Québec conservera finalement un programme de francisation en entreprise

Après la publication de l’article du Devoir mardi, le ministre Boulet a annoncé qu’il allait maintenir le programme de francisation au sein de Peerless.
Renaud Philippe Le Devoir Après la publication de l’article du Devoir mardi, le ministre Boulet a annoncé qu’il allait maintenir le programme de francisation au sein de Peerless.

Après avoir coupé les vivres à un programme de francisation en entreprise, Québec fait volte-face : les employés du manufacturier montréalais Peerless pourront continuer de recevoir des cours de français dans leur milieu de travail.

Le ministre de l’Immigration, Jean Boulet, a fait cette annonce sur Twitter mardi matin, après que Le Devoir eut révélé que son ministère avait retiré son appui à ce programme considéré comme un modèle, et qui bénéficiait d’une subvention historique couvrant essentiellement le salaire des enseignants. C’était la deuxième fois que Vêtements Peerless, un manufacturier qui compte 1000 employés et qui offre des cours de français en entreprise depuis plus de 20 ans, se faisait retirer une subvention en francisation.

Au lieu de recevoir un accompagnement, le manufacturier avait été invité à aller s’informer sur le site du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) s’il souhaitait continuer son programme. Son directeur des ressources humaines, Danny Sorrentino, avait déploré la situation, clamant avoir été abandonné et contraint de « recommencer à zéro ». « Honnêtement, on n’est pas juste déçus, on est frustrés. […] J’ai travaillé dans plusieurs compagnies par le passé, et il n’y en a pas beaucoup qui prennent le temps de mettre sur pied de tels programmes. Nous, on le fait depuis 20 ans et on nous l’enlève ! » avait déclaré M. Sorrentino.

Après la publication de l’article du Devoir mardi, le ministre Boulet a annoncé qu’il allait maintenir le programme de francisation au sein de Peerless. « L’intégration des immigrants passe par le français et l’emploi. J’ai donc demandé [au ministère] de poursuivre le programme de francisation en entreprise avec Vêtements Peerless, un modèle de réussite depuis 20 ans, et ce, jusqu’à la mise en place de Francisation Québec en juin 2023 », a-t-il indiqué sur Twitter.

Bonne nouvelle

Pour Mario Ayala, vice-président de la section locale 106 des Teamsters-FTQ et responsable de la francisation chez Peerless, le maintien du programme est une excellente nouvelle. « Je suis très content, a-t-il déclaré. Mais je me pose quand même toujours cette question : pourquoi doit-on se battre pour un droit ? »

M. Ayala aimerait toutefois ramener le programme là où il était avant qu’on lui coupe les vivres une première fois, en 2016.

À l’époque, une subvention de la Commission des partenaires du marché du travail permettait aux employés de recevoir une allocation correspondant au salaire minimum pour suivre les cours. « J’aimerais pousser ça plus loin. Les gens qui travaillent ici ne font pas de gros salaires et je les comprends de vouloir faire des heures supplémentaires. Le français, ce n’est pas ça qui met du pain sur la table, a dit M. Ayala. L’idéal serait que ce soit rémunéré. Ç’a déjà été le cas et ça fonctionnait à merveille. »

Le syndicaliste aimerait aussi avoir de l’aide pour organiser les cours. Avant 2016, c’était l’organisme à but non lucratif Formation de base pour le développement de la main-d’oeuvre (FBDM) qui s’occupait de tout. « Maintenant, c’est moi qui m’occupe de tout. Je fais les photocopies, je trouve le local, je place les tables, je m’occupe des inscriptions. C’est beaucoup de travail, mais je le fais parce que c’est important. »

En 2016, un article du Devoir sur l’arrêt de la subvention avait fait réagir la ministre de l’Immigration libérale de l’époque, qui avait finalement autorisé le ministère à payer le salaire des enseignants. L’allocation aux employés n’avait toutefois pas été réinstaurée.

En entrevue à Radio-Canada, M. Ayala s’est par ailleurs dit « bouleversé » par les propos du premier ministre François Legault qui laissaient entendre que les immigrants pouvaient menacer la cohésion sociale s’ils ne parlaient pas français. « Je voudrais dire à M. Legault : on n’est pas une menace pour le Québec. On est là pour faire un État plus prospère, plus riche », a dit ce Salvadorien d’origine, qui a déjà été honoré par le ministère de l’Immigration du Québec pour son travail en lien avec la francisation.

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