La CAQ et un succès à portée de main

Après quatre ans au pouvoir, la CAQ entre dans la course électorale face à une opposition fragmentée.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Après quatre ans au pouvoir, la CAQ entre dans la course électorale face à une opposition fragmentée.

La Coalition avenir Québec (CAQ) amorce dimanche une campagne électorale lors de laquelle elle devra maintenir l’intérêt de ses partisans jusqu’au dépôt de leur bulletin de vote dans l’urne afin de s’emparer d’une victoire dont la seule inconnue, semble-t-il, reste son ampleur.

La formation politique domine dans les sondages depuis plus de quatre ans. Elle cherche à obtenir un deuxième mandat en proposant la stabilité, comme l’indique son slogan de campagne, « Continuons ».

« Pour nous, le danger, c’est qu’on considère qu’on a gagné d’avance. C’est dangereux parce que des gens peuvent rester chez eux et se dire qu’on va gagner pareil », explique un stratège caquiste qui a accepté d’en discuter avec Le Devoir à condition que son anonymat soit préservé, car il n’est pas un porte-parole officiel du parti.

La CAQ n’a pas l’intention d’imiter la stratégie du premier ministre ontarien Doug Ford, réélu ce printemps au terme d’une campagne électorale passée loin des médias. Les adversaires de François Legault ont d’ailleurs commencé cette semaine à l’accuser de se cacher — ce qui ne serait pas son plan, selon le stratège. « Si on la jouait “pépère” comme Ford, les Québécois le sentiraient et ils n’aimeraient pas ça, dit-il. Et là, ce serait plus risqué que de prendre des risques normaux. »

Le politologue Frédéric Boily croit tout de même que la CAQ aurait intérêt à éviter de faire des vagues. « Les caquistes vont faire une campagne qui ne bouleverse pas tout, parce qu’on ne veut pas mobiliser d’électeurs dans l’opposition », estime-t-il.

Une opposition fragmentée

 

Après quatre ans au pouvoir, la CAQ entre d’ailleurs dans la course électorale face à une opposition fragmentée. Son principal adversaire varie ainsi en fonction des régions et des circonscriptions, explique-t-on dans les officines.

À Montréal, par exemple, les caquistes visent des circonscriptions libérales comme Maurice-Richard et Anjou–Louis-Riel. Mais leurs espoirs ne s’arrêtent pas là. « Sur l’île de Montréal, on mène chez les francophones, explique le stratège caquiste. Les libéraux et les péquistes n’en ont plus beaucoup. Plus il y a de francophones dans une circonscription, plus on a de chances de les concurrencer. »

La CAQ lorgne également des circonscriptions libérales à Laval, où elle n’a remporté qu’un siège — Sainte-Rose — en 2018.

Dans la région de Québec, le principal adversaire sera le Parti conservateur du Québec (PCQ). La popularité du parti d’Éric Duhaime pourrait se faire sentir dans les circonscriptions de Chauveau, où ce dernier se présente, et de Beauce-Sud, toutes deux actuellement aux mains de la CAQ.

Mais les craintes suscitées par le nouveau chef du PCQ s’estomperaient dans les rangs caquistes : les conservateurs ne semblent pas en position d’élargir suffisamment leurs appuis, estime-t-on. « Pour nous battre dans Chauveau, Éric Duhaime va devoir faire 40 %, et là, son vote est à 25 %, explique le stratège. Il va devoir mobiliser beaucoup de monde. »

L’entrée en scène de M. Duhaime, l’an dernier, avait fait perdre des points à la CAQ dans l’opinion publique. Mais la tendance s’est essoufflée dernièrement, note M. Boily, professeur à l’Université de l’Alberta. « On a vu dans les sondages qu’il y a eu un certain tassement », note-t-il.

Plutôt que les conservateurs, un député caquiste a estimé que la surprise pourrait venir du Parti québécois (PQ). Selon cet élu, qui a préféré que son anonymat soit préservé, les attentes très basses envers le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, pourraient faciliter un retournement de situation. « Si on fait une moins bonne campagne, je pense que c’est le PQ qui en profitera », confie-t-il.

La CAQ espère néanmoins mettre la main sur les circonscriptions péquistes de l’est du Québec. Toutes, sauf Matane-Matapédia, la circonscription de Pascal Bérubé, sont considérées comme un gain potentiel.

Par ailleurs, les circonscriptions de Sherbrooke et de Rouyn-Noranda, dans le giron de Québec solidaire depuis 2018, sont également sur le radar de la CAQ.

 

Les risques du succès

Dans les rangs caquistes, certains estiment que le caucus, qui compte actuellement 76 députés, pourrait franchir la barre des 80 ou 90 sièges sur les 125 de l’Assemblée nationale au lendemain du 3 octobre.

Avec un tel contingent, la composition du Conseil des ministres pourrait susciter des déceptions, ont reconnu trois élus consultés par Le Devoir, mais qui n’ont pas souhaité être nommés. M. Legault aura alors la délicate tâche de récompenser la patience de ses députés qui attendent une nomination depuis un moment tout en tenant compte des ambitions de recrues comme l’ex-ministre péquiste Bernard Drainville.

« S’il gardait le même Conseil et n’ajoutait que trois ou quatre nouveaux ministres, ce serait risqué », prévient un député.



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