Rizqy accuse Duhaime de nuire au débat démocratique

«Si votre legs démocratique, c’est de dire que vous allez canaliser la haine, la colère, c’est un très mauvais legs démocratique. Peut-être, reconsidérez votre raison pour laquelle vous voulez faire votre entrée au parlement» , a lancé jeudi Marwah Rizqy.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Si votre legs démocratique, c’est de dire que vous allez canaliser la haine, la colère, c’est un très mauvais legs démocratique. Peut-être, reconsidérez votre raison pour laquelle vous voulez faire votre entrée au parlement» , a lancé jeudi Marwah Rizqy.

La candidate libérale Marwah Rizqy a reproché sans détour jeudi au chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, d’envenimer le climat politique.

« Si votre legs démocratique, c’est de dire que vous allez canaliser la haine, la colère, c’est un très mauvais legs démocratique. Peut-être, reconsidérez votre raison pour laquelle vous voulez faire votre entrée au Parlement », a-t-elle déclaré, moins de 24 heures après avoir révélé qu’elle a fait l’objet de menaces de mort et réclamé une protection accrue pour les politiciens.

En effet, Mme Rizqy a demandé l’accès à un bouton panique qui permettrait de géolocaliser un élu ou un candidat vulnérable.

Refusant d’accuser M. Duhaime, la cheffe libérale, Dominique Anglade, a plutôt insisté jeudi soir sur l’importance de lancer un appel au calme pour préserver la qualité des débats. « Mme Rizqy a été particulièrement troublée, je peux le comprendre », a-t-elle dit à Gatineau. « Je me rappelle moi-même femme enceinte ce que ça signifie. […] Je comprends très bien tout ce qu’on peut vivre comme émotions par rapport à ça. On a besoin d’assurer la sécurité de tout le monde. Et tout le monde a une responsabilité de calmer le jeu. »

Aux yeux du chef conservateur, Éric Duhaime, Mme Rizqy a « passé une ligne [sic] » en l’accusant de nuire au débat démocratique. « Je comprends que ce sont les élections, que ça ne va pas bien au Parti libéral du Québec, mais je pense que c’est un terrain très glissant. Je l’invite à la prudence », a-t-il affirmé lors de son passage à Montréal jeudi.

L’aspirant premier ministre a rappelé qu’il avait approuvé la sortie de Marwah Rizqy, mercredi, en plus de dénoncer les menaces envers les femmes et les hommes politiques. « J’ai fait un appel au calme. »

La candidate caquiste Geneviève Guilbault se désole de la situation vécue par son « amie » Marwah Rizqy et par tous les autres politiciens atteints par le « déferlement de hargne » virtuelle et réelle. « Il y a comme une espèce de crescendo de ce que les gens se permettent envers les élus », estime la ministre de la Sécurité publique.

D’ailleurs, des affiches de campagne vandalisées ont émergé sur les réseaux sociaux jeudi : on y a dessiné des taches de sang sur les visages de certains candidats caquistes, dont Sylvain Lévesque, qui fait face au chef conservateur dans Chauveau.

Geneviève Guilbault a signalé la semaine dernière à la SQ un individu ayant mis en ligne « une photo [d’elle] pleine de sang en insinuant que je devais mourir ». « C’est chose courante », a-t-elle fait remarquer à la presse dans le stationnement du Ti-Oui Snack-bar, à Saint-Raymond. « Des fois, des gens me font des commentaires : “Tu es une mauvaise mère. Tes enfants ne sont pas chanceux de t’avoir.” Ç’a pas rapport. »

Elle s’abstient toutefois d’accuser le chef du PCQ, Éric Duhaime, d’avoir exacerbé les tensions dans l’espace public, et ce, même s’il « a fédéré toutes ces personnes-là [opposées aux mesures sanitaires] très très insatisfaites pour lancer […] son arrivée en politique ».

« De là à dire que c’est sa faute, moi, je ferais attention », a dit Mme Guilbault. Puis, elle a ajouté : « Pendant la pandémie, [des fois], il faisait des gazouillis sur moi, des choses fausses qu’il a dites sur moi, qui attisaient encore une fois la colère des gens. Il prétendait que je vivais librement, que je ne respectais pas les consignes, ce qui était faux. »

Au même moment, Julie, une femme de 44 ans, s’est approchée du chef caquiste, François Legault, qui se tenait devant le comptoir du casse-croûte, pour l’interpeller sur la sévérité des mesures sanitaires. Les personnes non vaccinées ont subi de la « discrimination », a déploré la sympathisante du PCQ. « Ce sont de vieilles histoires », a rétorqué M. Legault, entouré de gardes du corps, expliquant que la preuve de vaccination est chose du passé. À la demande d’un garde du corps, Julie a fait un pas de recul.

Canaliser la grogne ?

