Pas de «mesures coercitives» pour freiner le déclin du français, dit Duhaime

Éric Duhaime a rappelé que sa formation politique était « la première » à s’être opposée au projet de loi 96.
Ryan Remiorz La Presse canadienne Éric Duhaime a rappelé que sa formation politique était « la première » à s’être opposée au projet de loi 96.

Tenter de rapatrier les pouvoirs fédéraux en immigration au Québec et inciter les gens à parler français plutôt que les obliger : c’est ainsi que le Parti conservateur du Québec (PCQ) entend freiner le déclin de « notre langue commune ». La formation politique promet d’abroger la « loi 96 ».

« Pour faire la promotion du français, pour nous, ce ne sont pas des mesures coercitives qui sont souhaitées et préférées », a dit M. Duhaime, de passage à Montréal, dans la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques. Lors d’un discours bilingue livré à l’Institut du courtage et de la finance, le chef du PCQ a souligné l’importance de reconnaître et respecter les droits historiques des anglophones du Québec.

Le chef du PCQ veut partir sur de nouvelles bases et « répudier » la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français, communément appelée la « loi 96 ». La réforme caquiste de la loi 101, adoptée en mai dernier, ajoute notamment trois nouveaux cours de français ou en français au cégep.

Cette législation est un symbole de « division », selon M. Duhaime, qui prône un nationalisme « positif » et « inclusif ». « On ne voit pas les Anglais comme une menace, mais plutôt comme des alliés [pour la protection du français]. » Il souhaite attirer les anglophones dans les cégeps et les universités francophones en faisant valoir « la richesse » du bilinguisme.

Or, il faut mieux protéger le français, a-t-il rappelé. Son déclin est dû au fait « qu’on n’est pas capable d’intégrer davantage de nouveaux arrivants à une majorité francophone », estime M. Duhaime.

Mardi, le chef caquiste François Legault a critiqué l’engagement d’Éric Duhaime d’abroger la « loi 96 » en raison de « chiffres inquiétants » concernant le poids de la langue française au Québec. « Il n’a aucun moyen à proposer pour arrêter le déclin du français », a-t-il soulevé, de passage dans la circonscription de Champlain, en Mauricie.

Envoyer « un signal clair » aux nouveaux arrivants

Éric Duhaime croit que le rapatriement des pouvoirs fédéraux en immigration au Québec enverrait un « signal clair » aux immigrants : « apprendre le français est un prérequis » pour vivre sur le territoire québécois.

À la fin mai, François Legault, à la tête du gouvernement du Québec, avait fait la même demande à Ottawa. Il avait essuyé un refus de la part du premier ministre du Canada, Justin Trudeau. La compétence est partagée entre les deux paliers gouvernementaux car « la protection du français et de l’immigration francophone est très importante pour nous », avait dit M. Trudeau.

Éric Duhaime estime qu’il est mieux placé pour réclamer le transfert de l’ensemble de ces pouvoirs. « Comme chef du Parti conservateur, il y a d’autres chefs conservateurs dans les autres provinces au Canada et les conservateurs, au plan national, ont toujours été plus décentralisateurs », a-t-il fait valoir.

Pour lutter contre le déclin du français, le chef du PCQ a aussi avancé l’idée de sélectionner les immigrants selon leur maîtrise de « notre langue commune ». Les programmes linguistiques doivent aussi être plus accessibles aux nouveaux arrivants, a-t-il ajouté.

Des députés conservateurs anglophones au salon bleu

 

Éric Duhaime a une fois de plus courtisé le vote anglophone. « Les temps ont changé », a affirmé le chef conservateur. L’époque de la division entre le « camp du oui » pour la souveraineté représenté par le Parti québécois (PQ) et le camp du non, tenu par les libéraux, est révolue, a-t-il dit.

Après les résultats des élections du 3 octobre, le PLQ et le PQ risquent d’être réduits « à des tiers partis », a poursuivi M. Duhaime. Dans ce contexte, les anglophones ont intérêt à se rallier aux francophones qui partagent « leurs valeurs fondamentales », selon lui.

Pour « faire valoir son rapport de force », la communauté anglophone « doit envoyer des députés conservateurs à l’Assemblée nationale », a soutenu le chef du PCQ.

Avec Alexandre Robillard et La Presse canadienne

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