Québec et Ottawa s’entendent sur la protection du caribou

Selon l’annonce effectuée lundi matin, ce sera l’ensemble des hardes de caribous forestiers au Québec qui vont faire l’objet de mesures de protection.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Selon l’annonce effectuée lundi matin, ce sera l’ensemble des hardes de caribous forestiers au Québec qui vont faire l’objet de mesures de protection.

À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale au Québec, le gouvernement Legault a conclu une entente de principe avec le gouvernement fédéral sur la protection du caribou forestier, en plus de rendre public un rapport soulignant l’« urgence d’agir » pour sauver l’espèce.

Selon l’annonce effectuée lundi matin, ce sera l’ensemble des hardes du Québec qui vont faire l’objet de mesures de protection. En tout, 65 % des habitats naturels du caribou boréal et du caribou montagnard de la Gaspésie seront maintenus « non perturbés  », selon un mécanisme qui permet l’implication des communautés autochtones.

« Ceci permet aux deux ordres de gouvernement d’affirmer, aujourd’hui, qu’ils sont confiants de parvenir à une entente visant le maintien, la protection et le rétablissement du caribou forestier sur le territoire québécois », peut-on lire dans le communiqué du fédéral.

Les gouvernements s’entendent donc pour éviter la disparition des caribous de Charlevoix, tel que l’avait envisagé un scénario élaboré par la commission sur les caribous forestiers, mise sur pied par le gouvernement Legault. Ce scénario a finalement été catégoriquement rejeté par son rapport final.

Selon l’entente de principe, Québec annoncera publiquement sa stratégie au plus tard en juin 2023. Ce plan impliquerait la création d’habitats fauniques légaux et de refuges biologiques, ainsi que le démantèlement de chemins forestiers. Ces mesures coûteront au moins 12 millions de dollars à Québec et 6,1 millions à Ottawa.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec a profité de l’occasion lundi pour dévoiler son rapport sur la pérennité du caribou. Il conclut notamment à la responsabilité légale et morale du Québec d’agir, de manière urgente, et avec l’aide du savoir autochtone. Il recommande la création d’aires protégées additionnelles, dont celle de Pipmuacan, demandée par le Conseil des Innus de Pessamit, ainsi que dans le secteur des Montagnes Blanches.

Manque d’actions concrètes

« Il n’y a rien aujourd’hui qui va dans le sens d’actions concrètes », croit Alain Branchaud, directeur général de la section québécoise de la Société pour la nature et les parcs du Canada.

Selon lui, il reste encore à désigner comme « aires protégées » au moins trois sites prioritaires, totalisant environ 35 000 km2, afin de véritablement mettre à l’abri le caribou forestier, une espèce qui a besoin de grandes superficies de forêt pour vivre.

« On vient de s’acheter la paix avec cette entente pour la période électorale », analyse-t-il.

Le ministre de l’Environnement du Canada, Steven Guilbeault, reconnaît que les détails du plan de conservation restent à être dévoilés. « On se donne jusqu’en juin de l’an prochain pour une entente finale », rappelle-t-il.

Quelle que soit la couleur du prochain gouvernement, il lui sera très difficile de renier l’accord de principe annoncé lundi, dit Steven Guilbeault. Du même souffle, il indique que beaucoup plus d’argent pourra être mis sur la table lors de futures annonces à ce sujet.

« La possibilité du fédéral d’utiliser la Loi sur les espèces en péril [pour protéger le caribou] est toujours là », prévient l’élu montréalais.

Le Devoir a rapporté en avril que le ministre Guilbeault avait brandi le spectre d’une réglementation fédérale pour protéger « l’habitat essentiel » du caribou, faute de voir des engagements suffisants de Québec visant à freiner le déclin de l’espèce.

Le premier ministre québécois, François Legault, avait alors répliqué que la gestion des hardes de caribous relève de la « compétence » de la province. Les deux gouvernements étaient en désaccord sur les mesures concrètes de protection du caribou, dans le contexte de leur « collaboration » sur la protection des espèces en péril.

Le caribou boréal figure sur la liste des espèces menacées de la Loi sur les espèces en péril du Canada depuis 2003 et sur la liste des espèces vulnérables au Québec de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec depuis 2005.

 

Une version précédente de ce texte, qui indiquait que 65 % de l’habitat naturel du caribou boréal et du caribou montagnard de la Gaspésie sera protégé en vertu de l'entente de principe, a été corrigée. Dans les faits, l'objectif n'est que de garder « non perturbé » 65% de chacune de leurs aires de répartition. 

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