À Montréal, le chef conservateur a dit faire partie de la solution — et non du problème — dans un monde politique polarisé, et ce, quelques semaines après avoir invité les Québécois à faire entrer la « grogne » au parlement le 3 octobre prochain. « La solution, c’est qu’on puisse canaliser [la colère] de façon positive dans un mouvement politique qui va faire entendre ces revendications-là au parlement. »

M. Legault n’est pas en désaccord : « Il y a de la place pour toutes les idées pour autant qu’on le fasse sereinement, pas dans la violence, sans inciter à la violence ».

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s’est engagé à « prêcher par l’exemple ». « Je ne pointerai personne du doigt », a-t-il affirmé en conférence de presse à New Richmond, en Gaspésie. « Mais en même temps, je vois des idées circuler au Québec qui me foutent la trouille », a-t-il poursuivi.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, lui, a refusé d’« embarquer » dans le débat. « J’ai l’impression que l’enjeu de fond, c’est qu’en politique actuellement, il y a une prime à l’insulte. […] Si je commente un parti en particulier — pour savoir “c’est-tu de sa faute ? c’est-tu pas de sa faute ?” — , j’alimente, je donne du gaz à cette façon de faire de la politique. »

La SQ appelée en renfort

 

François Legault a d’ailleurs prié la Sûreté du Québec (SQ) d’« être disponible pour tous les candidats et candidates qui se sentent menacés », à commencer par la libérale Marwah Rizqy.

Le premier ministre s’explique mal que la députée sortante de Saint-Laurent ait reçu le conseil de rester à l’abri à la maison de la part des forces de sécurité. « Je souhaiterais qu’elle parle avec la SQ et qu’ils conviennent des mesures les plus appropriées. »

La candidate libérale a disposé pendant 24 heures de la protection de deux constables spéciaux de l’Assemblée nationale à la suite d’une décision discrétionnaire de son président, François Paradis. « Je ne pense pas qu’un élu a besoin de quémander une protection supplémentaire », a soutenu Mme Rizqy. « Il faut que le protocole change. Le climat a changé, il faut que l’Assemblée nationale s’ajuste. »

La SQ et l’Assemblée nationale s’expliquent

La sécurité des élus et des candidats n’est pas l’affaire que d’un seul corps policier, précise la SQ. « On est toujours attentifs et vigilants en ce qui concerne et entoure les autres partis aussi qui participent à cette campagne électorale », a expliqué la porte-parole de la police provinciale, Catherine Bernard, dans un échange avec Le Devoir. « On n’élabore pas sur la façon qu’on établit la sécurité… pour des questions évidemment de sécurité », a-t-elle ajouté.

De son côté, l’Assemblée nationale dit travailler en étroite collaboration avec les forces de l’ordre afin d’assurer la sécurité des députés. « Elle prend la situation très au sérieux et s’adapte en fonction de l’évolution de celle-ci », a déclaré la porte-parole de l’institution, Laurie Gosselin-Bélanger.

Enfin, Éric Duhaime a dit apprécier les « mesures de sécurité relativement simples » qui existent au Québec. « Mon but est de me faire élire, ce n’est pas de me faire encadrer le plus possible avec de la sécurité et qu’il y ait de plus en plus de sécurité entre le citoyen et ses élus. J’aime la proximité que j’ai avec les gens. »

Avec François Carabin et Isabelle Porter

L’homme soupçonné d’être derrière les menaces

Le sexagénaire accusé d’avoir harcelé la libérale Marwah Rizqy s’est fait ordonner par le tribunal de consulter un médecin ou un psychiatre et de prendre toute médication prescrite.

Ébranlée, la candidate avait indiqué aux médias mercredi avoir été la cible de menaces de mort répétées de la part d’un homme qui semblait être obsédé par elle. Celui-ci, Claude Delaney, a comparu devant un juge vendredi dernier à Montréal pour faire face à deux chefs d’accusation : harcèlement criminel et appels téléphoniques harcelants, et cela, pendant une période d’un an.

L’homme de 62 ans a été remis en liberté le même jour, un résultat qui n’a pas étonné la criminaliste Véronique Robert. « La remise en liberté pendant les procédures criminelles, c’est la règle, alors que la détention est l’exception », sauf pour le meurtre, a-t-elle rappelé.

Une foule de conditions ont toutefois été imposées à l’accusé, donc l’interdiction de se trouver à proximité de Mme Rizqy ainsi que d’un autre candidat libéral, Enrico Ciccone, ainsi que d’entrer en communication avec eux ou de les mentionner sur les réseaux sociaux. Claude Delaney ne peut pas non plus assister à des rassemblements politiques du PLQ ou être en possession d’armes, est-il indiqué dans l’ordonnance de mise en liberté.

Le juge lui a aussi donné cinq jours pour prendre rendez-vous ou consulter un médecin ou un psychiatre et prendre toute médication prescrite. Il est tenu d’en fournir la preuve au Directeur des procédures criminelles et pénales (DPCP) ou au tribunal. L’homme doit revenir devant la Cour le 14 novembre prochain pour la suite des procédures criminelles.

Stéphanie Marin


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