La violence armée passe à l’avant-plan de la précampagne électorale

Geneviève Guilbault devait participer à Percé à l’annonce de la candidature caquiste dans la circonscription de Gaspé, mais a annulé son déplacement.
Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Geneviève Guilbault devait participer à Percé à l’annonce de la candidature caquiste dans la circonscription de Gaspé, mais a annulé son déplacement.

La lutte contre les violences armées a pris l’avant-scène vendredi, à moins de deux jours du lancement de la campagne électorale : la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a mis ses engagements de côté pour s’y consacrer, tandis que la mairesse de Montréal, Valérie Plante, assurait que le définancement de la police de la métropole n’était pas au programme.

Mme Guilbault devait participer à l’annonce de la candidature caquiste dans la circonscription de Gaspé, mais le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, l’a remplacée.

Le cabinet de Mme Guilbault a expliqué qu’elle avait annulé son déplacement afin de se concentrer sur les moyens à déployer contre les violences armées dans la région de Montréal, qui ont connu un nouveau sursaut cette semaine. « On veut régler ça rapidement pour ramener le sentiment de sécurité des Montréalais », a affirmé l’attaché de presse Louis-Julien Dufresne.

Le personnel politique de la ministre s’est contenté de dire que des rencontres étaient prévues, sans plus de précisions. Selon des informations obtenues d’autre part, le gouvernement souhaite réagir promptement — peut-être même dès samedi — en annonçant de nouvelles mesures visant à contrer cette vague qui a fait deux victimes en plein jour, mardi, dans des lieux publics de la métropole.

Jeudi, le gouvernement Legault avait été la cible des tirs croisés de deux de ses adversaires, la libérale Dominique Anglade et le conservateur Éric Duhaime, tous deux sur le terrain à Montréal, qui lui ont reproché son absence et son manque d’initiative.

De son côté, la mairesse Valérie Plante a assuré que Montréal n’a pas « définancé » son service de police, et ne le fera pas, fermant la porte aux soupçons selon lesquels elle utiliserait à d’autres fins les sommes allouées par Québec au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Jeudi, plusieurs médias ont rapporté que le gouvernement Legault remettait en question l’utilisation faite par la métropole des sommes qui lui ont été octroyées pour réduire la violence armée, se demandant si elles avaient bel et bien servi à augmenter les effectifs policiers.

La mairesse a vigoureusement réfuté ces accusations vendredi matin. « On va être clairs : l’argent prévu pour le SPVM va au SPVM », a-t-elle énoncé d’un ton irrité. « Les sommes vont au bon endroit », a-t-elle poursuivi, soulignant que « Québec ne donne jamais de chèque en blanc pour aucun dossier ».

La mairesse a répété que la gestion des finances publiques montréalaises était irréprochable. Et à ceux qui disent que l’administration Plante veut « définancer » la police, elle répond que « c’est faux ». « Ça n’a jamais eu lieu, et ça n’aura jamais lieu », souligne la mairesse, alors que les violences armées sèment l’inquiétude chez les Montréalais. « J’en ai assez qu’on fasse peur au monde et aux policiers. »

Des annonces seront faites sous peu, avec des outils concrets, en collaboration avec Québec, promet l’élue, qui dit souhaiter en parler aux Montréalais d’ici le déclenchement des élections. Il sera question d’augmenter les effectifs policiers, d’octroyer des outils aux agents et de renforcer la prévention — un trio de mesures déjà évoqué mercredi, alors qu’elle réagissait aux deux meurtres survenus la veille en plein jour dans la métropole.

Le cabinet de Mme Guilbault a affirmé vendredi que la ministre n’avait pas la « perception » que le financement gouvernemental destiné au SPVM était distribué ailleurs dans le budget de la Ville de Montréal. « Rien ne nous indique que quelque chose cloche », a précisé son attaché de presse.

Mais le chef d’Ensemble Montréal, Aref Salem, a continué de semer le doute sur la gestion de Mme Plante. « On est en train de voir un définancement indirect de la police », a-t-il dit en parlant de sommes budgétées qui seraient inférieures à celles dépensées par le service policier l’année précédente. M. Salem a d’ailleurs l’intention de demander à la vérificatrice générale de se pencher sur le sujet.

Une réaction tardive

 

Les libéraux ont sonné la charge contre le gouvernement Legault pour une deuxième journée de suite, vendredi, accusant Mme Guilbault d’être « restée assise sur ses mains » trop longtemps.

La députée Isabelle Melançon a déclaré que la ministre aurait dû changer son horaire plus tôt pour se concentrer sur le problème des armes à feu. « Ça nourrit énormément de cynisme de savoir que Geneviève Guilbault, à quelques heures du déclenchement des élections, commence à changer son horaire pour se pencher sur une réalité montréalaise qui perdure depuis des mois », a-t-elle dit.

Le gouvernement s’est défendu cette semaine en soulignant la création de CENTAURE, réalisée il y a un an. Cette opération spéciale vise à contrer et à prévenir les violences armées. Elle est dotée d’un budget de 150 millions.

En campagne pour sa réélection dans la circonscription de Verdun, Mme Melançon dit avoir pu constater les craintes de la population. « Je fais du porte-à-porte depuis le début de juillet, et c’est la première fois que j’entends autant parler du sentiment d’insécurité », a-t-elle noté.

Ça nourrit énormément de cynisme de savoir que Geneviève Guilbault, à quelques heures du déclenchement des élections, commence à changer son horaire pour se pencher sur une réalité montréalaise qui perdure depuis des mois Isabelle Melançon »

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