent lorsque vient le temps de traiter des immigrants temporaires venus travailler au Québec.

Michaël Potvin, lui, n’était nullement impressionné par le prix du gouvernement Legault. « Sur le terrain, de 2018 à 2020, je n’ai pas vu de différence », a-t-il laissé tomber, prenant pour exemple le barrage de paperasse que l’on impose aux organismes communautaires.

Sans surprise, Olivier Dumais en a rajouté quelques épaisseurs. « Il y a une pénurie de main-d’oeuvre et on est obligés d’engager du personnel pour gérer la paperasse qui n’en finit plus. […] À tous les niveaux on nous le répète : ils ne sont plus capables de gérer cette paperasse en pénurie de main-d’oeuvre. C’est pire qu’avant », a-t-il pesté.

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