Jean-François Roberge et son sous-ministre honorés en toute discrétion

Le ministre Jean-François Roberge «n’était pas à l’aise de recevoir l’Ordre devant les autres récipiendaires. Il tenait d’abord à les honorer», explique son attaché de presse.
Ryan Remiorz La Presse canadienne Le ministre Jean-François Roberge «n’était pas à l’aise de recevoir l’Ordre devant les autres récipiendaires. Il tenait d’abord à les honorer», explique son attaché de presse.

Une disposition méconnue entourant l’Ordre de l’excellence en éducation cause des remous dans le réseau scolaire. Le ministre Jean-François Roberge et le sous-ministre Alain Sans Cartier ont été promus membres émérites de l’Ordre sans même que leurs noms ne soient mentionnés lors de la cérémonie en l’honneur des récipiendaires, tenue cette semaine à Québec.

Le communiqué de presse du ministère de l’Éducation, publié mardi, a passé sous silence la nomination des deux plus haut gradés du ministère. Trois noms étaient mentionnés dans la catégorie des nouveaux membres émérites de l’Ordre de l’excellence. Deux autres noms, ceux du ministre Roberge et du sous-ministre Sans Cartier, se sont ajoutés en catimini dans la liste publiée sur le site web du ministère de l’Éducation.

Selon ce que Le Devoir a appris, des membres du comité chargés d’évaluer les candidatures ont été étonnés de voir le ministre et le sous-ministre de l’Éducation parmi les récipiendaires : leurs noms n’ont jamais figuré dans la liste des aspirants-membres de l’Ordre de l’excellence.

Vérification faite, le ministre et le sous-ministre de l’Éducation sont automatiquement promus en tant que membres émérites (la plus haute distinction) de l’Ordre de l’excellence en éducation. Cet ordre a été créé en 2018 par l’ancien gouvernement libéral pour reconnaître les carrières d’exception en milieu scolaire et valoriser les professions en éducation.

Le ministre Jean-François Roberge « n’était pas à l’aise de recevoir l’Ordre devant les autres récipiendaires. Il tenait d’abord à les honorer », explique son attaché de presse, Florent Tanlet.

C’est pourquoi il n’a pas mentionné, lors de la cérémonie mardi à Québec, que lui et le sous-ministre de l’Éducation ont été nommés membres émérites de l’Ordre. C’est par courtoisie et non par manque de transparence, fait-il valoir. Le ministre Roberge remettait les attestations écrites aux personnes honorées.

Valoriser l’éducation ?

Dans le milieu scolaire, cette histoire soulève des doutes sur la pertinence de l’Ordre de l’excellence en éducation. Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), a assisté à la cérémonie de mardi à Québec. Elle aurait aimé savoir que le ministre Roberge et son sous-ministre devenaient récipiendaires de l’Ordre. Elle dit avoir été choquée de l’apprendre par Le Devoir.

« Ce manque de transparence-là, c’est extrêmement décevant », dit-elle. La représentante des directions d’école montréalaises estime que le ministère de l’Éducation devrait revoir la procédure de nomination pour que tous les dossiers des personnes honorées par l’Ordre de l’excellence soient évalués par le comité de sélection.

« Il me semble que ça devrait être à l’Ordre de déterminer quelles personnes méritent une distinction. Ce processus de nomination automatique jette quand même une ombre sur l’Ordre de l’excellence en éducation », dit Kathleen Legault.

De son côté, Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), doute du bien-fondé de l’Ordre de l’excellence en éducation. « Est-ce que ça sert vraiment à valoriser l’éducation au Québec ? Non, je ne pense pas. Au-delà des gens qui sont nommés à l’Ordre, il y a des milliers de personnes qui font des petits miracles tous les jours en classe », dit-il.

Des personnalités honorées

 

Les précédents ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Sébastien Proulx et Hélène David, qui ont créé l’Ordre en 2018, figurent parmi la première cohorte de membres émérites. Ils ont aussi été nommés d’office, sans avoir à passer par le comité de sélection.

En plus de messieurs Roberge et Sans Cartier, les trois membres émérites promus cette semaine pour l’année 2021 sont Sandrine Faust, directrice générale d’Alloprof, Égide Royer, psychologue spécialisé dans l’aide aux élèves en difficulté, et Gilles Boulet, ancien recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières, à titre posthume.

L’ancienne première ministre Pauline Marois, qui a créé le réseau des centres de la petite enfance en tant que ministre en 1997, a aussi été décorée. Sa promotion en tant que membre émérite, confirmée en 2020, parmi les récipiendaires de 2019, n’avait jamais fait l’objet d’une cérémonie à cause de la pandémie.

L’Ordre de l’excellence en éducation honore trois catégories de récipiendaires : membres, membres distingués et membres émérites.

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