Diffamation - Parizeau et Bouchard règlent hors cour

Ottawa — Après plus de 10 ans d'affrontements devant les tribunaux, la cause en diffamation des ex-premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard contre la succession de Richard Lafferty a connu une fin abrupte avant le dernier combat, puisque les deux parties en sont venues à une entente à l'amiable.

Le règlement hors cour est survenu la semaine dernière, à quelques jours de l'audition du différend en Cour suprême du Canada. La cause, lancée par les deux politiciens qui n'avaient pas apprécié être comparés à Adolf Hitler, devait être entendue aujourd'hui.

«MM. Bouchard et Parizeau ont fait une offre à la succession (de M. Lafferty), une offre que la succession ne pouvait pas refuser», a expliqué Mark Bantey, procureur de M. Lafferty, puis de sa succession.

L'avocat des deux anciens chefs péquistes n'interprète pas les choses de la même façon. «Il y a eu des offres qui ont été faites de part et d'autres, et une a été acceptée», a souligné Me Yvan Bolduc, précisant que ses clients étaient «satisfaits» de la conclusion de l'affaire.

M. Lafferty est décédé en octobre 2003; sa succession s'est donc retrouvée responsable de l'appel logé au plus haut tribunal du pays.

Comme c'est habituellement le cas lors d'un règlement hors cour, les détails de l'entente demeurent confidentiels. MM. Parizeau et Bouchard avaient indiqué par le passé qu'ils verseraient le montant des dédommagements à des oeuvres de charité.

L'affaire avait débuté en 1993, à la suite de commentaires controversés que Richard Lafferty écrivait dans un bulletin mensuel envoyé à 275 abonnés. Il y comparait les deux leaders souverainistes au chef nazi Adolf Hitler.

«C'est une forme classique de démagogie qui n'est pas différente de ce que Hitler a fait, même si ce dernier a agi dans un plus grand vide politique que celui qui existe actuellement au Québec», écrivait M. Lafferty, dont les propos avaient fait l'objet d'un article du journal Le Devoir, à l'époque.

M. Parizeau et M. Bouchard avaient alors décidé de poursuivre en diffamation le conseiller financier montréalais.

En mars 2000, la Cour supérieure du Québec avait fixé à 20 000 $ chacun le montant des dommages devant être versés à MM. Parizeau et Bouchard.

M. Lafferty avait néanmoins décidé de porter l'affaire en appel pour tenter de faire annuler les dommages et intérêts, mais il s'éteindra quelques jours avant de connaître le verdict.

En octobre 2004, la Cour d'appel du Québec avait maintenu la condamnation pour diffamation émise par le tribunal de première instance, tout en haussant le montant des dommages à être versés, les portant à 200 000 $.

La Cour suprême avait accepté, en mai 2004, d'entendre la cause.