Anglade et Duhaime dénoncent l'inaction de la CAQ sur la violence armée

La cheffe libérale, Dominique Anglade, souhaite qu’un financement récurrent soit consacré à la prévention de la violence dans la métropole.
Graham Hughes La Presse canadienne La cheffe libérale, Dominique Anglade, souhaite qu’un financement récurrent soit consacré à la prévention de la violence dans la métropole.

La cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ) et celui du Parti conservateur du Québec (PCQ) ont utilisé la même stratégie jeudi, à quelques jours du début de la campagne électorale : tenir une conférence de presse à Montréal, triste site de deux morts par balle mardi, afin de parler de l’absence du premier ministre François Legault sur les lieux et de ce qu’ils qualifient d’inaction en matière de violence armée.

Tôt jeudi matin, la cheffe libérale Dominique Anglade s’est déplacée devant la pizzeria de la rue Saint-Denis où un homme a été abattu en plein jour mardi, à peine 30 minutes après qu’un autre est mort sous les balles au centre commercial Rockland de Mont-Royal.

Selon elle, la première chose à faire est d’être sur le terrain pour voir la situation en face. Elle a critiqué ainsi le premier ministre Legault qui préfère, dit-elle, gérer la crise à coups « de Zooms et de tweets ». « Il ne prend pas ça au sérieux », a-t-elle ajouté.

Elle faisait référence à deux messages affichés par le premier ministre sur son compte Twitter, dont l’un dans lequel on le voit en visioconférence avec sa ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. « On ne lésinera pas sur les moyens pour remettre de l’ordre et protéger les citoyens. On appuiera nos forces policières pour que cette violence cesse », écrit M. Legault, sans détailler ce qu’il entend faire.

« Ce n’est pas comme cela qu’on va régler la situation », a critiqué Mme Anglade. « Il faut amener des propositions concrètes. » 

Pour elle, les solutions passent par l’augmentation du nombre de policiers dans les rues de Montréal. Leur embauche sera possible en donnant des moyens financiers à la métropole, notamment en revoyant l’entente financière avec la Ville. Quant au nombre de policiers requis, c’est à la Ville de déterminer ses besoins, dit-elle.

Mais une chose est sûre, ce financement doit être récurrent, a-t-elle ajouté.

 

Elle rejoint là l’une des demandes de la mairesse Valérie Plante, qui a déclaré mercredi être « tannée » de recevoir de l’argent « à la pièce » pour lutter contre la violence armée. La mairesse a aussi parlé d’augmenter les effectifs policiers et les efforts de prévention.

La cheffe du PLQ aussi veut mettre l’accent sur la prévention, en visant un financement de 90 millions de dollars pour donner aux organismes sociocommunautaires les moyens de faire leur travail en accompagnant les jeunes en difficulté ainsi que leurs parents, souvent dépassés par la situation. Bref, elle vise un dollar d’investissement dans la prévention pour chaque dollar injecté dans l’opération Centaure, la stratégie québécoise de lutte contre la violence armée.

Jeudi, le cabinet de la ministre Guilbault a rejeté les accusations de Mme Anglade, qui dit ne pas avoir vu la CAQ consacrer des sommes à la prévention.

« On a sans cesse augmenté les budgets pour augmenter les ressources, que ce soit en prévention, en augmentant le financement d’organismes communautaires, ou en répression avec l’opération CENTAURE », a déclaré l’attaché de presse Louis-Julien Dufresne.

Le plus récent budget québécois prévoyait 150 millions sur cinq ans pour CENTAURE, ce qui inclut des mesures de prévention. En août, le gouvernement fédéral a également remis à Québec 42 millions pour lutter contre la violence par armes à feu.

Duhaime à Montréal-Nord

Jeudi après-midi, le chef du PCQ, Éric Duhaime, est arrivé dans le quartier de Montréal-Nord avec son autobus de campagne fraîchement décoré de ses couleurs et de son slogan « Libres chez nous ».

« Je suis venu écouter les gens inquiets » de la violence armée, a-t-il dit. Ce que le gouvernement Legault ne fait pas, a-t-il dénoncé dans une salle de banquet, entouré de 12 de ses candidats.

Mettant en lumière le rôle important des policiers, dont la présence dans les rues empêche les criminels d’agir et rassure les autres, dit-il, M. Duhaime propose d’en ajouter 400 au SPVM. Une mesure qui coûterait 62 millions de dollars, selon lui.

Cet objectif se bute à la pénurie de main-d’oeuvre, qui mine l’embauche des policiers. Mais cela ne sera pas une embûche dans un gouvernement conservateur, car Éric Duhaime assure qu’il veillera à revaloriser le travail des policiers.

Il réclame aussi des peines plus sévères pour les trafiquants d’armes et a insisté sur la prévention, « la grande oubliée » de la lutte contre la violence armée.

Le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) n’ont pas tenu de point de presse au sujet des deux meurtres commis mardi en territoire montréalais.

Par communiqué jeudi, QS a mis l’accent sur la prévention et la nécessité d’allouer plus de ressources psychosociales et de financer adéquatement le milieu communautaire, afin que les policiers puissent concentrer leurs efforts sur la répression du crime organisé.

Quant au PQ, il avait détaillé la semaine dernière ses propositions pour enrayer la violence. Il est question notamment de l’embauche de 100 nouveaux policiers et experts pour s’occuper en priorité de saisies d’armes et d’augmenter de 460 millions de dollars par année le financement des organismes communautaires affectés à cette mission.

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