Le manque de places en garderie préoccupe à Rimouski

Dans la circonscription de Rimouski, c’est le manque de places en garderie qui préoccupe les familles en ces temps électoraux.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Dans la circonscription de Rimouski, c’est le manque de places en garderie qui préoccupe les familles en ces temps électoraux.

Dans la circonscription de Rimouski, c’est le manque de places en garderie qui préoccupe les familles en ces temps électoraux. Et si les besoins en la matière sont criants au Bas-Saint-Laurent, encore faut-il que les éducatrices puissent y trouver un logement en pleine pénurie.

Parents et enfants sont nombreux à déambuler dans la rue Saint-Germain, au centre-ville de Rimouski, en cette chaude journée d’été. Parmi eux se trouvent Roxanne Lambert, sa fille et ses deux fils.

Ici, obtenir une place en garderie est « un gros problème », dit-elle au Devoir. Elle n’a jamais trouvé de place en CPE pour ses jeunes enfants. « Lui, il vient d’avoir 3 ans », dit la jeune femme de 38 ans en désignant son fils, qui joue un peu plus loin. « Il a toujours été inscrit à la Place 0-5 et, encore là, je n’ai pas eu d’appels. »

Mme Lambert raconte avoir trouvé in extremis une place en garderie familiale pour son plus jeune fils de 10 mois avant son retour au travail. Il ira au même endroit que son frère de 3 ans. « C’était un gros stress », dit la mère en levant les bras au ciel. « Je me suis demandé s’il allait falloir que je me mette à travailler les fins de semaine et les soirs. »

Roxane Lambert n’est pas la seule qui peine à trouver une place disponible en CPE pour ses enfants. « Pour la MRC de Rimouski-Neigette, au 31 décembre 2021, 550 enfants étaient en attente pour une place dans un service de garde éducatif à l’enfance », indique Esther Chouinard, responsable des relations médias au ministère québécois de la Famille. Parmi ces enfants, 125 d’entre eux sont âgés de moins de 9 mois.

Si Mme Lambert ignore encore quel parti récoltera son vote le 3 octobre prochain, elle estime que le Parti québécois est la formation politique qui parle le plus de la problématique des garderies.

Le député sortant de la circonscription, Harold LeBel, ne brigue pas de nouveau mandat. D’abord élu sous la bannière péquiste, il a été exclu du caucus du parti en décembre 2020 à la suite d’accusations d’agression sexuelle ; il est en attente de son procès.

« Encore du travail à faire »

À son kiosque électoral de la rue Saint-Germain, le candidat du PQ, Samuel Ouellet, souligne les « réalisations » du dernier mandat sur la question des garderies. « Mais il y a encore du travail à faire, et on compte être sur les rangs pour continuer à avoir des résultats », précise l’ancien attaché politique de M. LeBel sous le regard curieux des passants.

Depuis le début de la campagne, le PQ s’est notamment engagé à convertir l’ensemble des garderies privées du Québec en centres de la petite enfance, à l’exception des services de garde en milieu familial. Le parti a aussi promis de créer 15 000 nouvelles places à travers le Québec lors d’un premier mandat.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Samuel Ouellet

À quelques pas du kiosque de M. Ouellet, Marie-Alice Audet-Casgrain presse le pas pour se mettre à l’abri de l’orage imminent avec ses deux enfants. « Mon fils, il a 7 ans et il n’est jamais allé [en CPE] », raconte-t-elle au Devoir.

La jeune femme établie à Rimouski depuis 8 ans a toutefois trouvé une place dans le réseau de la petite enfance québécois pour sa fille de 4 ans. À son grand soulagement, dit-elle, car son dernier retour au travail avait été difficile : elle avait dû envoyer son fils dans une garderie familiale « inadéquate ». Durant la pandémie, plusieurs personnes « qui n’avaient jamais fait ça » ont ouvert des garderies, souligne d’ailleurs la jeune mère.

Pour le candidat libéral dans Rimouski, Claude Laroche, le manque de places en garderie dans le Bas-Saint-Laurent relève de l’évidence. « Au PLQ, on a fait nos classes et on promet une place en garderie, que ce soit en CPE ou autres, à 8,70 $ par jour pour les parents », souligne-t-il. Son parti compte aussi prolonger le congé parental de 6 mois pour ceux et celles qui sont incapables de trouver une place pour leur enfant.

Un pas « dans la bonne direction »

En date du 31 juillet, 332 places en CPE et en garderies subventionnées étaient en cours de création dans la MRC de Rimouski-Neigette pour 2022-2023, selon le ministère de la Famille. À Pointe-au-Père, à une dizaine de kilomètres du centre-ville rimouskois, un CPE destiné à accueillir 60 tout-petits est d’ailleurs en construction.

Selon la candidate caquiste, Maïté Blanchette Vézina, rencontrée à la marina de Rimouski, la Coalition avenir Québec a ainsi « répondu » aux frustrations qui existent depuis plusieurs années. « On considère que, d’ici 2024, on devrait avoir atteint le seuil d’accessibilité pour les familles », ajoute la mère de 36 ans. Si elle est reportée au pouvoir, sa formation politique promet d’injecter 1,4 milliard de dollars sur cinq ans afin de convertir toutes les places en garderie non subventionnées au Québec en places subventionnées.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Maïté Blanchette Vézina

Selon le maire de Rimouski, Guy Caron, les places déjà en cours de créations sont un pas « dans la bonne direction ». Mais sa ville croît rapidement, souligne-t-il, et si de nouvelles places en garderie ont bel et bien été allouées, le problème est surtout dû à la pénurie de main-d’oeuvre, à son avis.

Et pour accueillir ces nouvelles éducatrices, « il va falloir augmenter le nombre de logements », note-t-il : c’est un cercle vicieux. Selon l’élu municipal, il s’agit d’ailleurs du plus gros problème de Rimouski, où le taux d’inoccupation est évalué à 0,2 %.

Début août, le nombre de familles sur la liste d’attente pour un logement social ou abordable oscillait entre 350 et 400, souligne le maire Caron. Qu’attend-il des différents partis en cette campagne électorale ? « Un coup de main important et massif pour le logement », résume-t-il.

Attirer des familles

 

Rencontrée à la Distillerie du St. Laurent, à Pointe-au-Père, la candidate solidaire, Carol-Ann Kack, souligne que l’accès au logement et aux garderies est crucial pour attirer et garder des familles dans la région. « Les familles me disent : “On se demande si on veut un autre enfant parce que ça a été tellement un casse-tête pour trouver une garderie…” », raconte la jeune femme de 32 ans en buvant un kombucha.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Carol-Ann Kack

Pour aider financièrement les nouveaux parents québécois incapables de retourner au travail faute de place en service de garde, Québec solidaire s’engage à offrir une « prestation poupons » de 870 $ par mois. Cette mesure vise à pallier la perte de revenu des familles qui ont écoulé leurs prestations du Régime québécois d’assurance parentale. Dans un éventuel premier mandat, QS s’engage à créer 37 000 nouvelles places de garderie à travers le Québec. Du nombre, certaines seraient dans des « micro-CPE » de 8 à 20 places, notamment en région éloignée.

De son côté, s’il est élu, le Parti conservateur du Québec éliminerait graduellement le financement public des CPE et des garderies et allouerait plutôt aux parents québécois des bons de garde de 200 $ par semaine par enfant. Le programme d’allocation familiale serait préservé et bonifié chaque année en fonction du coût de la vie et de l’inflation.

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