Le «wokisme» à la façon de René Lévesque

Le fils de René Lévesque Claude Lévesque est d’avis que son père se serait entendu, à certains égards, avec Québec solidaire.
Marie-France Coallier Le Devoir Le fils de René Lévesque Claude Lévesque est d’avis que son père se serait entendu, à certains égards, avec Québec solidaire.

Cet été, René Lévesque aurait eu 100 ans. Jusqu’au 24 août prochain, date anniversaire, Le Devoir souligne sur toutes ses plateformes la mémoire du fondateur du Parti québécois et de l’un des plus grands premiers ministres de l’Histoire avec la série 100 ans de René Lévesque.

René Lévesque était « woke à sa façon », estime son fils Claude. À un point tel que l’homme politique derrière le Parti québécois aurait « probablement » eu des atomes crochus avec Québec solidaire, croit-il.

« Est-ce qu’il était woke ? D’une certaine manière », statue Claude Lévesque en entrevue avec Le Devoir dans le cadre des 100 ans de naissance de son père.

Tant dans ses chroniques publiées dans divers journaux et magazines que dans ses discours, l’ex-premier ministre du Québec s’est longtemps opposé aux injustices. Dans un texte de la Revue moderne datée de 1960, l’homme politique condamnait vivement « cette version sud-africaine de la ségrégation raciale baptisée apartheid ».

Puis en 1968, dans Dimanche-Matin, il exhortait les Américains à suivre les enseignements de Martin Luther King. « Pour tenir tête au racisme, et commencer à en venir à bout, il va falloir aux Américains que l’idée de King et son prolongement naturel, le retour de la paix au Vietnam, se réincarnent au plus tôt », écrivait-il.

« À l’époque, il y a beaucoup de gens qui trouvaient qu’il était trop à gauche. La gauche, ça comprend l’antiracisme. […] Il était certainement antiraciste », affirme son fils dans les bureaux du Devoir à Montréal, quelques heures avant le lancement à Bibliothèque et Archives nationales du Québec de l’ Année Lévesque .

« Il était assez ouvert à la révolution féministe. Il était certainement conscient des enjeux environnementaux », enchaîne Claude Lévesque, ex-journaliste.

René Lévesque n’a pas attendu bien longtemps pour parler des bouleversements climatiques. Dans une chronique qu’il a signée dans Le Journal de Montréal en 1972, celui qui était alors chef du Parti québécois émettait un avertissement face aux « horreurs » de la pollution, « signe le plus visible et familier des ravages que la “civilisation” inflige à l’environnement ».

À l’époque, il y a beaucoup de gens qui trouvaient qu’il était trop à gauche

 

« Peut-être qu’il était woke à sa façon ! souligne Claude Lévesque. Avec beaucoup de nuances. » Selon lui, il n’est pas impossible de croire que le père fondateur du Parti québécois (PQ) se serait entendu — à certains égards — avec Québec solidaire. « Probablement », convient-il.

« Un peu dur »

Au début du mois, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard jetait un pavé dans la mare en laissant entendre que le PQ, qui éprouve des difficultés dans les sondages, pourrait être remplacé par un « autre véhicule » porteur du projet de souveraineté. René Lévesque aurait-il partagé cette lecture ? « Que les véhicules changent, sans doute. Que certains peuvent disparaître, peut-être, analyse Claude Lévesque. Que le Parti québécois est appelé à disparaître, je ne pense pas qu’il partagerait ce diagnostic-là. »

« Si mon père revenait sur Terre aujourd’hui, je ne pense pas qu’il renierait le parti qu’il a fondé », ajoute-t-il.

Aux yeux de Claude Lévesque, l’ex-premier ministre Bouchard « a été un peu dur ». Ce dernier s’est d’ailleurs amendé lundi soir au lancement de l’Année Lévesque, en disant qu’il aurait dû formuler ses commentaires autrement.

Malgré les difficultés vécues par le Parti québécois, Claude Lévesque ne voit pas l’appui à l’indépendance s’effriter au point de disparaître au Québec. Même s’il s’est « atténué », affirme le fils du créateur du Mouvement Souveraineté-association. « Pour qu’elle meure, il faudrait qu’il y ait une solution de remplacement, soutient-il. Je ne pense pas qu’il y ait de solution de remplacement à l’autodétermination des peuples. »

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