La CAQ veut scinder le ministère de la Santé

«On veut moins de décisions dans les tours à bureau et plus de décisions sur le terrain», a déclaré Christian Dubé.
Jacques Nadeau Le Devoir «On veut moins de décisions dans les tours à bureau et plus de décisions sur le terrain», a déclaré Christian Dubé.

La Coalition avenir Québec propose de scinder la structure du ministère de la Santé et des Services sociaux en deux, en créant une agence responsable des opérations sur le terrain. Une façon, promet le parti, de rendre le système plus « performant et plus humain ».

Le ministre Christian Dubé suggère ainsi de confier à cette future « Agence de la santé » le suivi quotidien des opérations du réseau afin de permettre au ministère de se concentrer sur les orientations, l’évaluation et le budget.

« On veut faire en sorte qu’il y ait moins de bureaucratie, moins d’interventions du ministère », a-t-il déclaré mercredi lors d’une annonce préélectorale dans un hôtel de Québec. « Plus humain. Plus efficace », pouvait-on lire sur une affiche placée devant lui.

On veut moins de décisions dans les tours de bureaux et plus de décisions sur le terrain

 

Un tel système, promet M. Dubé, permettrait de décentraliser le réseau et de faciliter la réalisation du Plan santé qu’il a présenté plus tôt cette année. « On veut moins de décisions dans les tours de bureaux et plus de décisions sur le terrain », a-t-il dit.

La structure des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) ne serait pas touchée par une telle réforme. Si la réforme se réalise, les CISSS devront toutefois se rapporter à cette nouvelle agence.

Moins de sous-ministres en vue

 

Le gouvernement Legault avait été mis dans l’embarras en mars dernier quand le Journal de Québec avait révélé que le ministère de la Santé comptait désormais seize sous-ministres (une sous-ministre et quinze sous-ministres adjoints), soit six de plus qu’il y a quatre ans.

Christian Dubé affirme que la création d’une agence permettrait de réduire le nombre de sous-ministres adjoints au sein de son ministère. Ceux dont la mission relève davantage des opérations y seraient transférés, et y jouiraient d’un autre statut de cadre. M. Dubé ne s’attend toutefois pas à ce que le geste génère des économies.

Le ministre ne s’en est pas caché : cette réorganisation vise notamment à alléger la tâche de la sous-ministre Dominique Savoie, de qui relèvent à la fois les 15 sous-ministres adjoints et l’ensemble des p.-d.g. des CISSS. C’est d’ailleurs Mme Savoie qui a suggéré à Christian Dubé de réorganiser le ministère de cette façon dans un rapport déposé en juin dernier.

Priorités critiquées

 

Les autres formations politiques ont accueilli ce plan avec scepticisme. « Un autre plan de la CAQ qui passe à côté du vrai problème : les soignantes qui quittent le réseau et ne veulent plus y revenir », a réagi le porte-parole en santé de Québec solidaire, Vincent Marissal. « Des solutions, il y en a — par exemple, abolir le temps supplémentaire obligatoire et mettre fin aux agences de placement en santé —, mais la CAQ n’a pas le courage de le faire. »

Dans la même veine, les libéraux n’ont pas manqué de railler l’annonce de mercredi. « Ce qu’on constate aujourd’hui, c’est que pour la CAQ, la priorité absolue en santé, c’est de revoir l’organigramme du ministère », a noté sur les réseaux sociaux le porteur du dossier au PLQ, Monsef Derraji.

Les péquistes, eux, ont rappelé que la CAQ n’avait pas respecté sa promesse passée de réduire à 90 minutes le temps d’accès à un médecin à l’urgence. « Avant de prendre de nouveaux engagements en santé, est-ce possible de vérifier si celui-ci, qui a été pris lors de la dernière élection, a été réalisé par la CAQ ? », a demandé le député Pascal Bérubé sur Twitter.

À voir en vidéo