La CAQ a utilisé la fonction publique pour parfaire sa plateforme électorale, accuse l’opposition

Selon le porte-parole péquiste en matière de santé, Joël Arseneau, le rapport Savoie est « malaisant sur le fond et la forme ».
Jacques Boissinot La Presse canadienne Selon le porte-parole péquiste en matière de santé, Joël Arseneau, le rapport Savoie est « malaisant sur le fond et la forme ».

Des partis d’opposition accusent la Coalition avenir Québec (CAQ) de détourner des fonds publics en utilisant la sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, Dominique Savoie, pour « peaufiner sa plateforme électorale » en santé.

« La CAQ utilise et confond les intérêts du Québec avec ceux du parti », affirme le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, au sujet du rapport Savoie, qui suggère une réforme du système de santé. M. Duhaime reproche au gouvernement de « détourner les ressources de l’État pour peaufiner sa plateforme électorale ». Il somme le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, de « comptabiliser cette dépense » et de s’assurer qu’on « rembourse les contribuables ».

Mercredi, le rapport, intitulé Une gouvernance renouvelée du réseau de la santé et des services sociaux, a été rendu public. La sous-ministre Savoie avait été mandatée à cet effet par le ministre Dubé, lors du dévoilement du Plan santé en mars dernier. Elle recommande notamment au gouvernement de favoriser une gestion de proximité, de créer une entité neutre pour améliorer la coordination et d’« optimiser l’accès aux soins de santé et aux services sociaux ». M. Dubé s’est engagé à mettre en place toutes ces recommandations.

Selon le porte-parole péquiste en matière de santé, Joël Arseneau, le rapport Savoie est « malaisant sur le fond et la forme ». « La CAQ utilise la fonction publique pour mettre un peu de chair autour de l’os de sa plateforme électorale », déplore le député du Parti québécois.

Au sujet de la réforme en soi, M. Arseneau estime que le gouvernement fait « fausse route » en ajoutant une centaine de cadres intermédiaires. « Pour nous, la gestion de proximité et l’accès aux soins décentralisés impliquent de rendre des comptes aux usagers et aux communautés et non pas à des hauts fonctionnaires toujours plus nombreux », soutient-il.

Selon le député libéral Monsef Derraji, les années caquistes ont été marquées par une détérioration de l’accessibilité et de la qualité des soins de santé au Québec. « Après quatre ans au gouvernement, la CAQ a demandé aux fonctionnaires de lui rédiger une nouvelle réforme juste à temps pour la campagne électorale, dit-il. Ça démontre tout le manque de vision de ce parti en matière de santé. »

De son côté, Vincent Marissal, porte-parole de Québec solidaire en santé, affirme que le gouvernement caquiste veut « bien paraître » en proposant cette décentralisation de la santé en vue des prochaines élections. « Il est clair que ses engagements sont loin d’être suffisants », dit-il.

Un rapport « pour tous les partis politiques »

Le rapport qui recommande une réforme en santé « a été pensé et écrit par la sous-ministre Savoie elle-même », rétorque l’attachée de presse du ministre Dubé, Marjaurie Côté-Boileau. « Il a été rendu public aussitôt qu’il a été disponible, pour les Québécois et pour tous les partis politiques », dit-elle.

Les recommandations du rapport Savoie « proviennent du milieu, du réseau, du terrain, mais surtout, de rapports indépendants qui ont été réalisés dans les dernières années et au cours des mandats des précédents gouvernements », fait valoir Mme Côté-Boileau. Cette dernière affirme que les partis d’opposition ne « peuvent nier que des changements doivent être faits pour améliorer le réseau de la santé ».

Marjaurie Côté-Boileau rappelle que Mme Savoie avait aussi réalisé un rapport en 2020 sur la gestion de la pandémie à Montréal. « Les recommandations avaient été mises en application et avaient grandement aidé la gestion des vagues suivantes de COVID-19 », souligne l’attachée de presse.

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