QS s’attaque à l’auto solo dans son plan climat pour 2030

Chiffré à 36 milliards de dollars dans un premier mandat, le plan climatique de QS interdirait la vente de véhicules énergivores en 2030.
Ryan Remiorz La Presse canadienne Chiffré à 36 milliards de dollars dans un premier mandat, le plan climatique de QS interdirait la vente de véhicules énergivores en 2030.

Québec solidaire (QS) ne veut plus voir circuler de voitures à essence sur les routes du Québec en 2040. C’est une des mesures-phare de son plan vert présenté dimanche, qui doit permettre de réduire significativement les émissions polluantes d’ici 2030.

Chiffré à 36 milliards de dollars dans un premier mandat, le plan climatique de QS interdirait la vente de véhicules énergivores en 2030 — cinq ans plus tôt que ce que prévoit la Coalition avenir Québec —, en plus de carrément interdire l’immatriculation de ces voitures en 2040. L’objectif : en finir avec les voitures à émissions polluantes en territoire québécois.

Sans chiffrer l’impact individuel de chacune de ses mesures, QS assure qu’elles permettront de réduire les émissions de gaz à effets de serre (GES) de 55 % en 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Huit experts indépendants, dont la professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke Annie Chaloux et l’expert associé au GIEC Damon Matthews, y ont apposé leur sceau d’approbation.

« La qualité de vie des Québécois, des Québécoises, est en danger, a martelé le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois lors d’un point de presse dans Verdun, dimanche. Le prochain mandat du gouvernement du Québec, c’est le mandat de la dernière chance. En 2026, ça va être trop tard. »

Dans son plan « Vision 2030 », le parti de gauche mise avant tout sur la responsabilité individuelle des Québécois et des grands émetteurs. Fidèle à ses habitudes, il promet des « bonus-malus » dans le domaine des transports.

Un gouvernement solidaire taxerait donc l’achat de grosses cylindrées, pour « en moyenne 15 % du prix d’achat entre 2023 et 2030 ». Les familles de trois enfants et plus et les détenteurs de « plaques F » — voitures utilisées à des fins commerciales ou professionnelles — en seraient exemptés. Les subventions à l’achat de véhicules zéro émission demeureraient.

« Si on fait ça tout croche, la transition écologique, ça peut créer des tensions », a convenu dimanche Gabriel Nadeau-Dubois. « Il faut donner plus de choix écologiques aux gens. »

Voilà pourquoi, QS entend « contraindre » les constructeurs automobiles à offrir ces choix aux Québécois. « Nous, ce qu’on fait, c’est [obliger] les constructeurs à envoyer plus de véhicules électriques. […] Le prix de ces véhicules-là va diminuer dans les prochaines années, c’est certain », a observé M. Nadeau-Dubois.

En 2040, les Québécois auraient également la possibilité d’« échanger leur minoune contre une remise en argent », a-t-il indiqué.

« Révolution »

Pour offrir le plus de « choix » aux automobilistes qui pourraient se retrouver le bec à l’eau du jour au lendemain une fois cette interdiction décrétée, QS s’engage par ailleurs à « révolutionner le transport ». Un gouvernement solidaire verserait la part du lion d’une enveloppe de 74 milliards de dollars d’ici 2030 dans le transport collectif.

« C’est le plus gros chantier depuis la Révolution tranquille. Le plus gros chantier depuis Hydro-Québec », a soutenu M. Nadeau-Dubois, flanqué de sa co-porte-parole, Manon Massé, et de sa candidate dans Verdun, Alejandra Zaga Mendez.

Mercredi, QS annonçait déjà ses intentions de prolonger le tramway de Québec et de lier Lévis et Québec à l’aide d’un service rapide par bus. Il entend aussi créer un « réseau de transport interurbain de manière à pouvoir se rendre dans toutes les villes du Québec », en autobus voyageur ou en train. D’autres annonces concrètes viendront plus tard au cours de la campagne électorale.

Aux yeux de Québec solidaire, l’ère où les grandes entreprises émettrices étaient abritées des taxes carbone est révolue. Un gouvernement Nadeau-Dubois imposerait des quotas d’émissions pour toutes les entreprises produisant plus de 10 000 tonnes de CO2 annuellement et mettrait en place une taxe sur les émissions excédentaires. Celle-ci partirait à 100 $ la tonne et atteindrait 205 $ en 2030.

La co-porte-parole solidaire Manon Massé assure que « personne ne sera laissé derrière », malgré les restrictions imposées à l’industrie. « Ça ne peut pas se faire sur le dos des travailleurs et des travailleuses », a-t-elle signifié dimanche.

S’il devait y avoir des pertes d’emploi, QS s’engage à libérer 50 millions de dollars par année pour la requalification des postes affectés par la transition écologique.

« Notre plan, c’est le meilleur plan jamais déposé par un parti politique au Québec », a souligné Gabriel Nadeau-Dubois dimanche. En comparaison le plan du gouvernement de François Legault a l’allure d’une « feuille de chou », a-t-il dit.

« Le plan de François Legault lui permet d’atteindre la moitié de sa cible minuscule, a-t-il relevé. J’ai bien hâte d’entendre François Legault critiquer mon plan. »

D’autres mesures contenues dans le plan climat de QS

— Obliger le gouvernement à déposer un « budget carbone » contraignant à chaque année.

— Équilibrer les investissements en transport collectif et en transport routier à 50-50.

— Interdire en 2024 la réparation des équipements de chauffage aux énergies fossiles.

— Protéger 30 % des milieux naturels en 2030.

À voir en vidéo