La CAQ et le PLQ, chouchous des élus municipaux

La CAQ présente cette année un total de 18 candidats ayant déjà siégé dans un conseil municipal. Le parti de François Legault est aussi celui qui a recruté le plus des maires actuellement en poste, dont la bien connue Suzanne Roy, ex-mairesse de Sainte-Julie. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La CAQ présente cette année un total de 18 candidats ayant déjà siégé dans un conseil municipal. Le parti de François Legault est aussi celui qui a recruté le plus des maires actuellement en poste, dont la bien connue Suzanne Roy, ex-mairesse de Sainte-Julie. 

La Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) remportent la palme du recrutement d’élus municipaux cette année en vue de l’élection. Reste maintenant à savoir si la forte présence de politiciens locaux dans la campagne se traduira par une influence réelle au Parlement.

La CAQ présente cette année un total de 18 candidats ayant déjà siégé dans un conseil municipal. Le parti de François Legault est aussi celui qui a recruté le plus des maires actuellement en poste, dont les bienconnus Suzanne Roy (ex-mairesse de Sainte-Julie), Yves Montigny (Baie-Comeau) et Jonathan Lapierre (Îles-de-la-Madeleine).

Par contre, la moitié des candidats caquistes dotés d’un profil municipal étaient déjà députés dans le dernier mandat, comme Mario Laframboise (député sortant de Blainville) ou Chantal Rouleau (Pointe-aux-Trembles).

Avec 15 candidats « municipaux », dont 14 nouveaux venus, le Parti libéral du Québec (PLQ) a, quant à lui, fait le plein d’anciens maires et conseillers, dont Jean-Maurice Matte (Senneterre) et Vicki May-Hamm (Magog).

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) suit la marche, avec 8 candidats, dont l’ancien maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay et l’actuel maire de Saint-Lambert-de-Lauzon, Olivier Dumais.

Loin derrière, le Parti québécois et Québec solidaire en ont recruté 3 et 4, dont le maire de Saint-Camille, Philippe Pagé (Québec solidaire) et la mairesse de Sainte-Marie-Salomé, Véronique Venne (Parti québécois).

 

Plus ou moins influents ?

Le phénomène n’est pas nouveau. Mais comme le rapportait Le Journal de Québec récemment, la présence de candidats issus du municipal est en hausse depuis la dernière élection. Doit-on en conclure que le monde municipal y gagne en influence ? À l’inverse, un élu local dynamique ne risque-t-il pas d’avoir plus d’influence qu’un député d’arrière-ban ?

C’est assurément une préoccupation, convient Véronique Venne, qui cherche à reprendre le siège de la péquiste Véronique Hivon dans Joliette. « J’y ai pensé beaucoup avant de me lancer dans cette aventure-là », dit-elle. Élue pour la première fois en 2013, la jeune politicienne a fait ses marques à Sainte-Marie-Salomé par sa forte présence dans la vie communautaire du village. Elle voit dans le parcours de Véronique Hivon la preuve de la grande influence que peut avoir une seule élue. « Je le vois comme un devoir de servir », mentionne-t-elle aussi.

Député libéral de Viau durant le dernier mandat, Frantz Benjamin avait été conseiller municipal pendant neuf ans à Montréal-Nord avant de faire son entrée à l’Assemblée nationale.

« On est ailleurs. Au municipal, les retombées [de nos actions] sur les citoyens, sont presque instantanées, qu’il s’agisse de nettoyer une ruelle ou de déneiger le trottoir. Mais quand on est sur la scène québécoise, on est un peu plus loin, et les retombées tardent à arriver. »

En même temps, il a pu, comme député, infléchir des choses sur lesquelles il n’avait pas de prise au municipal parce qu’elles relevaient du gouvernement du Québec, fait-il remarquer.

D’emblée, les députés de l’opposition ont souvent plus de responsabilités que ceux du gouvernement, souligne M. Benjamin, qui jouait le rôle de porte-parole de la métropole.

