Le PCQ et le vote de frustration

Le chef du PCQ, Éric Duhaime, rêve d’une vague, comme celle qui a fait élire huit conservateurs fédéraux dans la grande région de Québec en 2006.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef du PCQ, Éric Duhaime, rêve d’une vague, comme celle qui a fait élire huit conservateurs fédéraux dans la grande région de Québec en 2006.

Pour se faire une place au Parlement, le Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime doit convertir en votes la frustration générée par les mesures sanitaires. Un défi non négligeable pour un parti néophyte dont la base militante est d’emblée réfractaire aux institutions.

« J’ai jamais suivi la politique avant… » Ce genre de phrase revient couramment dans les traditionnels lives d’Éric Duhaime les mardis soir. Lorsqu’il s’est lancé en politique, en novembre 2020, l’ancien animateur de radio du FM93 a créé un équivalent de son émission en discutant avec ses partisans durant deux heures sur Zoom chaque semaine.

Ils sont des milliers à l’écouter. Mais iront-ils voter ? Duhaime lui-même note que parmi ses partisans, il y a « beaucoup de gens qui n’ont jamais voté ou qui votent très peu ». « Mon vrai défi, c’est la sortie du vote », a-t-il confié en entrevue au Devoir.

Un avis partagé par plus d’un observateur. « Quand on a un parti qui est antisystème, populiste comme le PCQ, il y a beaucoup de partisans qui ne croient pas aux institutions, au fait d’aller voter », explique le professeur de science politique à l’Université Laval Éric Montigny, qui a oeuvré comme Duhaime au sein de l’Action démocratique du Québec il y a 20 ans.

Chauveau l’incontournable

Le chef du PCQ rêve d’une vague, comme celle qui a fait élire huit conservateurs fédéraux dans la grande région de Québec en 2006. « C’est comme quand tu as une inondation, tu as beau fermer les portes dans la maison, quand l’eau monte, tu en as partout. Je pense que si on entre dans la zone payante, particulièrement dans Québec et Chaudière-Appalaches, on va gagner plusieurs circonscriptions. »

L’échiquier politique, dit-il, est en train de changer, et il pense avoir été le premier à miser sur ce qu’il appelle les « nouveaux clivages ». « Les autres partis proposent de plus en plus de mettre le gouvernement dans nos vies, d’encadrer nos vies. Nous, on pense qu’il faut faire le contraire. Il faut donner plus de libertés aux gens, plus de libertés de choix, plus de respect de leurs droits individuels. »

Mais attention, en voyant trop grand, le PCQ pourrait s’éparpiller, selon Yan Plante, un ancien conseiller de Stephen Harper qui est aujourd’hui vice-président de l’agence TACT. La progression du parti dans les derniers mois « n’aura pas valu grand-chose si [le chef] ne se fait pas élire [comme député] », dit-il. « Si Éric Duhaime fait un Maxime Bernier de lui-même [qui n’a jamais fait élire de candidat de son parti], il pourrait disparaître de la carte politique dans les quatre prochaines années. »

Le test de la crédibilité

 

Et pour déloger la CAQ dans la circonscription de Chauveau, Duhaime doit élargir son bassin de partisans. Et rassurer ceux à qui il fait peur. En entrevue, il répète souvent qu’il ne faut « pas faire peur au monde », que son modèle de privatisation de la santé existe en Europe, etc. Malgré ses appels à la relance de l’industrie pétrolière, son programme prend bien soin de préciser que le PCQ reconnaît l’origine humaine des changements climatiques.

Or, il ne faut pas non plus qu’il paraisse trop modéré et déçoive ses partisans plus à droite. « Son défi, c’est de maintenir sa base militante mobilisée tout en évitant de se décrédibiliser », indique Éric Montigny.

Questionné sur la présence de complotistes, voire de « coucous », parmi ses partisans, il rétorque que certaines personnes « ont été très ébranlées par la crise sanitaire », « ont beaucoup souffert ». « Il faut aussi comprendre d’où ça vient. Le manque de transparence, l’impression qu’on les a sacrifiés [que François Legault les a lésés dans leurs droits en imposant certaines mesures sanitaires]. »

Réputé pour ses propos polarisants en ondes, le chef du PCQ insiste aujourd’hui sur la nécessité de rassembler les gens, accusant Legault d’avoir « divisé » les Québécois pendant la pandémie. Éric Duhaime le politicien fait beaucoup plus attention à ce qu’il dit qu’Éric Duhaime l’animateur de radio.



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