Legault promet un chèque pour certains et une baisse d’impôt pour tous

La baisse d’impôt annoncée lundi est l’une des mesures du « bouclier anti-inflation » préparé par la CAQ pour aider les Québécois à affronter la hausse du coût de la vie.
Karoline Boucher La Presse canadienne La baisse d’impôt annoncée lundi est l’une des mesures du « bouclier anti-inflation » préparé par la CAQ pour aider les Québécois à affronter la hausse du coût de la vie.

Le « bouclier anti-inflation » de la Coalition avenir Québec (CAQ) prend forme. François Legault a annoncé lundi deux des quatre mesures qu’il renferme : un chèque de 400 à 600 $ aux personnes gagnant tout au plus 100 000 $ d’abord ; une baisse d’impôt ensuite.

Si la CAQ remporte les élections générales le 3 octobre prochain, le gouvernement québécois versera un « montant ponctuel » de 600 $ aux contribuables ayant eu un revenu de moins de 50 000 $ en 2021, et de 400 $ à ceux ayant eu un revenu entre 50 000 $ et 100 000 $ en 2021.

« Les oppositions préfèrent donner des rabais sur l’essence ou sur d’autres biens. Nous, à la CAQ, on pense que les Québécois devraient avoir le droit de choisir quoi faire avec ces montants », a fait valoir le chef du parti, lundi après-midi, depuis une épicerie de Lévis.

Selon le plan caquiste, le « chèque » de 400 à 600 $ sera suivi d’un abaissement, d’un point de pourcentage, des deux premiers paliers d’imposition en 2023.

Après cette baisse d’impôt « responsable », un Québécois gagnant 80 000 $ paierait environ 630 $ de moins en impôt par année, tandis qu’un Québécois gagnant 92 580 $ ou plus paierait quelque 810 $ de moins par année, selon les calculs de la CAQ.

« Ce n’est quand même pas rien ! » a lancé François Legault, promettant d’effectuer « la plus importante baisse d’impôt de l’histoire du Québec »… d’ici 2032.

Évidemment, on ne prend pas pour acquis qu’on va être là pour 10 ans, mais on pense que c’est important d’en discuter en société.

Baisse d’impôt sur 10 ans

Par ailleurs, la CAQ s’engage à réduire les deux premiers paliers d’imposition de 0,25 point de pourcentage par année de 2027 à 2032, soit dans d’éventuels troisième et quatrième mandats caquistes.

Précisément, le plan caquiste prévoit que :

  • les revenus de moins de 46 295 $ soient imposés à hauteur de 15 % en 2022, de 14 % en 2023, 2024, 2025 et 2026… et de 12,5 % en 2032 ;
  • les revenus de 46 295 $ à 92 580 $ soient imposés à hauteur de 20 % en 2022, de 19 % en 2023, 2024, 2025 et 2026… et de 17,5 % en 2032.

À ceux qui trouvent la proposition de baisse d’impôt du Parti libéral du Québec plus généreuse, François Legault prie d’attendre la présentation des deux autres mesures du « bouclier anti-inflation » caquiste « avant de porter ce genre de jugement ». « Madame Anglade, j’espère qu’elle va déposer un cadre financier et qu’elle va nous expliquer comment elle finance ça », a aussi dit le comptable agréé.

La baisse d’impôt sur le revenu de 2,5 points de pourcentage en 10 ans proposée par la CAQ, c’est « une baisse d’impôt responsable pour la classe moyenne », a fait valoir François Legault, entouré de ses candidats Eric Girard (Groulx) et Joëlle Boutin (Jean-Talon) dans une salle de l’hôtel Bonne Entente lundi avant-midi.

« Évidemment, on ne prend pas pour acquis qu’on va être là pour 10 ans, mais on pense que c’est important d’en discuter en société », a-t-il ajouté.

Le chef caquiste trouve d’ailleurs que le Parti libéral du Québec, Québec solidaire, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec ont compris sur le tard l’importance d’alléger le fardeau fiscal des Québécois. « En 2018, la CAQ était le seul parti qui parlait du portefeuille des Québécois. Là, il y a quatre partis qui ont l’air d’avoir découvert ça dans les derniers mois », a-t-il déclaré, promettant qu’« on ne va pas avec un gouvernement caquiste retourner à l’austérité libérale ».

« Cette baisse d’impôt va nous aider à augmenter notre croissance économique, favoriser la participation au marché du travail et donc, aidera à réduire notre écart de richesse », a ajouté le candidat dans Groulx, Eric Girard, que François Legault a décrit comme « un homme rigoureux, prudent, mais malgré tout très sympathique ».

Tiré des versements au Fonds des générations

 

La CAQ financera cette baisse d’impôt importante en puisant dans les versements prévus au Fonds des générations, soit 2 milliards de dollars par an de 2023 à 2026, puis 5 milliards par an dès 2032.

« On va utiliser 39 % des versements au Fonds des générations. Il y a peut-être des partis politiques qui vont utiliser 100 % des versements au Fonds des générations. Nous, on pense que c’est irresponsable de faire cela », a fait valoir François Legault, tout en rappelant que « le Fonds des générations est là pour baisser la dette ».

« Est-ce que [le PLQ] a l’intention de piger plus de 40 % dans les versements au Fonds des générations » ou encore de réduire le financement des principales missions de l’État québécois ? a demandé le chef caquiste, après avoir appelé par son nom son adversaire libérale.

L’état-major du PLQ assure qu’il « ne touchera pas au Fonds des générations » ou ne sabrera pas dans les dépenses publiques, au contraire, pour financer la baisse d’impôt qu’il a promise. « Le seul qui veut hypothéquer l’avenir des générations futures pour une promesse, c’est lui ! » a fait valoir le directeur des communications Jérémy Ghio dans un échange avec Le Devoir.

Le groupe Force jeunesse outré

 

D’ailleurs, le groupe de défense des « droits [et des] intérêts de la jeunesse du Québec dans l’élaboration des politiques publiques » Force Jeunesse demande à la CAQ d’abandonner tout de suite l’idée de réduire les versements au Fonds des générations afin de tirer vers le bas les impôts sur le revenu de quelque 4,5 millions de personnes.

« Pour constituer son bouclier contre l’inflation, François Legault ne peut pas utiliser des morceaux de l’armure dont la jeunesse québécoise s’est dotée pour assurer son avenir », a fait valoir son président, Simon Telles.

Même s’il projette de consentir un montant ponctuel et une baisse d’impôt historique sans pousser le Québec dans des déficits à répétition ou dans une cure d’austérité, François Legault continue de demander des milliards au gouvernement fédéral. Le Québec souffre-t-il toujours d’un déséquilibre fiscal par rapport à Ottawa ? « C’est certain », a soutenu le chef caquiste, rappelant que le fédéral finance le système de santé des provinces à hauteur de 22 % — et non plus de 50 % — et que le taux d’imposition québécois est « trop élevé ».

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