Un point de vue partagé par Philippe Pagé, candidat de Québec solidaire dans Richmond. « On n’a pas de députés d’arrière-ban à Québec solidaire », affirme-t-il. À ses yeux, la présence d’anciens maires ou conseillers est, plus que jamais, capitale. « Ce qu’on fait dans les municipalités, c’est de l’aménagement du territoire, et je trouve qu’en ce moment, le Québec est pas mal dégarni en termes de vision là-dessus. On n’a plus de politique nationale de la ruralité… »

Dans le dernier gouvernement de la Coalition avenir Québec, deux anciens élus municipaux ont accédé au Conseil des ministres : Chantal Rouleau (ancienne mairesse de Pointe-aux-Trembles) et Jonatan Julien (élu à la Ville de Québec). Éric Lefebvre et Mario Laframboise ont aussi hérité de responsabilités importantes comme whip en chef et président du caucus.

Selon, Mario Laframboise, même sans être ministres, les députés du gouvernement peuvent exercer de l’influence au caucus. « Ce qui est important, c’est la compétence et la compréhension d’un dossier, dit-il. Le collègue qui a des compétences dans un dossier, ça a un intérêt. » D’emblée, dit-il, le premier ministre consulte régulièrement le caucus pour faire la « lumière » sur certains dossiers. Si un député ou une députée s’y connaît, « les autres ont tendance à écouter », et c’est « toute la cause qui avance ».

L’UMQ comme tremplin

Le député de Blainville a travaillé littéralement à tous les niveaux politiques. D’abord maire de Notre-Dame-de-la-Paix en Outaouais, il a ensuite été député fédéral du Bloc québécois avant de se faire élire sous la bannière de la CAQ.

M. Laframboise a également été président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), le lobby qui défend les intérêts des municipalités du Québec, en particulier des grandes villes. Durant la législature, l’UMQ est un interlocuteur régulier du gouvernement et prend position dans pratiquement toutes les commissions parlementaires.

Ces dernières années, nombre de ses présidents ou présidentes ont fait le saut en politique québécoise ou fédérale. Éric Forest (président de 2010 à 2014) est devenu sénateur, Alexandre Cusson (2017-2019) a participé à la course à la chefferie du PLQ et, plus récemment, Suzanne Roy (2014-2016) s’est portée candidate de la CAQ dans Verchères.

Un constat qui s’applique aussi à la Fédération québécoise des municipalités, l’autre grand lobby municipal du Québec, qui est davantage associé aux milieux ruraux. Son avant-dernier président, Richard Lehoux (2014-2018), est député fédéral pour le Parti conservateur depuis quatre ans et son actuel vice-président, Jonathan Lapierre, est également candidat pour la CAQ cette année.

Ces dernières années, on a aussi vu se multiplier les sauts dans l’autre direction, des députés ou des ministres défaits ou retraités se tournant vers le municipal. Ce fut le cas par exemple de l’ancien ministre libéral de la Famille Luc Fortin, candidat défait à la mairie de Sherbrooke aux dernières élections.

Du côté du Centre-du-Québec, l’ancien député adéquiste et libéral Pierre-Michel Auger a envisagé de se présenter dans la course à la mairie de Bécancour, avant de se retirer à l’été 2021. L’ancienne ministre péquiste Louise Harel a elle aussi tenté de se faire élire à la mairie de Montréal en 2009 après sa retraite du Parlement.

Certains ont même osé — et réussi — à faire le saut d’un ordre à l’autre à deux reprises. C’est le cas de Gilles Lehouillier, qui a d’abord été conseiller municipal à Lévis et a réussi à se faire élire comme député après son échec dans la course à la mairie de 2005. Défait après un mandat comme député libéral (2008-2012), il est parvenu finalement à devenir maire en 2013 et en est à son troisième mandat.

Mais aussi grande puisse-t-elle paraître, cette proximité n’est toutefois en rien comparable à ce que le Québec a déjà connu. Ainsi, pendant longtemps, il était possible d’être à la fois maire et député, voire à la fois maire et premier ministre. On les appelait les « députés-maires ».

Ce fut le cas de Camillien Houde (maire de Montréal et député durant les années 1920-1930) ainsi que du maire de Québec Simon Napoléon Parent, qui a cumulé cette fonction et celle de premier ministre au tournant du XIXe siècle. Cette pratique est illégale depuis les années 1970.
 


Correction: Une première version de ce texte indiquait par erreur que Camillien Houde avait occupé la fonction de premier ministre plutôt que de député.

 

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