Le risque de récession augmente, selon Eric Girard

Eric Girard mise sur une baisse de l’inflation, qui suivrait l’augmentation des taux d’intérêt.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Eric Girard mise sur une baisse de l’inflation, qui suivrait l’augmentation des taux d’intérêt.

Le ministre des Finances, Eric Girard, a annoncé mercredi un plafonnement de l’augmentation des taxes scolaires après avoir revu à la hausse ses prévisions de récession au Québec.

Les contribuables subiront des majorations moyennes de leurs taxes scolaires qui oscilleront entre 2 % et 3 % cette année, a déclaré le ministre lors d’un point de presse.

Sans cette intervention, l’augmentation moyenne aurait été de 17 %, a assuré M. Girard, en précisant que les dépenses des centres de services scolaires ont progressé en raison d’une hausse des embauches et de la rémunération.

« Le gouvernement du Québec va faire un geste additionnel pour aider les Québécois à faire face à la hausse de l’inflation et la hausse des taux d’intérêt », a-t-il dit.

Le coût de cette mesure est de 173 millions. À titre d’exemple, pour une maison d’une valeur de 350 000 $, un contribuable économisera 50 $.

M. Girard a affirmé que cette annonce n’a rien à voir avec l’approche de la campagne électorale.

« Il fallait annoncer ça aujourd’hui, a-t-il dit. Le taux de taxe scolaire va être publié aujourd’hui, et les avis d’imposition seront transmis au mois de juillet. »

La semaine dernière, le premier ministre François Legault a déclaré que, pour éviter toute apparence d’électoralisme, ses ministres cesseront toute annonce à partir de juillet.

Vers une récession ?

L’annonce de M. Girard est survenue alors que la Réserve fédérale a décrété une hausse de 0,75 % de son taux directeur, mercredi, qui oscillera dans une fourchette entre 1,5 % et 1,75 %. Le ministre a constaté que la banque centrale américaine a pris un certain retard dans la hausse de son taux de référence.

« On peut donc dire que la Réserve fédérale a révisé significativement à la hausse le taux qui sera nécessaire pour contenir l’inflation aux États-Unis », a-t-il dit.

M. Girard a admis qu’il prévoit désormais un risque plus élevé de récession au Québec l’an prochain. En mars, il estimait cette probabilité à 25 %, contre 35 % maintenant.

L’impact de la guerre en Ukraine sur les prix de l’énergie et les confinements en Chine qui perturbent les chaînes d’approvisionnement sont des facteurs qui contribuent à cette hausse, a expliqué le ministre.

« Ce n’était pas anticipé que les goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement allaient se poursuivre aussi longtemps avec la fermeture complète de Shanghai pour contenir le virus, a-t-il dit. L’inflation est plus élevée que nous avions prévu. Les banques centrales doivent resserrer les conditions monétaires de façon plus importante, et ça va ralentir l’économie. »

Malgré cela, le ministre s’est montré optimiste, en espérant que l’inflation aura diminué suffisamment d’ici la fin de l’année pour éviter une récession.

« La probabilité qu’on ait une croissance positive est toujours deux fois plus importante que la probabilité d’une récession », a-t-il souligné.

Risques élevés

 

Le député libéral et ex-ministre des Finances Carlos Leitão a pour sa part jugé que les risques de récession, même à 35 %, sont élevés actuellement. « Un risque de 35 %, dans le monde des probabilités, c’est beaucoup », a-t-il dit.

Même si le Québec ne tombe pas en récession techniquement, après deux trimestres consécutifs de diminution de sa croissance économique, M. Leitão entrevoit un effet à venir.

« Dans la vie de tous les jours, les citoyens et les consommateurs, en octobre et novembre, vont se sentir comme si on était en récession, a-t-il dit. Les gens vont remettre à plus tard des dépenses et vont se concentrer sur les dépenses essentielles, et c’est un cercle vicieux. »

Quant à l’effet des hausses de taux sur l’inflation, M. Leitão s’attend à ce que le coût de la vie continue d’accélérer à une vitesse de 5-6 % à la fin de l’année. « C’est encore beaucoup trop élevé », a-t-il dit.

35 %

C’est le taux
auquel se
chiffrent
les risques
de récession,
qui sont élevés
actuellement, selon le député libéral et
ex-ministre
des Finances Carlos Leitão.



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