Legault corrige le tir après des propos controversés

Questionné sur les défis d’intégration auxquels il fait référence pour justifier la décision de la CAQ de maintenir le seuil de 50 000 immigrants par année, François Legault a souligné l’importance de préserver les valeurs québécoises.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Questionné sur les défis d’intégration auxquels il fait référence pour justifier la décision de la CAQ de maintenir le seuil de 50 000 immigrants par année, François Legault a souligné l’importance de préserver les valeurs québécoises.

Le chef caquiste, François Legault, s’est défendu d’avoir fait un rapprochement entre l’immigration et la violence, mercredi, après avoir suscité la controverse avec des propos dénoncés par ses adversaires comme un « amalgame dangereux » et un « dérapage ».

M. Legault a tenté de corriger le tir, en fin de journée, en faisant une déclaration sur les réseaux sociaux dans laquelle il assure que « l’immigration est une richesse pour le Québec ».

« L’intégration sera toujours un défi pour une nation francophone en Amérique du Nord, a-t-il écrit sur son fil Twitter. Je n’ai pas voulu associer l’immigration à la violence. Je suis désolé si mes propos ont porté à confusion. Ma volonté, c’est de rassembler. »

Plus tôt, le chef caquiste avait fait le lien entre le défi que pose l’intégration des immigrants et les risques qui pèsent sur des valeurs québécoises comme le pacifisme et le respect.

M. Legault était à Victoriaville mercredi quand il a expliqué pourquoi il juge que les cibles d’immigration du gouvernement fédéral posent des problèmes d’intégration.

La Coalition avenir Québec propose de maintenir le nombre de nouveaux arrivants à 50 000 personnes par année au Québec, ce qui aurait pour effet de réduire son poids démographique au sein du Canada.

Questionné sur les défis d’intégration auxquels il fait référence pour justifier cette décision, le chef caquiste a souligné l’importance de préserver les valeurs québécoises.

« Les Québécois sont pacifiques, ils n’aiment pas la chicane, ils n’aiment pas les extrémistes, a-t-il dit. Ils n’aiment pas la violence. Il faut s’assurer qu’on garde ça comme c’est là. »

M. Legault a aussi mentionné que le respect et la laïcité font partie des valeurs québécoises.

« On a quand même, dans notre société, des valeurs, a-t-il dit. On a beaucoup parlé de laïcité ces dernières années. C’est une des valeurs. Le respect [aussi]. Il y a une façon de vivre chez nous, on veut la garder. »

Amalgame dangereux

 

Cette déclaration a aussitôt fait bondir la cheffe libérale, Dominique Anglade, qui a accusé son adversaire caquiste de diviser les Québécois.

« C’est un amalgame extrêmement dangereux, a-t-elle dit. […] Si vous faites le lien entre la violence et l’immigration, je ne pense pas que ça envoie un très bon message. »

Lors d’un point de presse à Laval, Mme Anglade a rejeté le lien fait par M. Legault.

« Je suis tout à fait d’accord que les Québécois sont pacifistes, qu’ils n’aiment pas la chicane, mais faire un lien avec ça et l’immigration, je ne vois aucun lien entre les deux », a-t-elle dit.

Mme Anglade a rappelé la contribution de sa famille, issue de l’immigration, à la société québécoise.

« L’immigration au Québec, c’est une richesse, a-t-elle dit. Mon père a été cofondateur de l’UQAM, ma mère est devenue enseignante. Je pense qu’ils se sont intégrés. On parlait créole à la maison, et ils ont fait en sorte que l’on contribue à l’avancement du Québec. »

Dérapage

 

Le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a estimé que M. Legault avait dépassé la limite avec ses propos.

« J’ai écouté François Legault et je pense que c’est un dérapage », a-t-il dit à Sherbrooke.

Selon M. Nadeau-Dubois, un tel rapprochement détériore le climat social et rend M. Legault indigne de la fonction de premier ministre.

« Il a quelques défauts, mais il a une qualité, il dit ce qu’il pense, a-t-il dit. Et aujourd’hui, il a fait un lien entre les immigrants et la violence. »

Le chef conservateur, Éric Duhaime, a jugé que les propos de M. Legault traduisaient une politique de division qu’il a jugée malheureuse.

M. Duhaime a affirmé qu’il souhaite également une meilleure intégration des immigrants, sans approuver la déclaration du chef caquiste.

« Commencer à dire que c’est une menace ou qu’il y a une idée de violence là-dedans et qu’on ne pourrait plus être une société pacifique, il franchit une ligne qui n’est pas tout à fait acceptable, a-t-il dit. Mon nationalisme est beaucoup plus positif. »

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, n’a pas voulu commenter les « paroles assez superficielles » du chef caquiste, mercredi.

« [Ça ne correspond] pas à des politiques publiques structurantes », s’est-il contenté de dire.

Criblé de questions, « PSPP » n’a pas dit si, sur le fond, il s’entendait avec M. Legault. Lundi, le leader péquiste s’est engagé à rabaisser les seuils d’immigration de 50 000 nouveaux arrivants par année à 35 000.

Un recul

 

François Legault avait commencé sa journée en attaquant Québec solidaire et sa proposition d’impôt sur les actifs nets de plus de 1 million de dollars.

Après une rencontre avec des représentants de l’Union des producteurs agricoles (UPA), le chef caquiste a affirmé que certaines terres agricoles pourraient être visées par cette mesure.

« J’ai senti une certaine inquiétude avec les taxes orange », a-t-il dit en faisant référence aux échanges qu’il a eus avec les représentants de l’UPA.

Selon M. Legault, l’ajout de cet impôt est mal avisé dans le contexte économique actuel.

« On sait que les terres agricoles coûtent très cher, donc il y a beaucoup d’inquiétude », a-t-il dit.

Le ministre sortant de l’Agriculture, André Lamontagne, a également critiqué le programme de QS. Il a accusé la formation de vouloir diminuer la production animale, ce qui diminuerait les revenus des éleveurs.

Avant de se rendre à l’UPA à son tour, M. Nadeau-Dubois a annoncé que les terres agricoles bénéficieraient d’une exemption, alors que la veille, une porte-parole excluait cette option.

M. Nadeau-Dubois a expliqué cette apparence de recul par « une erreur de transfert d’information ».

« Je constate que François Legault nous attaque de plus en plus, d’après moi ce n’est pas un hasard », a-t-il ensuite dit sans approfondir.

Avec François Carabin

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