La CAQ promet de baisser les impôts

M. Girard a dévoilé cet engagement après la publication de nouvelles données sur la situation des finances publiques, à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne M. Girard a dévoilé cet engagement après la publication de nouvelles données sur la situation des finances publiques, à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale.

Alors que les revenus de l’État sont en forte hausse, le ministre des Finances, Eric Girard, a annoncé que la Coalition avenir Québec (CAQ) baissera les impôts des particuliers si elle est reportée au pouvoir lors des élections d’octobre prochain.

M. Girard a dévoilé cet engagement après la publication de nouvelles données sur les finances publiques, à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale. « Dans un deuxième mandat, nous allons proposer de faire des réductions sur l’impôt sur le revenu des particuliers », a-t-il déclaré en conférence de presse.

En juin, les libéraux ont dévoilé un programme électoral prévoyant de telles baisses d’impôt, une promesse que François Legault n’avait pas exclu d’imiter. Vendredi dernier, le premier ministre avait répété qu’il serait « intéressant » de baisser les impôts.

M. Girard n’a pas détaillé le plan de la CAQ lundi, réservant les précisions pour plus tard.

« Ça devra être fait de façon ordonnée et responsable », a-t-il dit sans préciser quand cette diminution du fardeau fiscal entrerait en vigueur. « Si on ne veut pas mettre à risque le financement des principales missions de l’État, nos responsabilités envers le réseau de l’éducation, la santé, la lutte contre les changements climatiques, on ne peut pas précipiter une réduction du fardeau fiscal sans connaître l’environnement dans lequel on évolue. »

Malgré l’embellie qui fait pointer les revenus de l’État vers le haut jusqu’en 2025, le ministre maintient que le retour à l’équilibre budgétaire ne se fera pas avant l’année financière 2027-2028.

M. Girard a défendu les plus récentes estimations de son ministère, qui prévoit maintenant une croissance économique de 3,7 % cette année, contre 2,7 % en mars. Cette révision à la hausse est contrebalancée par une diminution du pronostic pour l’année prochaine, qui passe de 2 % à 1,7 %. « Le scénario le plus probable est un scénario de croissance, mais on ne peut pas complètement rejeter le scénario d’une récession », a dit le ministre.

Si on ne veut pas mettre à risque le financement des principales missions de l’État, nos responsabilités envers le réseau de l’éducation, la santé, la lutte contre les changements climatiques, on ne peut pas précipiter une réduction du fardeau fiscal sans connaître l’environnement dans lequel on évolue

M. Girard a maintenu que la CAQ souhaite toujours compenser les effets de l’inflation après l’élection, comme elle l’avait fait en annonçant un crédit de 500 $ au dernier budget.

Des prévisions « plausibles »

Les commentaires de M. Girard faisaient suite à ceux de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, qui a dévoilé lundi son analyse du rapport préélectoral établi par le ministère des Finances en fonction des données disponibles au 8 juillet. Ce dernier document expose les prévisions du gouvernement en matière de croissance économique, en plus de préciser ses attentes en matière de revenus et de dépenses.

Le déficit prévu pour l’année en cours devrait ainsi être considérablement moins élevé que prévu, passant de 6,5 milliards de dollars au moment du dépôt du dernier budget en mars à 730 millions.

Cette amélioration du portrait des finances publiques repose sur une importante hausse de 2,3 milliards des revenus du gouvernement provenant de l’impôt des particuliers comparativement à ce qui était prévu en mars. Les revenus provenant de l’impôt des sociétés sont également en progression d’un milliard depuis le dépôt du budget.

Selon la vérificatrice générale, c’est surtout la forte hausse du coût de la vie qui a généré ces recettes supplémentaires. « Entre le budget qui a été préparé au 31 mars 2022 par rapport au rapport préélectoral, le choc inflationniste y est pour beaucoup, entre autres pour les revenus autonomes », a déclaré Mme Leclerc en conférence de presse lundi.

730 millions
C’est le déficit prévu pour l’année en cours soit considérablement moins que les 6,5 milliards de dollars envisagés au moment du dépôt du dernier budget en mars.

La vérificatrice générale a aussi estimé que les prévisions avancées dans le document de M. Girard, à partir duquel s’établiront les promesses électorales, sont « plausibles ».

L’experte et son équipe ont cependant noté que « l’incertitude entourant ces prévisions est toutefois très élevée, compte tenu notamment de la flambée de l’inflation qui engendre le resserrement des politiques monétaires tant à l’échelle mondiale qu’à l’échelle canadienne, de la guerre en Ukraine et des effets persistants de la pandémie partout sur la planète ».

Surplus additionnel

 

À cause de ce contexte d’incertitude « inhabituellement élevée », Mme Leclerc juge que le ministère québécois des Finances aurait pu présenter d’autres scénarios, comme son pendant fédéral l’a fait. « Il aurait été intéressant de présenter un scénario alternatif qui présente l’effet d’une récession pour les années qu’on a examinées », a-t-elle noté.

Au chapitre des incertitudes, Mme Leclerc et ses analystes ont aussi estimé qu’un surplus additionnel pourrait se dégager en 2023, réduisant encore plus le déficit prévu. La rareté de la main-d’oeuvre pourrait également empêcher certaines dépenses prévues en santé, des sommes qui viendraient s’ajouter à la marge de manoeuvre de Québec.

Le ministère des Finances estime qu’il faudra attendre 2024 pour assister au retour d’un taux d’inflation dans la cible de 2 % de la Banque du Canada. Lundi, M. Girard a prévu une inflation à 6,5 % cette année, contre 4 % lorsqu’il a déposé son budget en mars.

Promesses libérales

 

L’ex-ministre libéral des Finances Carlos Leitão affirme qu’il est logique de promettre des baisses d’impôt même si le retour à l’équilibre budgétaire n’est pas encore atteint, comme la CAQ et son parti l’ont fait. « L’effet de l’inflation sur le budget des familles demande une réponse du gouvernement pour amortir ce choc », dit-il.

M. Leitão dénonce toutefois le flou que laisse planer la CAQ quant au moment de ces baisses d’impôt. « Si le Parti libéral revenait au pouvoir, la baisse d’impôt serait rapidement mise en oeuvre », affirme-t-il.

À la lumière des nouvelles marges de manoeuvre financières révélées par les plus récentes données dévoilées lundi, les libéraux entendent d’ailleurs bonifier leur programme électoral annoncé en juin. « Il y a un nouveau portrait, on devrait et on va regarder ce qu’on pourrait améliorer », dit-il.

De son côté, la députée solidaire Ruba Ghazal a accusé la CAQ de mettre en péril les services aux Québécois. « Ce serait irresponsable d’accorder des baisses d’impôt parce qu’on a moins de déficits que prévu alors que nos services publics sont en lambeaux », a-t-elle déclaré par communiqué.

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