Le Québec attractif, mais peu pour sa langue

La sous-ministre du ministère des Relations internationales et de la Francophonie, Sylvie Barcelo, a accueilli non sans «surprise» les résultats du coup de sonde.
Photo: Francis Vachon Le Devoir La sous-ministre du ministère des Relations internationales et de la Francophonie, Sylvie Barcelo, a accueilli non sans «surprise» les résultats du coup de sonde.

Le Québec parvient à se hisser au sommet du palmarès du pouvoir d’attraction régional établi par le cabinet Sanctuary Counsel, et ce, malgré de mauvaises perceptions sur sa « culture » et sa « cuisine ».

Gouvernance, éducation, rayonnement, entrepreneuriat… : le Québec fait partie à tout coup du peloton de tête, ce qui lui permet notamment de devancer l’Ontario (2e rang), la Bavière (3e rang) et le Victoria (4e rang) au classement général du cabinet-conseil londonien, qui a examiné 12 États fédérés sous toutes leurs coutures — y compris 75 critères « objectifs » du type ratio élèves-enseignant, nombre de musées de grande envergure ou encore routes aériennes accessibles à partir du plus grand aéroport.

Le Québec occupe le deuxième rang dans les palmarès « gouvernance », derrière la Bavière, « éducation », à la suite de l’Ontario, et « rayonnement international », dans l’ombre de la Catalogne.

Comptant sur 39 représentations réparties dans 19 pays sur le globe, le Québec jouit d’un rayonnement à l’international « solide ». Cela dit, il « n’est pas perçu comme faisant suffisamment d’efforts en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques », peut-on lire dans le rapport commandé par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) au coût de près de 100 000 dollars, et dont Le Devoir a obtenu copie. « Si les politiques, les règlements et les actions du Québec ne correspondent pas à la rhétorique, cela aura un effet négatif sur le soft power du Québec », fait remarquer son auteur, Jonathan McClory, tout en notant que le Québec est doté de « grands atouts » en matière de soft power, ou pouvoir de convaincre.

Par ailleurs, le Québec traîne derrière l’Écosse, le Massachusetts, la Géorgie et le Pays de Galles sur le front numérique, poursuit l’expert en matière de pouvoir de persuasion, de diplomatie publique et d’image de marque qui n’a pas été impressionné par l’accès à Internet haute vitesse, avec fil ou sans fil dans la deuxième province la plus populeuse du Canada. N’eût été la popularité en ligne du premier ministre, François Legault — qui « a mis en place une solide stratégie de communication numérique avec de bons niveaux de rayonnement et des messages de grande portée » selon Sanctuary Counsel —, le Québec n’aurait pas tenu longtemps au 5e rang sur 12 du sous-classement « numérique ».

Les indicateurs objectifs sont au vert, mais pas les indicateurs subjectifs.

 

Problème de perception ?

Le rapport de sondage effectué auprès de quelque 6000 personnes domiciliées dans un des douze États revêtant une « importance commerciale pour le Québec » — l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, la Chine, la Colombie, les États-Unis, la France, l’Inde, le Japon, le Mexique, la Norvège et le Royaume-Uni — déboulonne des mythes, dont celui voulant que la culture québécoise et la langue française fassent déplacer les foules.

À la question « comment évaluez-vous l’offre culturelle et les produits culturels de chacune des 12 régions suivantes […] de 1 à 10 », les répondants ont, en moyenne, accordé 6,67 points au Québec, le poussant au 8e rang sur 12.

« Pour les publics non francophones, la langue est une barrière et non une porte ouverte à une autre culture », précise l’auteur de l’Indice 2021 du soft power régional. Évaluation du pouvoir d’attraction du Québec dans un contexte mondial. À ses yeux, « il est important que le français demeure au coeur du récit et de la marque du Québec, mais il est également important, dans le contexte du pouvoir d’attraction du Québec, de s’assurer que le public international non francophone comprenne la valeur ajoutée de cette particularité et ne la considère pas comme une barrière l’empêchant de visiter le Québec ».

La méfiance à l’égard de la langue française nuit à « la réputation de convivialité du Québec envers les touristes des marchés non francophones », constate Jonathan McClory, pointant la 4e place réservée par le public international au Québec pour son « accueil touristique » avant même que les échos de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (projet de loi 96) leur parviennent.

Le Québec est « tiré vers le bas par des scores moyens ou inférieurs à la moyenne » non seulement pour sa « culture » et son « accueil touristique », mais aussi pour sa « cuisine » (6e rang) et ses « valeurs politiques » (4e rang).

Pourtant, le Québec « ne manque pas de restaurants de classe mondiale, surtout dans sa plus grande ville, Montréal », mentionne Jonathan McClory, après avoir relevé que les chefs québécois ne sont toujours pas parvenus à titiller les papilles du guide Michelin. « Il y a certainement là une occasion d’améliorer les perceptions. La cuisine pourrait jouer un rôle plus important dans la promotion du Québec à l’échelle internationale et, dans la mesure du possible, le MRIF devrait s’engager auprès des journalistes gastronomiques et des dégustateurs à l’étranger afin d’assurer une meilleure connaissance des dernières offres et tendances en matière de cuisine au Québec », fait valoir l’auteur.

Le Québec obtient, toutes catégories confondues, ses meilleurs scores de la part des Colombiens, des Indiens et des Mexicains, et ses pires scores des Japonais, des Australiens, des Anglais et des Français. « La France place Hokkaido, le Victoria et même l’Ontario au-dessus du Québec », prend soin de mentionner le cabinet-conseil britannique.

La sous-ministre du MRIF, Sylvie Barcelo, a accueilli non sans « surprise » les résultats du coup de sonde. « Il faut mettre en évidence dans nos propres communications sur le terrain, pas seulement au Québec, la présence des artistes québécois, et tisser des liens avec la musicographie d’ici » afin que « Monsieur et Madame Tout le monde » en Corée du Sud ou en Allemagne par exemple soient mis au parfum de la présence et non seulement les membres de l’industrie qui s’y trouve, estime-t-elle. Pour y arriver, le Québec se fera davantage voir et entendre aux quatre coins de la planète à l’aide notamment des médias sociaux, promet la haute fonctionnaire.

Les outils de politique étrangère entre les mains des États fédérés de la trempe du Québec se limitent le plus souvent à ceux associés au pouvoir d’attraction ou au « soft power », un concept développé par le professeur américain Joseph Nye. « Les gouvernements des provinces, États et préfectures les plus habiles dans l’utilisation du soft power seront les mieux placés pour attirer les investissements, touristes, étudiants et personnes de talent, ainsi que pour assurer le leadership sur des questions d’importance mondiale telles que la durabilité environnementale ou, encore, les règles et réglementations transnationales », fait valoir Sanctuary Counsel.

Classement des régions selon leur pouvoir d’attraction

1. Québec

2. Ontario

3. Bavière, Allemagne

4. Victoria, Australie

5. Catalogne, Espagne

6. Colombie-Britannique

7. Hokkaidō, Japon

8. Écosse, Royaume-Uni

9. Flandre, Belgique

10. Pays de Galles, Royaume-Uni

11. Massachusetts, États-Unis

12. Géorgie, États-Unis



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