S’efforcer à réduire les GES est inutile, affirme Éric Duhaime

Seul chef de parti à n’avoir aucun plan pour réduire les gaz à effet de serre (GES), Éric Duhaime compte sur d’éventuelles « nouvelles technologies » pour y arriver et affirme que ceux qui se donnent des cibles le font surtout « pour bien paraître ».

« J’ai confiance dans les nouvelles technologies », a déclaré le chef conservateur en entrevue éditoriale au Devoir mardi après-midi. Il était le premier des chefs des cinq grands partis québécois à se prêter à l’exercice dans le cadre de la campagne électorale.

« On [le] voit avec le parc automobile », dit-il. « Notre bilan s’améliore », parce que les « autos d’aujourd’hui sont beaucoup moins polluantes ». « Quand on réussit à retirer une minoune de la circulation et qu’on ajoute une voiture neuve, il y a déjà un impact positif. »

À noter

À l’aube des élections, Le Devoir a invité les chefs à s’asseoir à sa table éditoriale pour défendre le programme de leur parti. Ils ont tous accepté notre invitation. L’ordre de publication des entrevues a été déterminé en fonction des disponibilités des chefs de parti. Éric Duhaime est le premier à avoir pu participer à ces tables éditoriales.

Le chef conservateur ne tient pas de propos climatosceptiques. Son parti « reconnaît » dans sa plateforme « les effets de l’activité humaine sur le climat mondial ». Mais il s’oppose à ce que le Québec se donne des cibles de réduction des GES pour en ralentir le réchauffement.

Les quatre autres partis ont tous pris des engagements à cet égard. La Coalition avenir Québec préconise une baisse de 37,5 % ; le Parti libéral du Québec, entre 40 et 45 % ; Québec solidaire, 55 %, avec 1990 comme année de référence. Le Parti québécois, de son côté, est en faveur d’une baisse de 45 % par rapport à 2010.

Or, pour Éric Duhaime, l’effort n’en vaut tout simplement pas la peine. « Si le Québec émettait 50 % des GES [de la planète], on pourrait dire qu’on va faire la grosse différence. Mais là, ce qu’on est en train de réaliser, c’est qu’on est prêt à délocaliser notre pollution juste pour bien paraître alors qu’on est à une fraction de 1 %. »

Le Québec « délocalise » sa pollution, prétend-il, parce qu’il ne s’attaque qu’aux GES émis sur son territoire. M. Duhaime dit notamment se sentir trahi comme électeur par le rejet du projet de GNL Québec au Saguenay par le gouvernement Legault. Il avance que le Québec aurait davantage d’impact sur la réduction des émissions mondiales de GES s’il exploite son gaz naturel et l’exporte dans des pays qui recourent à des sources d’énergie encore plus polluantes comme le charbon. Surtout dans la foulée de la guerre en Ukraine.

Lorsqu’on lui fait remarquer qu’un projet comme GNL Québec risque de prendre des années avant d’aboutir et que le contexte géopolitique aura alors changé, il réplique que des pays comme l’Allemagne ne souhaiteront plus jamais s’approvisionner dans des pays instables. L’ancien animateur de radio avance aussi que la croissance de la demande pour du gaz est bonne « pour encore 50, 60 ans » et que le gaz naturel québécois est de grande qualité.

« On va empirer le bilan environnemental [mondial] pour se sauver la face parce que nous autres, on veut atteindre nos cibles », a-t-il aussi déclaré.

Sur la pandémie, les critiques des conservateurs à l’endroit du gouvernement Legault sont bien connues. Mais comment auraient-ils agi s’ils avaient été au pouvoir en pleine crise ? Éric Duhaime rétorque qu’il aurait « pris en considération » les « effets pervers » des mesures « sur la jeune génération » et « les entreprises ».

Le chef conservateur affirme qu’il aurait « informé » la population et aurait ensuite laissé les gens décider quelles mesures sanitaires ils souhaitaient appliquer. Sauf peut-être durant les premiers mois. « La première vague, c’était différent. On était tous devant l’inconnu et on avait tous peur. […] On peut comprendre qu’il y ait des décisions qui ont été prises qui étaient très liberticides. Mais qu’on les ait maintenues après ça, vague après vague après vague, moi, c’est là que j’ai décroché. »

Il avance qu’il aurait quand même cherché à « protéger les plus vulnérables ». Mais comment ? « Il fallait les isoler », dit-il, « mieux les informer », plutôt que « confiner l’ensemble de la population ».

Et la vaccination dans tout cela ? Éric Duhaime répète qu’il n’aurait pas encouragé les gens à se faire vacciner. C’est une affaire qui se règle, dit-il, « entre l’individu et son médecin ». « Moi, je respecte la liberté individuelle des gens. » D’emblée, il refuse de dire si la vaccination a eu des effets bénéfiques ou non. « Je ne pense pas que c’est à un politicien de dire si les gens doivent se faire vacciner ou non. »

En santé, il défend bec et ongles l’ouverture au privé dans les hôpitaux. La médecine à deux vitesses existe déjà de toute façon, fait-il valoir. Les réformes passées ont toutes échoué, à son avis, « parce qu’on n’a pas voulu s’attaquer à une vache sacrée » en remettant en cause le caractère public du système. Éric Duhaime en est convaincu : « Quand il y a une concurrence, il y a une émulation vers le haut ».

Les monopoles publics, affirme le politicien libertarien, sont « par définition inefficaces » parce qu’ils sont privés « d’incitatifs à tout faire à moindre coût ».

Le PCQ se défend en outre de préconiser une réforme qui n’aura de bénéfices que dans les grands centres. Son chef reste toutefois vague à ce sujet : « Chaque place est unique. […] Il y a des endroits où effectivement, le secteur privé va être moins intéressé d’aller et à ce moment-là, le système public actuel va demeurer. »

Une alliance des conservateurs

 

En entrevue à Radio-Canada dimanche, Éric Duhaime avait joint sa voix à ceux qui pressent le gouvernement Legault de rendre publiques les études qu’il détient sur le projet de troisième lien.

Or, qu’adviendrait-il si ces études mettaient en doute la pertinence même du projet, qu’il s’agisse d’un tunnel (comme celui de la CAQ) ou d’un pont (comme celui qu’il propose) ? « Ce n’est pas juste sur la pertinence du lien. Il y a des études aussi sur la géographie, sur l’endroit. »

Le chef conservateur est en outre cinglant en ce qui a trait aux critiques émanant de l’extérieur de la grande région de Québec. Les gens de Québec n’ont pas eu « voix au chapitre pour le pont Samuel-De Champlain », lance-t-il, avant d’ajouter que les Montréalais ne se « mêlent pas de leurs affaires ».

Enfin, sur le front constitutionnel, l’ancien bloquiste et proche de Stockwell Day s’en tient à demander de nouveaux pouvoirs en immigration à Ottawa.

Quand on lui fait remarquer que tous les autres gouvernements s’y sont cassé les dents, il évoque la promesse d’une alliance avec un éventuel gouvernement conservateur dirigé par Pierre Poilievre, aspirant chef du Parti conservateur du Canada. « La différence avec M. Legault, c’est que moi, je suis un conservateur qui a [des] liens avec ces gens-là […] Je pense que je suis capable de recréer cette alliance-là. »